ÉMIGRATION DES CAMPAGNES
C'est rinstruction mal appliquée qui provoque les déclassements, c'est elle qui fait naître ces ambitions désordonnées dont les tendances égarent tant de jeunes g^s et les amènent à renier la modeste professicm de leurs pères. V émigration des campagnes dans les villes, aussi funeste aux progrès de Tagriculture qu'à l'amélioration du sort de la classe ouvrière, a puissamment contribué au développement de toutes les misères. Il faut arrêter ces tendances par une direction intelligente donnée dans nos écoles à ceux qui les fréquentent.
Des différentes industries dont l'exercice assure à l'homme son existence, il n'en est pas une assurément qui, mieux que l'agriculture, réponde à ses besoins journaliers ; ses produits le nourrissent , et sont , en définitive , les premiers éléments dont se forment les richesses. A ce point de vue, l'agriculture est la source de l'indépendance la plus honorable ; elle vit de ses propres forces, et n'a presque rien à attendre des hommes , qui ont tout à attendre d'elle. Celui qui se consacre aux travaux des champs a des avantages certains et durables, tandis que l'ouvrier des villes -^st constamment exposé à se voir enlever les siens, quelles que soient d'ailleurs les chances momentanées de gain que lui offre la pratique de l'industrie à laquelle il se .^ livre. ^
Si ce principe est vrai pour le petit propriétaire, qui cultive lui-même son champ, il n'est pas moins exact à l'égard des simples ouvriers et des laboureurs employés pour le compte des fermiers ou des proprié-
DANS LES VILtES. 345
fofrsB importa&te. Généralement admis dans rintérienr de b tenUle, ils y sont nourris et entretenus i leurs gsges m sont pajrés qu'une fois l'an, et par cela seul M ifimt pas exposés k être dissipés en un Jour , comme le montant du salaire de l'ouvrier des villes ou des namifiMstares , qui lui est remis toutes les semaines.
Pour les ou¥riers des campagnes l'économie et la sobnéfté sont d'autant plus praticables » que les besoins ami m^ins grands. La simplicité de leurs goAts et de leurs Tètements n'est pas ccmtrariée par les eici-* laUons du luxe. S'ils vivent dans leur ménage , il est rare que le montant de leur salaire ne puisse suffire aux dépenses courantes de la vie. Le loyer n'est pas , comme & la ville , une des plus lourdes charges de leur budget , la vie matérielle n'a pas les mêmes exigences ; ils trouvent autour d'eux, mx meilleures conditions possibles , tout ce qui petit la rendre douce et fadle. S'ils sont obligés d'acheter, c'est au producteur hjf-méme qu'ils s'adressent , sans être obligés de subir la loi ruineuse des intermédiaires.
Dans les années d'insuffisance , alors qu'une gène terrible pèse sur l'ouvrier des villes, l'habitant des eampmga^ souffre moins de cette atteinte p(»rtée aux conditions habituelles de son bien-être. Il est rare, d'ailleurs, que toutes les ressources lui manquent à la fois ; l'obligeance d'un voisin plus heureux lui vient souvent en aide , et la dette qui en résulte ne sera pas difficile à acquitter; car, la terre, qu'il cultive par lui-même, en procurera facilement les moyens.
11 supporte ces épreuves sans murmurer ; la nature #
3i6 INFLUENCE DE LA YIE DES CHAMPS
de 8es travaux , Tattente forcée dans laquelle il vit de leurs produits» Font exercé depuis long .-temps k la patieuce et à la résignation. Enfin , alors qpie tant d'autres dans les. villes, qui ne connaissent aucun des mystères de la végétation ni des secrets ou dQ& mécomptes de la culture , n'hésitent jamais à s'en prendre au gouvernement et à le rendre responsable du prix élevé des subsistances , rhonune des champs n'accuse que la contrariété des saisons , l'inégalitô de la t^npérature , dont il a été le témoin » et au lieu de se répandre en plaintes aussi injustes qu'inutiles, il ne songe qu'à réparer le mal et à combler » l'année suivante , le déficit de la dernière récolte » en préparant la terre à rapporter plus que de coutume.
L'homme des champs supporte plus facilement certaines privations , d'abord parce qu'il sait s'y résigner», avons-nous dit , et parce qu'il a moins de besoins , mais aussi parce que ses conditions de santé scmt généralement meilleures. Le grand air qu'il respire le soutient et contribue puissamment pour lui au développement d'une constitution robuste.
L'ouvrier des villes, et surtout celui des manufactures, présente au contraire, de bonne heure l'aspect d'une santé délabrée ; ses enfants sont chétifs, malingres .^ et prédisposés à toutes les maladies ; les opérations du • recrutement en fournissent une preuve irréfutable, et alors que , dans les cantons agricoles , les jeunes gens se font remarquer par leur force et leur vigueur, à peine est -il possible dans les agglomérations impor-