SUIVANT L ORDRE DES SUCCESSIONS
question dans la citation de ce mot de Pline l'ancien ; Latifundktperdidére Italiam, « les grandes propriétés ' rurales ont perdu T Italie. » Ce simple mot en dit plus sur la chute de Tempire romain que beaucoup d'histoires célèbres' ; de même qu'un retour sur l'histoire de ces dernières années montre toute l'importance, au point de vue moral et politique du fractioDoement de la propriété rurale.
À l'autorité des faits , nous pourrions encore ajouter celle de l'opinion de l'Empereur Napoléon III , qai s'exprimait ainsi , il y a plusieurs années : « Il est » avéré que l'extrême division des propriétés tend à 9 la ruine de l'agriculture , et cependant le rétablis- 9 mnmt de la loi d'aînesse y qui maintenait les grandes » propriétéê et favorisait la grande culture , est une > impossibilité. Il fau0même nous féliciter , sous le 9 point de vue politique, qu[il en soit ainsi*. »
Enfin « si une modeste parcelle de terre écheoit à UQ ouvrier dans la succession de son père , en quoi cet héritage pourra-t-il plus contribuer à sa gène que s'il
1 La grande propriété fut portée à Texcës sous la république romaine et flioiu rempire. Du temps de Pline , c*e8t-à-<Iire sous Vespasien et sous Titus, toute TAfrique appartenait à six propriétaires. Bien entendu, de tels domaines ne pouyaient être peuplés et cultivés qu'avec des esclaves. Cet excès de population servile eut deux conséquences terribles : d'abord, la population libre, capable d'aimer et de défendre le sol, fît complètement défont lorsque les Barbares Tenvahirent ; et, au lieu de robustes paysans, rempire romain n'eut à opposer aux envahisseurs que des citadins timides et efféminés. Ensuite , lorsque l'action lente et successive du christianisme eut amené rémancipation des esclaves , ces vastes domaines devinrent autant de déserts. L'âme est navrée aujourd'hui au spectacle de ces soliudes.
s ÙSmm de tfapoUon Ul, tome II , p. 111.
fi'én avait pas reeuetHi la momàre part mm YetÊtpHm S'tm ftofre l^islâtiott? N'y a4-il p» pow M m Atàntâgè eértaifi à pouvoir m^érÊ^f de MtteF fbmëlleF 1» fdficfô qu'il a sa déjà mj&èrk pr SMS éconosftiet K la cultive paf Inl-mèffle ou av6C le eMeoui^ éé si fsBaiief et il treiive dans ses produits Bfii sup^lA-ttenf de bien-être^ Si y au Keu d'uB ekattp , c^est xïti^ capital qui lui revient, en quoi y mm \ef àetiaMt^H» èDCore , cette circon^nce sera^t^ié^ pour' M une a^ravation de misère? N'y frôuverant'il pas , lie plus souvent, ûA înoyen précfeux de Tatténuef ? H est vrai que ces résultats ne peuvent s'obtenir' qu'à toe condition , c'est que P^prît d'ordM eï de conduite" (ft*igfera: IM» ses actes. Gsa^, quelles qbe soient tes théorie^ mises en avant , sûr les conséquences f^his ôu' moin^ absotues de l'état de choses afctuet où de celui qui Vi précédé , il n'est personne qui ne scHt amené à recon-^ nallre que les causes les^ p\m haèifuelles dier la gène et de l'iMligence se ratCachent à FîncoÉduité- ef à rràbK* de tous les principes.
Ces causes elles-mêmes ne sont, pour ainsi dire, que secondaires , et jamais elles ne se produiraient si le sentiment mora) et rèligieuii ne s'était lur-*mènie auss^ profondément affaibli, si l'action foujoûrs croissante du matérialisme , c'est-ii--dii*e' de" Famoiïr désordonné dies jouissances physi(|aes , n'exerçait son influença dis^lvânte sur les masses populaires , et né féndâît' à ébranler les croyances de leur foi pi^imiti^e. Le fvem que les lois humaines peuvent lui opposer ne sera jamais suffisant pour l'arrêter, aussi les plus^ grands
*ïv.
efi'i.
