DES BATTEMENTS DE CŒUR ENTCNDUS A UNE CERTAINE DISTANCE DE LA POITRINE
Une opiniun fondée sur des traditions de praticiens plutôt que sur des témoignaiçes positifs d'ol> servateurs de profession, veut que les battements du cœur puissent quelquefois être entendus à une certaine distance des malades. Corvisart, qui connaissiiit Cflle tradition, dit n'avoir pu vérifler ce fait qu'une seule fois, et en aijprochan t l'oreille « très près » de la poitrine du malade (1). Il y a déjà bien
(1) Op. cit., p. 136.
— sodés années que quelques niala<les m'ont affirmé avoir éprouvé des palpitations de cœur telles qu'on les entendait à la distance de plusieurs pas, et l'an d'eux, ainsi que des personnes dignes de foi qui l'avaient vu dans cet état, m'ont attesté que chez lui les battements du cœur étaient entendus dans la chambre voisine de celle où il couchait.
En 1823, j'eus pour la première fois occasion d'observer ce phénomène chez une jeune fille. Depuis ce temps je l'ai cherché avec soin, et je me suis convaincu que, s'il est très rare à un aussi haut degré d'intensité que dans les cas dont je viens de parler, il est très commim ;\ un degré moindre, et tel que Ton puisse entendre le cœur à une distance de deux à dix pouces de la poitrine. Quelques-uns de mes confrères, à qui j'ai fait part de cette observation, ont aussi rencontré depuis plusieurs fois le même phénomène; et M. le docteur Lerminier, entre autres, u eu la complaisance d'envoyer à ma clinique, dans le cours de l'année 1824, deux malades qui le présentaient d'une manière assez marquée. Je n'ai pas eu occasion dé l'entendre à plus d'un pied et demi ou deux pieds de distance; mais ce seul fait suflit pour faire admettre facilement la possibilité de les entendre de plus loin. J'ai constaté plusieurs fois par l'isochronisme parfait do ces battements avec ceux du pouls que le bruit entendu est celui de la contraction des ventricules. Je ne me rai)pelle pas avoir rencontré de cas où il fût donné par les oreillettes.
Sur plus de vingt sujets chez lesquels j'ai entendu les battements du cœur à une distance de deux pouces à deux pieds de la poitrine, trois ou quatre au plus étaient attaqués de maladies organiques du cœur. Tous Jes autres ne présentaient que des palpitations purement nerveuses; plusieurs même n'en éprouvaient qu'après avoir marché nn peu vite ou monté rapidement un escalier, et le phénomène n'existait chez eux que dans cette cîr^ constance. Chez tous, il a été passager, et plusieurs de ces sujets sont revenus au bout d'un certain temps à un état de santé parfait. Le bruit de soufflet et le frémissement cataire existent souvent à un léger degré dans le cœur et surtout dans les artères, cliez les i>ersonnes dont on entend le cœnr à distance.
Je n'ai vu succomber aucun des sujets qui m'ont présenté ce phénomène^ ce qui, joint à sa liaison fréquente avec une agitation nerveuse momentanée et avec le bruit de soufQet et le frémissement cataire; doit faire penser qu'il est peu grave en luimême.
Je n'ai, d'après ce que je viens de dire, aucune certitude relativement à l'état des organes de la circulation auquel il peut être dû; mais plusieurs motifs me font croire qu'il est dû le plus souvent à une exhalation gazeuse plus ou moins abondante dans le péricarde. Tur.s les bmits qui se passent dans l'intérieur du corps, et que l'on peut entendre à l'oreille nue, sont dus aux mouvements de
qnelqne snbstance qui se trouve en contax^t avec nn gaz. C'est ainsi que Ton entend les borborygmes dans les intestins, la fluctuation bippocratique dans le pneumothorax avec épanchement liquide, et même celle qui a lieu dans Testomac, le brait de la crépitation détermine par l'iusyâration ou par les battements du cœur dans quelques emphysèmes des parois thoraciques, le craquement des doigts chez certains sujets doat les articulations contiennent liabituellement un gaz, un bruit analogue et accompagné de crépitation manifeste sous la main, dans les pneumarthroses qui succèdent fréquemment au rhumatisme articulaire, et particulièrement dans Tarticulation du genou. Je pense que le développement d^une certaine quantité de gaz dans les ca>ités du cœur pendant l'agonie pourrait encore donner quelquefois lieu au même phénomène; mais cet accident serait ti'op promptement suivi de mort pour qu'il fût facile à constater. M. Segalas,' à qui j'avais fait part do cette conjecture, me dit quelques jours après qu'ayant tué un chien par rinjectioii de Pair dans la veine jugulaire, il avait entendu distinctement et fortement les battements du cœur pendant l'agonie. Des occupations multipliées m'ont empêché jusqu'ici de chercher à produire, chez les animaux, im i)neumo-péricarde artificiel, en injectant de l'air dans le péricarde et l'y maintenant de manière à ce qu'il ne pût en sortir que par la voie de l'absorption, expérience qid d'ailleurs me paraît bien difficile à
exécuter parfaitement; mais j'ai remarqué que la région du cœur rendait souvent par la percussion un son très clair chez les sujets dont on entend le cœur à distance. /
L'intermittence du phénomène et son apparitiou subite après un exercice un peu violent, relativement à rindividu, ne me paraît infirmer nullement l'opinion que je viens d'exposer. On voit des exhations gazeuses se former en quelques instants à la suite des fortes contusions et des fractures. Le ventre, dans beaucoup d'affections nerveuses ou fébriles, prend quelquefois tout à coup un volume énorme, à raison de l'augmentation subite de la quantité des gaz qu'exhalent habituellement les intestins. Dans les pneumarthroses du genou, la crépitation la plus manifeste i)arait et disparaît (juelquefois à plusieurs reprises dans l'espace d'une seule journée. )
L'ossification de la pointe ou de quelque autre I)artie extérieure du cœur pourrait peut-être encore donner lieu au même phénomène: maïs je n'en ai vu aucun exemi^le. •