ARTICLE II
DU FRÉMISSEMENT CATAIRE DU GtpUR ET DES ARTÈRES
J'ai désigné sous ce nom, dans la première édition de cet ouvrage, une sensation particulière que perçoit dans certains cas la main appliquée sur la région du cœur, et que j'ai indiquée avec Corvisart, qui, je crois, a le premier rencontré ce symptôme, comme un signe de l'ossification des valvules, et particulièremenl} de la valvule mitrale. Ce phénomène s'observe effectivement dans presque tous les cas où il y a un rétrécissement un peu notable des orifices du cœur; mais je l'ai rencontré fréquemment depuis sans qu'il y eût aucune lésion organique de ce viscère. J'ai observé de plus dans les artères un phénomène qui me parait tout à fait identique, quoiqu'il présente quelques différences légères et variables.
Le frémissement cataire du cœur peut être com*
paré assez. exactement an frémissement qnl accompagne le murmure de satisfaction que font entendre les chats quand on les flatte de la main. On peut encore s'en faire une idée en passant une brosse un peu rnde sur la pauime de la main l'ecouverte d'Un gant. Ce frémissement devient surtout plus sensible quand le malade parle, sans doute parce qu'il se confond alors avec la sensation assez analogue que donne la résonnance de la voix dans la poitrine. Ce fcémissement est presque toujours borné à» la région précordiale gauche, sur laquelle il faut' appliquer la main avec une force médiocre pour le sentir. Cependant je l'ai senti quelquefois sous presque toute la partie antérieure de la poitrine, et même à la partie supérieure du sternum.
Le frémissement cataire artériel présente plusieurs variétés: le plus souvent il consiste en une sensation de frémissement fort analogue à celle que nous venons de décrire, et exactement bornée au calibre <ie l'artère. Aloi-s on le sent mieux à l'aide d'une pression modérée que si l'on appuie trop légèrement les doigts; m^is si on presse trop Tar tère il diminue. Dans ce cas le frémissement pàra1\i saccadé comme la pulsation artérielle ellemême. Quelquefois, au contraire, et particulièrement dans la carotide, le frémissement est beaucoup plus étendu que le diamètre de l'artère et paraît se faire plus superficiellement. Le frémissement cataire de la carotide est quelquefois sen-
sible dans un espace de d^ux pouces en largeur sur les parties latérales du cou, et alors il Test d'autant plus que Ton pose plus légèrement Textrémîté des doigts. Ce frémissement paraît alora continu et Ton ne sent nullement la saccade artérielle; enlin, parfois il semblerait que le fi^émissement fût dû à un gaz ou à un fluide impondérable exhalé par les parois de l'artère, et qui formerait un courant circulant autour d'elle ou s'échappant en rayonjifïut de tous les points»de ses parois: c'est l'image la plus approximative que j'en i»uîsjse donner; mais je suis loin de croire que les clioses soient telles. Ce n'est point un gaz, car il n'y a pas de créj3itation dans le tissu cellulaire; ce n'est point un courant électrîcjue, car la main ne sent rien d'analogue à la secousse ou à l'étincelle électrique. Je me propose depuis longtemps de voir si un électromètre pourrait donner quelque notion plus positive sur la nature de ce phénomène; mais comme il est assez rare, je n'ai pas encore eu occasion de donner suite à cette idée. Les artères où l'on observe le plus communément ce phénomène sont les carotides, puis les sous-clavières, les brachiales et les cru: aies; il est rare qu'on puisse le sentir dai'S l'aorte ascendant^e, c'est-à-dire au dessous de la partie supérieure du sternum, et même de l'aorte ventrale. Nous avons déjà remarqué qu'une pression trop forte diminue l'intensité du phénomène, et ce n'est ordinairement qu'à l'aide d'une pression très grande qu'on peut sentir l'aorte ventrale.