AFFAIBLM&EMgWT DU PRINCIPE MLIOIRUX* 303
légidatours m se scmt jamais hasardés à dictor des loi» au peuples qu'en s'eutourant d'un s^porefl
Daai rutiquitéj de même que dans lés teoop Hiûdenies, Finfluence de la religion a été regardée comme le pcnat de départ de toute règle à impoier aox natious , cinmne le fait dominant de la société* lÀ mlear de ce principe est certaine et personne anjonr^ d'bni M Tondrait contester l'utilité de l'application de la rdigicm à la grande question du paupérisiâe ^
hsè gouremements des États où le chdstianieiflM lèpand- ses lumières et ses bi^iaits, se font m hûnnear d^entonrer la religion dn respect qni lui est dà, Us sont les premiers à donner l'exemple de la moùssion à ses préceptes, de l'obéissance à ses lois^ 4 qoand de» é?énements importants se préparent m iwauLfiiÊÊimi, on les voit invoquer pieusement h (ivtectimi de la Providence, on lui adressi^, dan» des Mtenîté» religieuses , l'expression de h gratittrde^ féàtfÊt^ B'n autre côté, jamais peut-être lé ctiKer etsesmwistrcftn^ont été entoufés de plus de respeet ef hjim de vânératioa par le pouroir ; car il a compris 9M k ràigk» eu la setirce de toutes les grâces» àê iMis le» miséricordes , et que, sans son 9^tJti diriB^ ^ gnndeurd de la terre périssent par )A hM&sm ■tee d0 leor origine» tfê tels exemptes bàront par IHMer leurs fruits ; plus ils partent de batrt , et plus ûouâ devons espérer que leur influence pénétrera
1 T. UfÊWfétmif, par CBAnoiuim
304 AFFAIBUSSttMENT DU PRINCIPE RRUGIBUX.
profondément dans les rangs inférieurs de ia-société. Ceux-ci ne se sont corrompus et n'ont renié leurs antiques croyances que parce que le doute , le se^« eisme et l'irréligion leur avaient été enseignés par ceuxlà mêmes qui auraient eu tant d'intérêt à leur épai^oer ces fatales leçons. L'histoire ne nous apprend-elle pas, en effet, qu'ils ont été les premières yictimes de l'égarement qu'ils avaient inspiré. En développant le culte des intérêts matériels y en reniant les principes fondamentaux d'une religion qui érige en dogme sacré l'amour du prochain et l'humilité, ils ont propagé autour d'eux les sentiments de haine et d'envie ; ils ont encouragé les prétentions démesurées d'an oi^eil insatiable , et , plus tard , ils ont dû laisser la société épuisée par ces luttes, aux prises avec les Êitales conséquences des germes de dissolution qui lui avaient été transmis. Tels ont été les résultats des idées snbv^^ sives dont une partie de la génération actuelle a été imbue ; c'est en sacrifiant aux principes dont ^es émanent que beaucoup de ses membres ont vu s'accumuler les misères sous le poids desquelles ils succombent.
