CHAPITRE II
Importance de l’assistance dans les campagnes. — Services considérables que doit rendre l’assistance médicale. — Déünition de l’assistance médicale. — Besoin des ])aysans dans la maladie.
L'assistance publique a eu, jusqu’ici, pour principal objectif les ouvriers des villes, et l’on peut dire que, de nos jours, si la classe ouvrière des grandes cités n’est pas à l’abri de toutes les nécessités et de toutes les infortunes, les institutions nombreuses qui sont destinées à à lui venir en aide ont beaucoup fait pour améliorer son sort, a Voyons d’une manière rapide », dit un auteur, « ce qui a été fait dans les villes, et notamment à Paris, en faveur de la classe ouvrière et des malheureux. On trouve d’abord les hôpitaux pour les malades, des hospices multipliés pour les vieillards et les infirmes des deux sexes, et un hôpital pour les enfants malades, V hôpital de la Maternité pour les femmes en couches, puis viennent les bureaux de bienfaisance, les dispensaires, la Société- maternelle pour fournir des layettes aux mères indigentes, les crèphes, les salles d'asile, et, dans un autre ordre, les caisses d'épargne, les associations mutuelles de secours, sans compter les distributions de s ’cours et d'argent qui se font dans les solennités publiques, les cotisations, les aumônes particulières, V abaissement du prix du pain dans les années calamiteuses et les hivers rigoureux, ce
qui coûte des millions à la ville de Paris; entin les cités ouvrières, qui ofiFriront au peuple des logements salubres et à un prix inférieur. Certes voilà des adoucissements, voilà des moyens d’allégeance qu’on ne saurait contester. Si toutes les villes ne les possèdent pas dans leur ensemble, au moins 'en ont-elles une grande partie (1). »
Et cependant les ouvriers des campagnes méritent-ils moins d’intérêt ou ont-ils moins de besoins ? Ni l’un ni l’autre ; nous serions plutôt tenté de renverser la proposition. «S’il est une question d’humanité éminemment utile», dit le même auteur, « urgente même, sous une infinité de rapports, c’est assurément celle des habitants de la campagne, pauvres, souffrants, qui ne gagnent leur pain de chaque jour qu’au prix d’un travail forcé de chaque jour.
» Depuis un certain nombre d’années on ne s’est occupé, on n’a parlé et on ne parle encore que d’industrie et d’industriels, de fabriques et de fabricants, d’ateliers et d’ouvriers ; mais les habitants des campagnes, à très-peu de chose près, ont été négligés, abandonnés. Cependant leur nombre est immense ; il n’y a point d’exagération en l’évaluant à près de vingt millions d’individus, c’est-à-dire plus de la moitié de la France. On n’a pas assez remarqué que ces habitants forment les premières, les plus solides bases de l’État; qu’ils en sont comme les racines et les soutiens, la force et la sève; enfin qu’ils le nourrissent et le défendent (2). »
Dans un rappori au Conseil général de Maine-et-Loire, M. de Melun prononçait les paroles suivantes ■ “ Ceux qui portent le poids le plus lourd du jour et de la chaleur, à qui, après Dieu, nous devons notre pain quotidien, ont droit à toute la vivacité, à toutes les recherches de notre compassion. ILest juste que, malades et sans ressources, ils trouvent généreuse et hospitalière la terre qu’ils fécondent de leurs sueurs. »
(1) Réveillé-Parise, de l'Assistance pviliqve et medicale dans la campagne, 1850, p. 3. — Depuis la publication de ce rapport, les moyens de secours n’ont fait que s’améliorer dans les villes, tandis qu’ils sont à peu de chose près les mêmes dans les campagnes
(2) Réveillé-Parise, loc. cit., p. 1 et 2.
Enfin, dans sa circulaire du 15 août 1855, le Ministre de l’intérieur disait :
« Les villes sont généralement dotées d’établissements charitables, où l’ouvrier indigent et malade trouve les secours qui lui sont nécessaires; mais les campagnes n’offrent à nos laboureurs aucune ressource de ce genre. L’ouvrier des champs n’est que trop souvent exposé à souffiir isolé, sans médicaments ni médecin. «
Nous avons voulu citer ces divers témoignages pour prouver l’unanimité de ceux qui se sont occupés des habitants des campagnes. Ne peuton pas, en effet, conclure de cela que les paysans « sont comme des hommesà qui la vie semble avoir été jetée comme une lourde chaîne (1) ?
