DE CŒUR
J'entends par <( choc » la sensation de soulèvement ou de percussion que font éprouver les battements du cœur à l'oreiUe de l'observateur.
Le cylindre rend ce soulèvement sensible dans les cas mêmes otL la main appliquée à la région du cœur ne sent absolument rien L'application de la main serait même un moyen très infidèle de
juger de la force de percussion réelle du cœur; cal souvent cette force paraît très grande à la main, chez les sujets grêles et dans un moment d'agita tion surtout, tandis que le stéthoscope montre très peu de force réelle d'impulsion.
Il faut prendre garde de confondre avec Fim pulsion du cœur le soulèvement des parois thoraciques qui a lieu dans Tinspiration. Cette mépriseï serait assez facile dans les cas où la respiration est extrêmement fréquenliC et courte, et ne se fait qu'avec de grands efforts, comme il aiTive dans Tagonie de presque toutes les maladies et dans le redoublement de celles dont la dyspnée est le principal caractère. Au reste, il suffit, pour éviter cette erreur, d'être averti qu'elle est possible.
L'intensité du choc conmiuuiqué à l'oreille par le cylindjre est, en général, en raison inverse de l'étendue des battements du cœur, et en raison directe de l'épaisseur des parois des ventricules.
Chez un homme dont le cœur est dans les proportions les plus favorables au libre exercice de la circulation, cette impulsion est très peu marquée, et souvent même insensible, surtout si le sujet a un embonpoint un peu considérable.
La marche rapide, la course, l'action de monter, l'agitation nerveuse, les palpitations, la fièvre, l'augmentent ordinairement chez les sujets dont le cœur a des parois un peu épaisses, et, à plus forte raison, chez ceux où cette disposition est portée au point de constituer une hypertrophie. Dans cette
maladie, l'impulsion est ordinairement assez forte pour soulever la tête de Tobservateur d'une manière très sensible, et quelquefois elle l'est assez pour produire un choc diésagréable à l'oreille. Plus l'hypertrophie est intense, et plus ce mouvement met do temps à s'opérer. Quand la maladie est portée à un haut degré, on sent évidemment qu'il se fait avec une progression graduée, il semble que le cœur se gonflant vienne s'apx)liquer aux parois de la poitrine, d'abord par un seul point, puis par toute sa surface, et qu'il s'affaisse ensuite tout à coup. Lorsque le cœur est mince, les mêmes causes produisent un effet différent, comme nous le verrons ailleurs.
L'impulsion du cœur n'est sentie que dans le moment de la svstole des ventricules; ou si la contraction des oreillettes produit, dans quelques cas rares, un phénomène analogue, il est facile de le distinguer du premier. En effet, lorsque la systole des oreillettes est accompagnée d'un mouvement sensible, ce mouvement est beaucoup plus profond; il semble même que, dans ce cas, le cœur s'éloigne de l'oreille. Le plus souvent ce mouvement consiste seulement en une sorte de frémissement que Ton sent profondément dans le médiastin. Dans tous les cas, il est très peu marqué, en comparaison de la sensation de soulèvement que produit la contraction (les ventricules lorsque leara parois ont une bonne épaisseur: ce signe est même im de ceux auxquels on peut le plus facilement distin-
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guer la systole des ventricules de celle des oreillettes.
Lorsque les parois du cœur sont plus minces que dans l'état ordinaire, on ne sent aucune impulsion, même lorsque le cœur bat avec le plus de violence, et ses contractions alternatives ne sefont alors distinguer que par le bruit qu'elles produisent, î
Une impulsion forte doit, en conséquence, êti'e regardée comme le principal signe de Thypertropliie du cœur. L'absence de toute impulsion, jointe aux autres signes généraux et particuliers, caractérise au contraire la dilatation de cet organe- Ce résultat me paraît tout à fait constant: auÀ moins je n'ai vu encore aucun cas d'exception; et il est établi sur un nombre de faits aujourd'hui très considérable. Depuis le commencement de mes recherches, j'ai eu habituellement le soin de déterminer l'état des battements du cœur chez tous les malades existants dans les hôpitaux dont le soin m'a été confié, et l'autopsie n'a pas encore démenti la règle ci-dessus.
L'impulsion du cœur n'est ordinairement sensible qu'il la région précordiale, et tout au. plus dans la moitié inférieure du sternum. Elle l'est dans l'épigastre, chez les sujets dont le sternum est court et dont le cœur a une grande force d'impulsion. Dans l'hypertrophie même, on ne la sent ordinairement nulle autre part, lors môme que les battements du cœur se font entendre dans quel-
qu'autre point (ce qui est rare, comme nous l'avons déjà dit). Mais, quand à l'hypertrophie se joint un certain degré de dilatation, on sent quelquefois distinctement l'impulsion sous Jes clavicules et dans le côté gauche du thorax, quelquefois même un peu dans le dos.
n est un cas dans lequel on peut distinguer en quelque manière le choc produit par les battements du cœur contre les parois thoraciques, de l'impulsion qu'ils communiquent à l'oreille: c'est surtout encore chez les sujets attaqués à la fois d'hypertrophie et de dilatation des ventricules, mais chez lesquels cette dernière affection existe â un degré plus marqué que la première. Quoique chez ces sujets le choc du cœur soit ordinairement peu considérable, il devient très marqué dans les moments de palpitation, surtout s'il y a en même temps de la lièvre. Ce choc a cependant un caractère très différent de celui qui est produit par l'hypertrophie simple: les battements rapides du cœur sont forts, 'durs, et produisent un bruit analogue à un coup de marteau; mais ce coup semble frapper un petit espace; il s'épuise en quelque sorte sur les parois tlioraciques et ne^communique pas à l'oreille un soulèvement proportionné à sa force; il diffère, en un mot, de l'impulsion déterminée par une forte hypei*trophie, en ce que, dans cette dernière, les ventricules, gonflés, semblent s'adosser dans toute leur longueur aux parois thoraciques, qui cèdent à Teffort;* tandis que,
dans le premier cas, la pointe seule du cœur paraît frapper ces parois d'un coup sec et capable seulement d'y produire une sorte d'ébranlement plutôt qu'un soulèvement réel. Le même phénomène a également lieu dans les palpitations purement nerveuses, mais à un moindre degré.
Les évacuations sanguines, la diarrhée, la diète très sévère et longtemps continuée, et en général toutes les causes capables de produire l'affaiblissement de l'économie, diminuent d'une manière notable l'impulsion du cœur; et, par conséquent, lorsqu'on voit pour la première fois un malade dans le cours d'une maladie aiguë ou chronique qui a déjà produit une grande diminution des forces, le cylindre pourrait ne pas indiquer l'hypertrophie des ventricules, dont le malade serait atteint à un degré médiocre.
L'impulsion du cœur cesse encore assez souvent entièrement, et môme dans des cas où il existe une hypertrophie très marquée, lorsqu'il survient un 3 dyspnée très inteïîse due à une affection quelconque du poumon, et surtout à la péripneumonie, à la pleurésie, à l'œdème du poumon, à l'asthme, et aux congestions qui se forment dans l'agonie. Le bruit éclatant qui, comme nous le dirons, accompagne la dilatation du cœur diminue aussi ou disparaît même entièrement dans les mêmes cas; il ne faut par conséquent rien conclure d'une exploration faite seulement dans de pareilles circonstances. . : :