Nous aurons plus d'une fois l'occasion d'en rapporter la preuve et de constater que si les sentiments religieux n'avaient pas été mis en oubli, si les devoirs qu'ils imposent avaient été mieux observés, la plupart des causes individuelles des souiïrances qui constituent le paupérisme n'auraient jamais existé ' . •
I < La religion favorise le développement do la préToyance ch?z les
» types inférieurs, en comprimant les instincts les plus grossiers; tKe
exerce sur les types plus distingués une action encore plus féconde, en
LB BKP06 DU DlMANCHIi) EST UKGONNU. 905
Ainsi les habitudes de débauche et la fréquentation des cabarets ne figurent au nombre de ces causes que dans les centres de population où le principe religieux, qoi pourrait leur opposer un frein salutaire, n'exerce j^ 8xm empire. Dans ces localités , Tobsenration du f^ (bi dimanche et des pratiques de la loi divine est tdloneDt méconnue , que ce jour est précisément celui imt Tesprit de désordre et de libertinage semble avoir Eut choix de préférence pour satisfaire ses passions ; ou bien on affecte d'^nployer ce même jour à des travaux manuels et apparents; car, cette religion qu'on ne pratique pas , on se fait un mérite de la braver et un iKmneur de la tourner en ridicule par la violation de m lois et de ses préceptes. Mais comme l'impiété ou Tirréligion conduisent à la débauche , et qu'il faut qae celle-ci ait son temps, c'est alors le lundi qui est choisi par les disciples de cette philosophie antichrétienne pour sacrifier à leurs honteuses habitudes. Bs dépensent en quelques heures la plus grande partie do salaire péniblement amassé pendant ta semaine; les plus sages sont ceux qui ne prolongent pas leurs orgies le mardi et même les jours suivants , jusqu'au iMnent où la totalité de leurs ressources aura été en- {Mie dans cet antre infect appelé cabaret. Encore, s'ils
> leor communiquant une force qu'ils trouveraient rarement en eux-mêmes
> A en leur assurant les ressources morales nécessaires pour résister à
* Texagération de cette vertu. Les sentiments religieux forment le contre-
> poids naturel des habitudes qu'engendre une préoccupation continuelle
> pour le gain et Tépargnc; ils initient naturellement l'ouvrier à Tintelli-
> gence des nouveaux devoirs quMmplique le passage à une condition plus
* élevée. > ( Li Plat, De$ Ouoi'iers européens, p. là. )
â06 CHÔMAGE DU LUNDI. • FfiBQUEQITiaiOIl DU CABARET.
n'y laiseaient que leur aident l mais As y coia{)romettent leur «anté ; ils ne peuveiit appliquer Mmite à lauTB trayaqx que des forces ^i9éâs^ o« oae inlfttfenœ abmtie. Leur intérieur leur âe?i^t odionx, eftr kirs^'ils y rentrent, ce n'est que peiir es9«|er ks lustes reprochés d'une famille que les dépaasA et )m d^rdres de son chef réduisent msL demîëres wttA^ mités ; ce n'est que pour être les lémidins du aped^ tacle douloureux des misères que eett^ sîtufttiflta fait naître. Âtors^^ ain de s'étourdir et de te ji^ifier» ils s'en prennent au gouvernement^ à la société; o'eat ie gouYernem^t qui qpprime le peuple et qui êùdn^oe ses Ubertés; c'est la société qui est ii^uiAe poor Ut élasse ouvrière , et qui insulte à ses besoins ou à ta géne^ en la rdéguant au loin du haut de son c^lehee^ BMS lui ménager la moindre part de scm bien-être. Il n'y a , pour sortir dé cette triste position ^ d'autrepaoli à prendre que dé se liguer aVec les ennenôs du |;ottv6l> B^ûoœt et de la société ; d'autres moyras^ que êi^ tettverser tmit ce qui existe^ d'invoqmr P^ité géfiéAle au nom du droit naturel^ et de fonder le eoeiilisakè 6ur une révolution universelle» Telles ont été> diaowi le sait, i une époque qvi dé}à» fc^ hêureuMneol^ s^éèoigne de nous ^ les eonséqumiûes de œtle ifie tteen*cieuse et désordonnée; telles encore elles seraient peutétre^ si l'action vigoureuse ' du pouvoir n'avait r^lementè avec* une jtsste sévérité la poltee ^es lieux publics , et soumis surtout leur mfidntjen k des conditions qui sont une garantie poûf lâtkf bonne tenue.