C’est, surtout si on l’étudie en détail, que l’on est péniblement impressionné en voyant le genre de vie de l’ouvrier des campagnes. D’abord travail excessif: «Le cultivateur un peu aisé vit même assez mal; sa petite propriété, qui lui donne tant de mal à exploiter, ne lui rapporte pas grand'chose; heureux encore quand l’usure ne lui en ronge pas le mince produit ! Quant au journalier ou man œuvre, en général, voici sa vie ; ordinairement, il travaille depuis cinq ou six heures du matin jusqu’à onze, depuis une heure jusqu’à sept; onze à douzeheures de travail, presque toujours exposé à l’ardeur du soleil, à toutes les intempéries des saisons. Dans l’hiver, indépendamment de quelques travaux du dehors, il est livré à des occupations intérieures non moins pénibles. Souvent il bat et il vanne en grange, le plus fatigant, peut-être le plus rude labeur, qu’il soit donné à l’espèce humaine de supporter. L’ouvrier des villes gagne ordinairement de 3 à 8 francs par jour; l’ouvrier des campagnes, 1 franc, 1 franc 50 centimes, et il n’y a jamais de grèves. La seule crainte de cet ouvrier est de manquer d’un travail aussi pénible que le sien; et il a grandement raison, car, dans le chômage forcé, il manque tout à fait de ressources et de subsistance (2).»
(1) Andrieux (de Brioude), les Médecins cantonaux ; ieiiveÿ, adressées au préfet du département de la Haute-Loire. Paris, 1858.
(Ij Depuis 1850, époque à laquelle ce travail a été écrit, le salaire des ouvriers des villes a encore augmenté et peut être évalué aujourd’hui de 5 à 10 francs ; il est certain que celui de l’ouvrier des campagnes n’a pas augmenté dans la
Avec ces travaux excessifs, le paysan devrait être bien logé, bien nourri; son genre de vie devrait être réparateur. C’est tout le contraire qui existe, et tous ceux qui ont écrit sur ce sujet sont unanimes pour en faire un tableau empreint d’une tristesse profonde. Citons encore Réveillé-Parise(l) : «Qu’on se figure, en général, d’affreuses habitations où le pauvre villageois vit, croît, languit et meurt, presque sans air et sans soleil. Rien de plus triste comme de plus insalubre ; un rez-dechaussée toujours froid, toujours humide, ordinairement ni planchéié, ni carrelé, et dont le^sol, plus ou moins battu et inégal, fait la base; des murs de mauvaises pierres, souvent de torchis mal préparé, lézardés, ruinés, que le temps a revêtus d’une lèpre immonde; çà et là quelques meubles vieillis, brisés, informes; une souquenille pendue à un clou, de vieux sabots remplis d’une paille souillée de fange, un grabat qui n’est jamais renouvelé, exhalant une odeur assez difficile à caractériser; des ébauches de fenêtre où sèchent quelques haillons; au dehors, une masse de fumier touchant presque au seuil de la porte, des mares bourbeuses, des ruisseaux fétides qui serpentent le long des murs, des flaques d’eau croupissante de toute part, des émanations putrides produites par la décomposition des matières animales et végétales : tel est l’affligeant tableau qui frappe les regards de l’observateur. Il y a quelques exceptions, mais elles sont rares et ne se voient que dans certains pays.
» La nourriture correspond parfaitement à de pareilles habitations. Bien qu’il y ait quelque différence selon le degré de perfection de l’agriculture, toutefois on peut affirmer, en général, que cette alimentation est de mauvaise natnre ; il y a plus, c’est qu’elle change même trèspeu chez les habitants de la campagne devenus un peu aisés, tantôt par habitude, tantôt par une économie excessive, déplacée, dans le but d’acheter un lot de terrain, d’arrondir plus ou moins leur petite propriété. Les aliments pèchent toujours par la qualité plutôt que par la
même proportion, et cependant les frais de la vie ont suivi une progression croissante bien plus rapide.
