‹ De l'auscultation médiate: de l'exploration des organes de la circulationChapitre 2 sur 14 · DE L'ÉTENDUE DES BATTEMENTS DU^GŒUR · texte numérisé non relu

DE L'ÉTENDUE DES BATTEMENTS DU^GŒUR

L'étendue des battements du oxeur doit être consldéré3 sous deux rapports: celui de la sensation première que fait éprouver à cet égard le cylindre appliqué à la région précordiale, et celui des points (le la poitrine, autres que cette région, où

l'on peut sentir ou entendre les battements du cœur.

Dans rétat naturel, le cœur, examiné entre cartilages des cinquième et sixième côtes et au bas du sternum, produit à l'oreille une sensation telle par ses mouvements, qu'il parait évidenunenî correspondre hr une petite étendue des parois de la poitrine, et ne gu^re dépasser le point sur lequ?! est appliqué l'instrument; quelquefois même il sent blé couvert en entier par le cylindre et situé pro fondement dans la cavité du médiastin, de m nière qu'un espace vide se trouverait entre le ster num et lui: ses mouvements, lors même qu'ili ont une certaine énergie, ne semblent conmium quer aucun ébranlement aux parties voisines. Daû d'autres cas, au contraire, il paraît remplir entièit ment le médiastin inférieur, et s'étendre beauconî plus loin que le lieu où le cylindre est appliqué ses contractions, lors même qu'elles sont lente et sans bruit, paraissent soulever dans une grand étendue les parois antérieures de la poitrine, o refouler intérieurement ses viscères. En un mot cette première sensation semble, à elle seule, i& diquer \m cœur plus ou moins volumineux; et en général, cet indice est assez fidèle lorsqu'î-ï examine le cœur dans un moment de calme pw diiit seulement par le repos; car si ce calme étal Teffet d'une saignée ou de l'immobilité, de la diète et de Taffaiblissement dû à l'état de maladie,' « trouverait dans les battements du cœur moiu

d'étendue qu'ils n'en ont dans l'état ordinaire; et, au contraire, si on faisait cet examen dans un moment d'agitation et de palpitation, iL^ paraîtraient plus étendus qu'ils ne le sont réellement.

L'examen des divers points de la poitrine où Ton peut sentir les battements du cœur fournit (les données pratiques beaucoup plus nombreuses et plus importantes. QJiez un liomme sain, d'un embonpoint médiocre, et dont le cœur est dans les meilleures proportions, les battements de cet organe ne se font entendre que dans la région précordiale, c'est-à-dire dans l'espace compris entre les cartilages des quatrième et septième côtes sternales gauches et sous la partie inférieure du sternum. Les mouvements des cavités gauches se font principalement sentir dans le premier point, et ceux des droites dans le second; de sorte que, dans les cas de maladie d'un seul côté du cœur, l'analyse des battements de ce viscère donne des résultats tout à fait différents dans les deux points.

Lorsque le sternum est court, les battements du cœur se font en outre entendre dans l'épigastre.

Chez les sujets très gras et chez lesquels on ne peut nullement sentir les battements du cœur à la main, l'espace dans lequel on peut les entendre à l'aide du cylindre est quelquefois restreint à une surface d'environ un pouce carré.

Chez les sujets maigres, chez ceux dont la poitrine est étroite, et même chez les enfants, les battements du cœur ont toujours plus d'étendue; on

les entend dans le tiers ou même les ti'ois quarts inférieurs du sternum, quelquefois même sous la totalité de cet os, à la partie antérieure-supérieure gauche de la poitrine jusqu'à la clavicule, et souvent, quoique moins sensiblement, sous la clavicule droite.

Quand l'étendue des battement» du cœur se borne là chez le« sujets qui réunissent les conditions indiquées, et que les battements du cœur sont beaucoup moins sensibles sous les clavicules qu'à la région i)récordiale, le cœur est dans de bonnes proportions. !

Lorsque l'étendue des battements du cœur devient plus considérable, on les entend successivement dans les lieux suivants: H^ \e côté gauche de la poitrine, depuis Taisselle jusqu'à la région correspond.ant à l'estomac; 2" le côté droit dans la même étendue; 3** la partie postérieure gauche de la poitrine; 4'' enfin, mais rarement, la paitie postérieure droite. L'intensité du son est progressive ment moindre dans la succession indiquée: ainsi elle est moindre sous la clavicule droite que sous la gauche, et un peu moindre encore dans le côt^ gauche; les battements du cœur sont encore moins sensibles au côté droit, et enfin il faut toujours beaucoup d'attention pour les entendre dans le dos, surtout à droite. :

Cette marche successive m'a paru constante, et peut servir de terme de comparaison pour mesu rer l'étendue des battements du cœur. Ainsi, si,

en appliquant le cylindre sur le côté droit, on entend également les battements du cœur, on peut assurer qu'on les entendra dans toute la longuur du sternum, sous les deux clavicules, et dans le côté gauche de la poitrine; mais on ne peut savoir s'ils seront sensibles dans le dos. Si .on les entend du côté droit dans cette dernière partie, on peut être certain qu'ils sont sensibles et beaucoup plus forts dans tout le reste de l'étendue de la poitrine.