POUC£ DES UKUX PUBUGS. 307
DaM chaque localité I des r^lements généraux iadiquant les heures d'ouverture et de fermeture de» lieux piUiea-^r -Uft déiéadeAfr aux aubergistes^ cafetiers: ou cabantîers, de donner à boire aux indÉyidQ& eft èM â'ifresfld^ et de recevoir chez eux des enfants aiMlessoub iè seiie sois ; ils leur interdisent égalemmt de teirir onde laîseer jouer des jeux de hasard ; enfm, toutes ks (MAditions qui peuvent atténuer les InconiVénteMs inhéients à Texistence de ces établisseaients , sont imposées par la sagesse et la prévoyance des autorités. En outre, le décret du 29 décembre 1851 exige de la part des industriels qui veulent ouvrir un café» un cabaret ou un autre débit de boissons, une permissitxi préalable de l'autorité, et leur fermeture peut être^ «donnée par un arrêté du préfet, soit par mesure de sûreté publique, soit à la suite d'une condamna* tien prononcée pour contravention aux lois. Ces BMiSttres ont produit déjà les meilleurs eifets; elle» OAt restreint le nombre de ces étaUissements, et, pso* spite, elles ont diminué les occasions de désordre qu'une certaine classe d'individus y trouvait; elles ont déltcniiné les paresseux et les fainéants qui cherchaienl leurs moyens d'existence dans cette industrie facile et souvent honteuse > à préférer un travail honnête, aussi profitable pour eux que pour la société. Qui ne sait, eu eflbt, que dans les campagnes surtout, la création d'un cabaret est une sorte d'expédient auquet n'oat ordinairement recours que des hommes qui, après a^oir essayé sans énergie de tous les métiers , saisissent avec empressement dans cette nouvelle exploitation le
â08 POUCE DES LIEUX PUBUCS.
moyen de satisfaire leur oisiveté et de favoriser leur paresse ?
Sans doute , l'application de ces mesures restrictives doit être subordonnée au principe général de la liberté de l'industrie qui est placé sous la sauv^arde et la protection de l'autorité; l'exercice d'un commerce^ justifié par l'intérêt public dans son but et dans ses effets, trouvera toujours auprès d'elle l'appui que les lois lui garantissent. Le décret du 29 décembre 1851 n'a eu d'autre objet que d'atteindre les abus, et, à ce point de vue, il a rendu de grands services. Cependant, quelques personnes ne le trouvent pas encore assez radical ; elles auraient désiré que le nombre des établis^ s^nents publics pût être subordonné au chiffre de la population d'une manière absolue, et qu'on procédât tout au moins vis-à-vis de ceux qui existent par la voie des réductions ayant une cause naturelle. Elles se sont émues des scènes de débauche et des conséquences désastreuses que provoque la fréquentation trop facile des cabarets même les mieux tenus ; car, outre la facilité qu'elle offre aux mauvais conseils de se produire efc de propager leur funeste influence ; outre le préjudice qui en résulte pour la bourse ou pour la santé, les^ annales de la police correctionnelle et de la cour d'as-^ sises ne démontrentrelles pas que les rixes n'ont lieu,. et que trop souvent les attentats aux mœurs ou aux personnes ne sont consommés qu'à la suite de la surexcitation produite par l'ivresse du cabaret?
Mais en examinant avec soin toutes les questions^ que soulèvent l'existence et la fréquentation des lieux.
CERCSLES ET BIBUOTHÉQUES POPULAIRES. 309
publics, OQ est amené à reconnaître qu'il ne suffît pas d'en réduire le nombre ou d'en réglementer la poKce, 11 iaut a?iser aussi aux moyens d'offrir, soit aux pères de famille, soit aux jeunes gens, que le repos du dimanche rend libres de leur temps, des occasions homiétes de se distraire et de se divertir.. Cette préoccupatioD a inspiré, dans quelques localités, l'ouver* tore de cercka et de bibliothèques populaires qui sont ^treteous, soit par des membres fondateurs et honoraires, soit par de légères cotisations des membres titulaires.