(1) Réveillé-Parise, loc . cit., p. 3.
quantité ; du pain grossier, mal fermenté, mal cuit; du lait souvent aigre, du lard rance, des fruits et des légumes de qualité inférieure : voilà la nourriture la plus ordinaire; de la viande, presque jamais; c’est toujours une exception, un extraordinaire Quant aux bois-
sons, le cidre, le poiré, très-dangereuse liqueur; de la bière mal pré parée, de petits vins aigres peu lérmenlés, de la piquette: telles sont les plus employées (1).
En lisant ce tableau, dont les traits ont été reproduits par le docteur Andrieux, de Brioude, en 1858, on pense involontairement à celui que La Bruyère (2) a tracé des paysans de son temps; et, si celui du moraliste, antérieur à l’autre de deux siècles, est plus navrant que celui du médecin, ceci doit être attribué à l’état de famine qui régnait alors, peut-être plusqu’à l’amélioration du soitdes habitants de la campagne.
Après tout ce qui précède, on comprend que le paysan soit sujet à de nombreuses maladies, qui revêtent surtout des formes aiguës à cause même du mode d’action des influences productrices. La plupart de ces influences n’agissent que d’une manière temporaire et bornée ; il en est ainsi de l’insalubrité des logements, du séjour dans les étables ou près des tas de furnier, des variations atmosphériques (pluie, rosée, froid, chaleur, etc.), de l’insuffisance des vêtements et de leur état successivement sec ou humide, des travaux de l’agriculture, des poussières organiques ou minérales introduites dans 1 ’économie, à propos de certaines opérations rurales passagères, etc.
D’un autre côté, plusieurs conditions favorables contre-balancent , dans les cantons ruraux, la malfaisante influence de ces causes : d’abord l’habitude de vivre constamment en plein air, d’éprouver continuellement les salutaires effets* d’une atmosphère bien oxygénée, surtout quand on respire l’air vierge des montagnes, selon l’expression de Bordeu. L’exercice continuel des forces musculaires est aussi une condition de santé : il entretient parfaitement l’équilibre des actes vitaux et donne aux fonctions de l’économie une activité, une régularité, une
(1) Réveillé-Paris, loc. cit., p. b et 6.
(2; La Bruyère, Caractères, éctit. Destailleur, t. II, p. 76. Paris, 1861.
énergie infiniment rares dans les villes. Toutefois, de pareils avantages ne se manifestent que quand l’exercice du corps n’est pas poussé jusqu’à une fatigue excessive. Enfin un sommeil profond, réparateur, vient, au terme d’une laborieuse journée, permettre au corps épuisé de retrouver des forces pour les fatigues du lendemain.
On dort parfois laborieusement sur le duvet, dans les villes. A la campagne, c’est beaucoup plus rare, même sur la couche la plus dure, la fatigue corporelle faisant, dans cette occasion, l’olBce d’un vigoureux appétit en face d’un dîner peu attrayant de lui-même.
Quoil qu’il en soit, les influences compensatrices dont nous venons de parler ne suffisent nullement pour combattre les influences déterminantes des maladies. Aussi le paysan résiste mal et manque de virtualité ; du moins sa résistance n’est qu’apparente. En effet, ces physionomies normales ou anormales, ces sujets à tempérament simple ou composé, où prédomine habituellement le système vasculaire à sang rouge, ne possèdent qu’une puissance de réaction factice, qu’une fausse vigueur. Baillou fait la même observation, relativement aux servantes et aux domestiques (1). C’est bien ici le cas de distinguer entre les fm ces agissantes et les forces radicales : tel sujet, avec toutes les apparences de la vigueur, résistera beaucoup moins qu’un autre qui, tout en paraissant plus faible, sera doué de la véritable 'énergie, c’est-à-dire de forces radicales.