Plusieurs circonstances étrangères à l'état du cœur peuvent cependant apporter quelque chan gement apparent à cet ordre, ou augmenter l'étendue des battements du cœur. Nous avons déjà parlé de la maigreur et de l'étrbitesse de la poitrine. Chez les enfants en bas âge et chez tous ceux qui ont les os grêles et la poitrine étroite et décharnée, le cœur s'entend dans toute l'étendue des parois de cette cavité; mais il faut remarquer que dans l'enfance le cœur a, proportion gardée, plus de volume que dans l'âge adulte, et que ses cavités sont plus amples eu égard à l'épaisseur de leurs parois. Un poumon hépatisé, ou fortement comprimé par un épanchement séreux ou séropiu'ulent, transmet les battements du cœur avec plus de force que celui qui est sain et perméable ï Tair. Ce fait semble rentrer dans l'analogie gé- Qérale, puisque l'on admet communément que les 3orps les plus denses sont ceux qui transmettent le mieux les sons. Mais les cavités anfractueuses

dues au ramollissement des tubercules m'ont paru aussi produire constamment le même effet, ce qiii devient plus difficile à expliquer, à moins que l'on ne supposé que, dans ce cas, le son est transmis, noa à travers les excavations, maïs par Tintermédiaiw de leurs parois engorgées et plus denses qu'un poï mon sain. Quoi qu'il en soit, ces divers accidenti rendent quelquefois irrégulière la propagation du son produit par les battements du cœur; ainsi, s'il y a des excavations tuberculeuses dans le sommei du poumon droit, les battements du cœur s'enteD dront mieux sous la clavicule et l'aisseUe droitej que du côté gauche, et quelquefois même qu'à U région du cœur (1). '

Lorsque le bruit de la respiration ou celui à râle sont très forts, il arrive quelquefois que le battements du cœur sont sensibles sur les partie^ latérales de la poitrine et même dans le dos, quoi qu'ils ne le soient pas sous les clavicules, où il sont tout à lait couverts par un bruit étranger.

On demandera peut-être si, dans cet examen * l'étendue des battements du cœur, il ne serait pa possible de confondre les battements de l'aorte e( des artères sous-clavières avec ceux du cœur. Cett<

(1) Il m'a paru, en général, que les excavations tnberculeus du poumon et le pneumo-thorax transmettent plutôt le b que l'impulsion du cœur, et que l'endurcissement du poum par la péripneumonie ou sa compression par un épanchem liquide favorise plutôt la propagation de l'impulsion que transmission du bruit.

méprise est impossible, comme nouH le montrerons en parlant du rhythme des battements de cet organe. Dans tous les états possibles, le cœur donne toujours à l'oreille deux battements distincts pour lin du pouls. Je remarquerai d'ailleurs que, sur des milliers de sujets sains ou malades que j'ai examinés, je n'en ai trouvé que trois ou quatre chez lesquels on entendît les sous-clavières (hors le cas de « bruit de soufflet >o), sans doute à raison d'une variété dans la position de ces artères. On ne distingue également à leurs « pulsations simples» l'aorte et l'artère innominée, que dans les cas d'anëvrysme, de bruit de soufflet, ou dans celui « dimpulsion augmentée )>, dont il sera parlé plus bas.

Lorsque l'étendue des battements du cœur passe les limites indiquées ci-dessus (pag. 16), il est rare que le sujet jouisse d'une santé parfaite; dans ce cas même, en l'examinant attentivement, on trouvera chez lui des indices de la cachexie propre à quelques maladies du cœur; on verra que, s'il n'est pas sujet à une dyspnée qu'on puisse appeler « morbide », il a au moins la respiration plus courte que la plupart des hommes, qu'il s'essouffle plus facilement, qu'il éprouve des palpitations pour des Bauses beaucoup plus légères. Cet état cependant, ijui ^est celui d^m grand nombre .d'«i asthmatiques », peut durer très longtemps sans occasionner l'accident d'une nature sérieuse; il peut rester au même point pendant un grand nombre d'années^

et il n'empêche pas toujours d'arriver à une vieillesse avancée.