Nous avons vu que les sociétés de Saint-François- Xavier se sont proposé le môme but. Là où elles existent, là où des cercles et des bibliothèques peuvent recevoir les ouvriers, les cabarets sont moins fréquentés. Que de gens, en efi^et, entrés tout d'abord dans ees établissements par désœuvrement ou pour avoir l'occasion d'y rencontrer quelques amis,.n'aursdent pas eu à regretter d'avoir cédé à cette tentation fatale , si un autre lieu leur avait offert la possibilité de sa voir et de se réunir sans se trouver exposés à dépenser inutOi^nwt l'argent qui eût été préférablement placé à la caisse d'épargne 1 Si les cercles sont d'une installation coûteuse, parce qu'ils entraînent le loyer d'un local et une disposition convenable pour l'exercice de certains jrax d'adresse, il n'en est pas de même des bibliothèques dont on peut fonder les éléments à peu de frais. Elles facilitent , soit la lecture en commun et à haute voix de bons livres bien choisis , soit le prêt et l'échange de ces livres dont l'usage devient ainsi profi-
816 cncLBS ST mBUomËQUfis populaimbs.
taUe à toute une fgœilte. Le point knportant, e'ert 4e retenir foovri^ dans sur intérieur, e^est (i*obtentr âe lui ^'H f reste , et de ramener à ^^eeonfiftttre qm^m peift y trouver 4e$ joies plus {mres et des plaisirs ph» iMWâdtes cpie ne sauraient Tétre les distractions grossières et di^ndieuses du cabaret. On peut fi^ême à cette occasion lui prouyer» par de simples calculs, ^ soa intérêt Um entendu doit lui commander de renoncer à cette rie de dissipation , et que la moitié , le quart même des sommes m^i dépensées suffirs^ et au-delà , déposé à une caisse d'épargne ou de retraite pour loi ménager des ressources précieuses , et lui permettre de subvenir ultérieurement aux besoins cpe tant de circonstances difficiles font nattre dans la Tie.
Ces conseils ne font pas défaut assurément. Ils émanent des ministres de la r^igion et de tous lei hommes de bim qui se sont voués à la moralisation et an soulagement des classes pauvres, ils pénétrent au milieu d'elles par Tintermédiaire de ces œuvres multiples dont nous avons été dans le cas tfénumérer tous les bienfaits. Enfin, l'administration elle-même ne néglige aucune des occasions qui se présentent d^atténuer les causes de désordre, et la surveiUance qu'elle exerce est , à cet égard , une source précieuse de garanties.
Il serait à désirer que V autorité de la famille pût également prêter son concours à la société pour le succès de tant d'efforts. Cependant les meilleuris exemples ne sont pas toujours ceux qu'elle donne, et nous sommes obligés de reconnaître que si le pmwoir
MÉPRlâ DK l'autorité PATERNELLE. 311
paternel n'a plus aujourd'hui toute la force et toute rinfloence qui devraient lui appartenir, la rupture des liens de famille doit , le plus souvent , être imputée, par ceux-là mêmes qui en souffrent le plus , à la n^ligence qu'ils ont apportée dans l'édu* cation de leurs enfants. Il ne faut pas qu'après avoir affecté de braver les préceptes enseignés par la religion, ils soient surpris de ne trouver autour d'eux aucun des sentiments que la religion seule peut inspirer; il ne iaut pas qu'après s'être livrés aux habitudes d'une vie licencieuse, irrégulièro ou désordonnée, ils s'étonnent que leurs enfants les imitent et sacri* fient à toutes les mauvaises passions. Vainement, dirskt-on, l'affaiblissement du pouvoir paternel, qui est lui-même une atteinte profonde au pouvoir social , ' ti^t à celles de nos lois civiles dont les dispositions semblât accorder à regret aux chefs de famille la feiWe part d'autorité qu'elles leur laissent. L'enfant reste, il est vrai , sous l'autorité de son père et de sa mère jusqu'à sa majorité ou à son émancipation, mais cette minorité est enfermée dans des limites étroites ; le fils peut s'y soustraire par l'engagement volontaire à Tâge de dix-huit ans ; le droit de correction ne peut s'exercer que sous la réserve du contrôle du ministère public et du président du tribunal, de sorte que l'accomplissement de ces formalités préalables enlève à l'nsage qui pourrait être fait de ce droit la force que l'opportonitè et l'instantanéité lui donneraient..