Ce qui démontre bien les propositions que nous venons de formuler, c’est le large tribut payé par le paysan aux maladies épidémiques. « Toutes les épidémies meurtrières qui frappent une partie de pays comprenant des villes et des villages enlèvent proportionnellement plus de monde dans ses dernières localités que dans les premières. Le choléra de 1832 et celui qui règne en ce moment en sont une preuve irrécusable : la mortalité due à cette affection a été relativement bien plus grande dans les villages que dans les villes. Dans le département du Nord, celui où elle a sévi avec plus de gravité, un grand nombre de communes rurales ont ôté réellement décimées et ont perdu quatre et
(1) Epidémies, 1. I", p. 96.
cinq fois, proporlionnellement, plus d’habitants que les villes où elle a régné avec le plus d’intensité. Ce que nous disons du choléra s’applique également au typhus, qui, à l’état sporadique ou d’épidémie, s’observe bien moins souvent dans les villes que dans les campagnes, où les habitants pauvres sont plus exposés aux deux causes qui, réunies, l’occasionnent le plus fréquemment : la mauvaise nourriture et la fatigue musculaire (1). »
Il faut ajouter à ces raisons l’indifférence des paysans pour tout ce qui touche à leur santé, les préjugés dangereux, les idées superstitieuses, les habitudes insalubres, les routines vivaces, qui conspirent avec les causes morbifiques d’une manière malheureusement trop eflScace.
Si encore les soins médicaux pouvaient être à la hauteur des besoins qui les réclament ! peut-être la condition du paysan serait-elle moins à plaindre. Mais c’est le contraire qui existe, et cela pour plusieurs motifs : « Tantôt les médecins sont trop éloignés ou trop occupés ; le plus souvent encore les remèdes sont trop chers, trop multipliés, trop difficiles même à se procurer, notamment dans les pays montagneux, lorsque, dans l’hiver, les communications sont à peu près impossibles ; toujours des obstacles, toujours des diflScultés sans fin. D’ailleurs l’habilant des campagnes, chose bien connue, n’appelle l’homme de l’art que le plus tard qu’il peut. Il agit ainsi pour deux motifs : d’abord il croit toujours que ce ne sera rien, puis il épuise tout le savoir des commères du pays. Quant aux malheureux, à peu de chose près, ils manquent tout à faii de secours, surtout si la maladie passe pour dangereuse ou contagieuse (2). «
Après tout ce que nous venons de dire sur les habitants de la campagne, on serait tenté de supposer qu’une situation aussi intéressante n’a pu manquer de préoccuper les économistes, les philanthropes, les hommes charitables de toutes les époques ; rien n’est moins vrai cepen-
(l'j !)'■ Charpentier, de la Nécessité d'améliorer le sort des indigents ^naïades des campagnes; 1850.
(2) Réveillé-Parise, loc. dt., p. 12.
dant, et Ton peut s’étonner à bon droit de l’oubli dans lequel on a laissé cette classe importante de la société. « Les grandes villes possèdent des hôpitaux, des sociétés et des bureaux de bienfaisance, des salles d’asile et des crèches, des associations religieuses, de nombreux médecins qui offrent à tous les habitants pauvres des ressources contre la misère et la maladie. Rien de semblable n’existe dans les communes rurales; et cependant quelle est cette partie de la France que l’on a longtemps oubliée? N’est-ce pas la plus paisible, la plus vertueuse et la plus virile, celle qui produit le pain, et du travail de laquelle dépendent, après Dieu, l’abondance et la disette ; celle qui comprend les deux tiers de la population, celle qui fournit les trois quarts de l’armée et du budget ( D’’ Brault) (1)?
« On a peine à s’expliquer comment un semblable état de choses a pu. . se maintenir aussi longtemps dans un pays chrétien, où l’amour du prochain devrait rendre obligatoires les soins que réclament les indigents malades, non à titre d’aumône, mais de protection et de raison sociale (Valentin-Smith) (2). »
Ces paroles sont parfaitement exactes, et M. Granier de Cassagnac a eu bien raison de dire, dans son pittoresque langage : « Aucun écrivain, personne, n’a songé au paysan ; on est ainsi passé sur le ventre à la moitié du genre humain (3). » On aurait pu croire, après une pareille • observation, que ce publiciste n’imiterait pas l’erreur de ses devanciers^ et que son livre allait ccmbler la lacune signalée; mais on voit avec étonnement que son ouvrage mérite les mêmes reproches que les autres, et qu’à part quelques faits relatifs à l’origine du producteur agricole, il ne contient rien de ce qu’on était en droit d’espérer.