Kelativement aux rapports qui existent entre W tat (lu cœur lui-même et l'éte^ndue de ses battements, je (Tois pouvoir regarder comme constant que l'étendue des battements du cœur est en raison directe de la faiblesse et du peu d'épaissed de ses parois, et par conséquent en raison inveiiS de leur force et de leur ' épaisseur. On doit ajoit ter que le volume de l'organe est encore une cob ditiou favorable it l'étendue de ses battements, mai seulement quand cette augmentation de volume n dépend pas uniquement de l'épaississement de parois des ventricules.

Ces résultats sont ceux que m'ont donnés toï tes les ouvertures que j'ai faite® depuis dix ans et, dans le même espace de temps, je n'ai rencoit tré aucun fait propre à les faire regarder comiffl douteux.

Ainsi, lorsque les battements du cœur se fou entendre dans presque tous les points indiqué! ci-dessus, on peut déjà présumer, d'après ce seu signe, que le cœur est plus volumineux que dani l'état naturel, que cette augmentation de vol est Jne h la dilatation de l'un des ventricules oi des deux ventricules à la fois. Cette présomptii sera plus forte encore si les battements du çœi s'entendent avec autant ou plus de force sous l clavicules ou sous les aisselles, qu'à la région pp^ cordiale. La réunion des autres signes qui seronl

indiqués plus bas rendra ce diagnostic plus certain, et montrera d'une manière plus précise le lien, rétendue et la nature de l'altération, car je suis loin de prétendre que l'on doive juger d'après un seul signe; j'estime seulement la valeur de chacun d'eux: il n'est pas nécessaire de dire qu'ils en ont beaucoup plus quand ils sont réunis, et que la plupart d'entre eux sont perçus à la fois. L'exposition des signes propres à chacune des maladies du cœur rectifiera d'ailleurs ce qui pourrait être exprimé d'une manière trop absolue dans cette analyse.

Si les battements du cœur ne s'entendent ni dans le dos ni au côté droit, mais seulement dans les autres points indiqués, et si cependant ils s'entendent avec une force à peu près égale sous les cla vicules, sous le sternum, à la région précord.iale, au côté gauche, on concluera, d'après Tensemble des autres signes, que les ventricules sont médiocrement dilatés, ou que le cœur a naturellement des parois minces.

Quand, au contraire, les battements du cœur, très forts dans la région précordiale, sont nuls ou peu sensibles sous les clavicules, et pai* conséquent dans le reste de l'étendue de la poitrine, Bi le sujet éprouve d'ailleurs des signes généraux de maladie du cœur, on peut assurer que cette maladie est nne hypertrophie des ventricules. Les signes particuliers indiquent quel est le ventricule affecté. Si le sujet n'a jamais éprouvé de trouble

marqué dans les fonctions des organes circulatoires, on peut être certain que les parois du ventricule gauche ont une épaisseur et une fermeté très prononcées, quoiqu'elles ne le soient pas assez poui constater un état de maladie.

On peut donc conclure, en général, que l'étendue des battements du cœur est un des signes qui indiquent que ses parois, et particulièrement celles des ventricules, ont peu d'épaisseur; et qu'au coii' traire, le peu d'étendue des battements du cœuij coïncide avec une épaisseur plus ou moins pro^ nonçée de ses parois.

Quelques causes accidentelles peuvent augmen ter momentanément l'étendue des battements di] cœur. Ces causes sont surtout l'agitation nerveuse la fièvre portée à un certain degré d'intensité, les palpitations^ l'hémoptysie, et, en général, tout c€ qui augmente la fréquence du pouls.

Cette manière d'apprécier l'étendue des battes ments du cœur par le nombre et la situation deâ points où l'on peut les entendre me parait sûre ei d'une utilité pratique: la gradation que j'ai in^ diquée est constante, hors les cas d'exception doni j'ai parlé (voy. page 1*7). Une ou deux fois seule ment, j'ai entendu les battements du cœur pluï distinctement dans la partie gauche du dos qu6 dans le côté droit de la poitrine, sans pouvoir me rendre raison de cette anomalie par l'existence probable d'excavations anfractueuses dans les pon mons. La rareté de ce fait doit, ce me semble, 1®

faire regarder comme une exception due à quelques circonstances analogues, et peut-être à une Tariété de capacité ou de position des gros tuyaux bronchiques. Dans les cas où les battements des oreillettes s'entendent peu dans les régions précoi:diaies, ils s'entendent ordinairement mieux sous les clavicules, et quelquefois dans le dos.

Sous le rapport de l^xamen de l'étendue des battements du cœur, Tauscultation à Paide du cylindre a un avantage marqué sur Poreille nue, qu'on ne pourrait appliquer sous l'aisselle, ni même audessous des clavicules, ou entre les omoplates chez les sujets très maigres.

Page 1