Vainement, enûn, ajoute-t-on, la loi accorde des aliments aux pères et mères, vainement doivent-ils
312 MÉPRIS DE l'autorité PATERNELLE.
être consultés à l'époque du mariage de leurs enfants, et peuvent-ils , au besoin, refuser leur consentement; les facilités que la loi elle-même fournit pour éluder ces obligations sont la première dérogation à l'autorité paternelle, car cette puissance ainsi circonscrite est incomplète et insuffisante pour attirer aux chefs de la famille le respect et la considération qui leur sont dus. On désirerait que la législation actuelle fût fortifiée en reculant l'époque de la majorité ou de l'émancipation , en accordant le droit de correction sans contrôle , en subordonnant au consentement des père et mère l'enrôlement volontaire qui semble faciliter les désordres et protéger la rébellion d'un fils. Enfin, pourquoi ne pas donner un caractère plus sérieux aux dispositions de l'article 1094 du Code civil, qui consacre la réserve légale de la nue-propriété du quart au bénéfice des ascendants et ne pas joindre l'usufruit à la nue-propriété? '
Tels sont les arguments que les hommes les plus éclairés n'hésitent pas à mettre en avant et à soutenir pour rattacher l'affaiblissement du pouvoir paternel à des causes autres que celles qui tiennent*^àux tendances que nous avons déjà signalées. Croit-on que des dispositions plus impératives de la loi suppléeraient à l'absence du sens moral et religieux ? Pourquoi, d'ailleurs, vouloir ainsi toujours attribuer aux vices ' de la législation les symptômes qui , par le fait, sont la conséquence d'une nature que la direction ou l'éducation de la famille n'ont pas amendée ? Tel père, tel fils, a-t-on dit depuis long- temps, aussi
FAUSSE DlftËGTIÛiN DE L'ÉDUCATION. 313
lorsque ce dernier puise dans la conduite régulière de ses parents l'exemple de la pratique de toutes les vertus et de l'observation des vrais principes de la mcHrale et de la religion , les liens de famille se res- -serrent entre eux. L'amour est fortifié par le respect, et le jour où le vieux père croira devoir adresser des observations ou des conseils , il sera scrupuleusement et religieusement écouté ; le jour oii il aura besoin de secours et d'assistance, les enfants l'entoureront de leurs soins, cédant en cela beaucoup moins à la crainte de se voir imposer les dispositions coercitives du code, qu'à l'influence d'un sentiment pieux d'attachement et de reconnaissance.
C'est donc avec raison qu'au nombre des causes de misères , figure le défaut d'instruction et d'éducation , car tout s'enchaîne dans leurs enseignements , et on peut les considérer comme solidaires. Un homme bien élevé sera un meilleur fils et un citoyen plus utile que celui qui n'aurait que l'instruction sans l'éducation. L'éducation est plus nécessaire que l'instruction. A quoi servent les connaissances, si elles ne sont déve- Io]()tyées par l'enseignement de tous les préceptes de morale qui forment le cœur et élèvent l'âme? La science n'inspire pas la piété filiale, tandis que ce g^ sentiment du respect dû aux parents est le premier des devoirs qu'une éducation religieuse se propose de graver dans le cœur des enfants ; la science ne donne pas Tesprit de conduite, tandis que l'éducation qui «soigne l'ordre, la régularité, l'économie, devient la source la plus certaine du bien-être.