Du reste, les auteurs qui l’ont suivi ont laissé subsister la même lacune. M. V-illermé, dans ses divers ouvrages; M. Blanqui, dans son rapport sur les centres industriels en 1848, n’ont eu en vue que les ouvriers de l’art manufacturier. M. Alphonse Grün, auteur d’une
(1) D'' Nivet, Docurnenls pour F organisation de la médecine des pauvres.
(2) D' Nivet, loc. cit.
(3) Granier de Cassagnac, Classes ouvrières., p. 244.
brochure intitulée : État de la question des habitations et des logements insalubres , consacre à peine une page à faire connaitre la situation des habitants de la campagne ; il en est de même dans son ouvrage sur la Moralisation des classes laborieuses. MM. de Sismondi, de Tocqueville, Rossi, Buret, Michel Chevalier, etc., ont dirigé leurs travaux dans le même sens que les précédents. Parmi les petits traités publiés par V Académie des sciences morales et poli tiques, il n’y a guère que celui dû à la plume de M. Lélut, et intitulé de la Santé du peuple, qui fournisse quelques indications au sujet de la santé des populations agricoles.
Les ouvrages de médecine ne renferment rien de spécial aux travailleurs de la campagne. Ramazzini leur consacre néanmoins quelques pages bien insuffisantes sur une question aussi considérable. D’un autre côtè^ M. Bouchardat a publié, dans les Annales d’agriculture, décembre 1848, un mémoire ayant pour titre : de l’ Alimentation des habitants des campagnes, dans lequel se trouvent formulés quelques préceptes excellents.
Il est temps que l’attention soit attirée sur un sujet qui intéresse à un si haut degré l’avenir des nations, et en particulier celui de la France. Il est temps de chercher à amoindrir une des causes de ce mouvement désastreux qui pousse vers les grands centres les populations agricoles; mouvement si considérable que, s’il continuait dans la même proportion, « dans quarante-trois ans le dernier paysan quitterait la campagne pour aller .habiter la ville ; car n’est-on pas en droit de penser qu’une des causes de la dépopulation des campagnes est l’absence de secours pour les indigents et les malades, tandis que les villes sont si bien pourvues sous ce rapport ( I )? »
(1) M. Fonssagrives, Leçons orales d'hygiène, 1873 et 187.5. Ce chiffre est déduit du rapport décroissant entre les paysans et les citadins, exprimé par les nombres suivants : il y avait en France,
en 1846, 3,09 paysans pour un citadin .
Parmi les objets dont s’occupe l’assistance publique, le côté rnédica est sans contredit le plus important dans la campagne. A quel besoin répondraient, en effet, les caisses d’épargne, les asiles d’enfants trouvés, les cités ouvrières, etc. ? Le paysan ne possède pas souvent des capitaux disponibles, -et, lorsqu’il a amassé un modeste pécule, il met généralement la satisfaction de le contempler de temps en temps bien au-dessus de celle que lui donnerait le modique revenu d’un livret de caisse d’épargne. D’un autre côté, l’em ploi préféré du capital consiste dans l’acquisition de la propriété foncière.
Les asiles d’enfants trouvés ne rempliraient aucun vide, la population de ces asiles ne se recrutant que dans les villes, quoique un certain' nombre viennent de la campagne.
Il est donc évident que l’assistance médicale est celle dont on doit le plus se préoccuper ; mais, avant d’aborder cette question, il est nécessaire de définir ce qu’on doit entendre par assistance médicale. Elle ne comprend pas seulement les conseils médicaux donnés aux habitants des campagnes, mais aussi tous les moyens qui peuvent en assurer l’exécution, et en particulie r la fourniture des médicaments.
Qu’est-cc qui manque, en effet, ?iux paysans, dans un cas de maladie? Ce ne sont pas seulement les soins du médecin, « ce sont des médicaments, c’est du pain, c’est du bouillon, ainsi que d’autres bons aliments; c’est du linge, ce sont des vêtements convenables; c’est, dans l’hiver, une atmosphère doucement tempérée; enfin c’est surtout, pour le pauvre ouvrier de la terre , l’idée que sa maladie, son chômage forcé, n’ôteront pas tout à fait le pain à sa femme et à ses enfants.