I^e frémissement cataire n'est pas très sensible dans les pet.tes alt^^e3, et en particulier dans les radiales. Cependant lorsque le frémissement cataire existe dans lé cœur ou dans quelque grosse artëre, et même lorsqu'il n'y a dans ces organes que le l)ruit de soufflet sans fréndssement cataire, le pouls présente souvent un diminutif de ce dernier phénomène, consistant en un léger frémissement qui paraît indépendant de la diastole artérielle, quoiqu'il l'accompagne. Corvisart a connu ce caractère du pouls, quoiqu'il n'ait pas remarqué le frémissement cataire des artères majeures, car il le donne conmie un signe à l'aide duquel on peut présumer qu'un fréniîssement plus marqué se rencontrera à la région du cœur et qu'il existe défi ossifications des yahniles (1). Ce caractère du pouls/ au reste, n'est pas constant; il se rencontre fréquemment, comme nous venons de le dire, dans des cas où il n'y a point ailleurs de frémissement cataire, et il manque quelquefois lorsque ce phénomène existe à la région du cœur. Toutes les fois que je rencontre ce caractère du pouls, je remarque qu'un grand nombre d'élèves ne le sentent point, et je n'avais pu moi-même le saisir avant l'époque à laquelle j'ai rencontré le frémissement cataire dans les grosses artères.
Eien n'est plus rare que de trouver le frémissement cataire dans le cœur ou dans une artère, sans
(1) Traité des maladies du cœur, 3« édil., p. 240.
qne le bruît de soufflet y existe égalemenli; je doute même que le premier phénomène existe sans aucune trace du second. Je n'ai rencontré que deux cas dans lesquels il y avait un frémissement cataire très évident dans l'artère carotide, avec un bruit de soufflet tellement obscur qu'on pouvait douter de son exislîence. Plus souvent j'ai trouvé le bruit de soufflet moins marqué qu'on n'eût pu le croire d'après l'intensité du frémissement cataire; mais dans presque tous les cas le premier phénomène est beaucoup plus caractérisé et plus saillant que le second.
D'un autre côté, on peut affirmer que le frémissement cataire ne peut être regardé comme un phénomène identique avec le bruit de soufflet et dû à la même cause, car les bruits d,e soufflet les plus intenses ne sont pas toujours ceux qui sont accompagnés de frémissement cataire. Très souvent, lorsque le bruit de soufflet est diffus, le frémissement cataire est tout à fait borné au volume Se l'flxtère,
et vice versa.
Le frr^missement cataire et le bruit de soufflet des artères sont souvent accompagnés d'une impulsion plus forte que dans l'état naturel; mais d'autres fois, au contraire, cette impulsion est plus faible. J'ai souvent trouvé les battements de la carotide gauche plus forts que ceux de la droite, lorsque cette dernière seule donnait le bruit de soufflet et le frémissement cataira
La saignée, qui diminue ordinairement l'inten-
sîté de ces phénomènes, d'autres fois les modifie seulement et d'nne manière bizarre. Ainsi, après une saignée, chez un hémiplégique qui ne présentait aucun signe de maladie du ca^ur, d'inflammation ni de pléthore, j'ai trouvé le bruit de soufflet beaucoup^ moindre dans le cœur, l'aorte et la carotide gauche, mais plus fort dans la carotide droite, où le frémissement cataire était aussi plus marqué. ^
n semblerait que la cause immédiate d'un phénomène aussi saillant que le frémissement cataire pût être facilement pénétrée. Cependant j'avoue que quelque peine que je me sois donnée à cet égard, je n'en ai pu trouver aucune raison satisfaisante: ce (|ne je puis assurer, c'est qu'il ne se lie à aucune altération organique constante, et que, dans les artères en particulier, on trouve, chez les sujets qui ont présenté le frémissement cataire le plus évident, toutes et chacune des tuniques artérielles dans l'état naturel sous le rapport de la couleur, de la consistance, de l'épaisseur et de toutes les propriétés physiques.
il me ixiraît au moins extrêmement probable qiu^ le frémissement cataire tient à uiie modification particulière de l'innervation. J'ai eu, en 1823, dans les salles de clinique, un malade tombé dans un état de cachexie très prononcé par suite de la syphilis, et qui, couché ou debout, ne présentait ni dans le cœur, ni dans aucune artère, ni frémissement cataire, ni bruit de soufflet, ni aucun signe
de maladie organique quelconque. Lorsque ce malade se relevait dans son lit en s'appuyant sur le coude, un frémissement cataire léger, mais bien sensible, se manifestait dans l'étendue d'un pouce carré, un peu au-dessus de la clavicule droite, et l'on entendait alors au même endroit un bruit de soufflet très diffus, sans saccade art<Srielle, et tellement continu, que ce sujet est du nombre de ceux qui m'ont fait douter si le phénomène ne pouvait pas quelquefois avoir lieu dans la jugulaire in terne. Ces phénomènes cessaient subitement en faisant mettre le malade sur son séant et à son aise.