ELLES DOIVENT ÊTRE DHESSÉES SANS PR£FÉH£NGE
des indigents ou nécessiteux, à faire la part de tous les intérêts et de toutes les souffrances.
Le plus souvent, ainsi que nous aurons l'occasion d'en rapporter la preuve, les causes de la misère tiennent à l'inconduite et à l'oubli complet des prinjùpes de la morale , ou à la négligence de celles des viatiques de la religion f|ui élèvent l'âme et la fortifient contre les faiblesses trop communes à l'humanité. Il ne faut pas, en pareil cas, que le système employé pour la distribution des secours indique une préférence, et que les bureaux ou que les commissions de charité fassent de la preuve de certaines pratiques religieuses, uigor exemple, la condition de la délivrance de leurs libéralités. Cette manière de procéder ne tendrait à rien moins qu'à encourager l'hypocrisie chez les uns, et à déta^îher complètement les autres des enseignements de la religion. La charité, la vraie charité chrétienne, ne doit rester insensible à aucune misère ; c'est en soulageant celui qui souffre, quelles que soient d'ailleurs ses croyances, qu'elle étendra l'empire de la religion, et qu'elle ramènera vers ses pratiques ceux qui s'en étaient éloignés. Son action et son influence seront d'autant plus certaines, qu'elle aura laissé plus de liberté, et n'aura fait dépendre ses bienfaits d'aucune condition. Il ne s'ensuit pas, cependant, que les conseils doivent être épargnés , et que le secours matériel doive être seul l'objet du programme de l'institution des bureaux de bienfaisance ou des commissions charitables. Loin de là , car lea secours dont h distribution est ab^uidonnée à l'initiative de la charité, ne peuvent
i30 AVANTAGES DE L'ASSISTANGë A DOMIQLE.
être efficaces qu'autant qu'ils arrivent à propos et qu'ils sont appropriés aux besoins ; Thomme ne vit pas seulement de pain : Non in solo pane vivit hamo ' ; le secours moral est souvent plus opportun pour lui que le secours matériel ; il résulte de ces consolations et de ces conseils qui soulagent et fortifient. C'est en ceU que le concours des sœurs de charité est si précieii? pour les bureaux de bienfaisance ; plus que d'autres, ^les possèdent le don d'encourager , de persuader , et leur présence seule suffit le plus souvent pour donner l0 calme et la résignation.
Les nombreux exemples tirés de ces résultats seraient au besoin la meilleure réponse à faire aux personnes*» qui combattent l'organisation d'uqa assistance quelconque, et qui regrettent la faculté que les habitudes de la mendicité leur donnaient autrefois de faire ellesmêmes l'aumône sur les routes , dans les rues ou aux • portes des égUses. Nous leur demanderons seulement quel est le meilleur moyen pour connaître la vérité sur l'étendue ou la nature des besoins de celui qui les invoque» entre le mode de l'assistance dans la rue et celui de l'assistance à domicile. La première ne laisse d'autre trace que celle de l'usage plus ou moins bien fait d'une pièce d'argent échappée de la main du donateur dans celle du pauvre qui la reçoit ; tandis que , non-seulement le secours porté à domicile emprunte au fait même de la visite dont il est le but un prix tout particuUer, mais encore il ranime des sentiments
' ' I DsoT. 8,3.— Matth. if 4. — Luc. 4> 4.
SOUPES ET FOURNEAUX ÉCONOMIQUES. 13t
de dignité éteints par la misère; et les conseils qui raccompagnent sont de nature à ébranler tout d'abord, sinon à ramener les éœurs les plus endurcis. Que ne doit-on donc pas attendre des suites de l'action salu* taire et bienfaisante de l'assistance à domicile ? Aussi , Dt'hésiterons-nous pas à proclamer que ce mode d'assistance est celui qui se prête avec le plus d'^cacité à l'accomplissement du devoir social et religieux que nous impose la vue des souffrances de DOS semblables.
Ainsi que nous l'avons dit , ces secours varient dans leurs formes et dans leurs applications. Aucune règle ne peut être tracée à l'avance, sinon que les dons en argent seront toujours les moins profitables, et que les objets en nature devront être distribués de préférence.
Dans les années de cherté des subsistances , certains bureaux de bienfaisance distribuent du pain ou des bans de réduction sur cette denrée qui est et qui sera toujours l'aliment le plus cher ; mais il résulte peureux des dépenses considérables. D'autres, au contraire, cmt r^nplacé avec avantage cette nature de secours par la distribution de soupes dites économiques , préparées par leurs soins. En effet, une soupe du poids de sept cent cinquante grammes ne revient qu'à huit centimes; dans quelques localités , ce prix peut encore s'abaisser, et l'expérience a prouvé que cette nourriture , non moins saine que nourrissante , en raison de tous les éléments substantiels qui la composent, remplace avantageusement le pain.
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Si nous abordons des détails aussi minutieux en apparence , c'est qu'ils ont une grande portée et qu'ils se rattachent intimement à une bonne organisation des secours à domicile. Dès le 14 mars 1812, une circulaire ministérielle recommandait aux préfets de propager l'usage de ces aliments , préparés au moyen de fourneaux éœnomiques. -En dernier lieu , M. le Ministre de l'intérieur, à la date du 21 octobre 1855, rappelait encore les avantages que présentait ce système pour atténuer, au profit des classes laborieuses, la cherté passagère des denrées. Les fourneaux économiques , une fois constitués , se prêtent d'ailleurs à toutes les combinaisons , soit que les bureaux de bienfaisance distribuent eux-mêmes gratuitement les aliments ainsi préparés , soit que , pour sauvegarder l'amour - propre de certaines personnes qui ne consentiraient pas à profiter de cette libéralité, ils les cèdent à prix de revient ou même à un taux inférieur. A cet égard, la charité est toujours ingénieuse, on le sait, à multiplier son action , et si ses moyens varient, le but qu'elle se propose et les résultats qu'elle obtient en les employant ne sont, ni moins assurés, ni moins efficaces. L'œuvre du bien se poursuit et s'accomplit sous son Jyatronage bienfaisant ; elle laisse peu de misères sans secours, et l'assistance à domicile, développée par ses soins, constitue toujours, quoi qu'on fasse, le moyen de soulagement le plus sûr vis-à-vis des indigents encore valides ou des pauvres dont l'état d'infirmités et de souffrances peut ne pas motiver encore l'emploi des secours hospitaliers.