‹ De l'authenticité des Annales et des Histoires de TaciteChapitre 13 sur 53 · POGGIO ET LE MOINE DE HEIISFELD · texte numérisé non relu

POGGIO ET LE MOINE DE HEIISFELD

Poggio s'est flatté d'avoir tiré de la poussière du couvent de Hersfeld et permis à ses contemporains de connaître une partie du grand ouvrage historique de Tacite. C'est ce que montre sa correspondance avec Niccoli.

En novembre 1425, il écrit de Rome à son ami de Florence * :

« Je te réserve le miel pour la fin. Un moine de mes ami$^ qui nous a quittés autrefois, m'a adressé des lettres que j'ai reçues il y a quatre jours, et par lesquelles il m'informe qu'il a trouvé quelques ouvrages qui nous conviennent et qu'il voudrait échanger contre soit les Novelles de Jean André, soit le Spéculum avec les Additiones*; et il m'envoie, par une note incluse, les noms de ces ouvrages. Le Spéculum et les Additiones sont des volumes d'un grand prix; c'est pourquoi, vois si cet échange te parait possible. Parmi les Uvres proposés, se trouve Julius Frontinus et quelques œuvres de Tacite qui nous sont inconr

« Epi9i., n, 3i.

' Jean André, célèbre jurisconsulte de Ëologne du ziv* siècle, avait écrit sous le titre de Novellae des commentaires sur les cinq livres des Dccretales et des Additiones au Spéculum judicuUe de Guillaume Durand. — Cf. Moreri, Grand Dictionnaire historique.

nues. Tu verras le catalogue, et tu chercheras si les volumes de Droit demandés peuvent se trouver à un prix convenable. Les livres seront déposés à Nuremberg, où devront être également portés le Spéculum et les Additiones; et de là il sera très facile de les faire venir. Comme tu l'observeras par le catalogue, ce n'est qu'une partie; il en reste beaucoup, ainsi que le moine me l'a dit. »

Le 15 décembre suivant, après avoir reçu les avis de Niccoli, il l'informe de ce qu'il a fait : c J'ai envoyé, dit-il*, à notre ami deux lettres relatives aux livres, et par des messagers différents, avec ordre que, lorsque les lettres seront arrivées à Nuremberg, on les fasse parvenir au couvent par quelqu'un qui en rapportera la réponse. J'ai donné l'argent nécessaire pour cela. Aussi, j'espère que bientôt nous saurons quelque chose de certain. »

Au mois de février 1426, Poggio transmet à Florence en ces termes les nouvelles qu'il a de l'affaire* : «J'ai reçu la réponse d'Allemagne. Mes lettres sont arrivées. J'espère avoir bientôt celles du moine et je te communiquerai tout. »

Huit mois se passent et Niccoli n'entend parler de rien. Use plaint alors et manifeste des doutes et des inquiétudes; Poggio lui répond en septembre' : « Des livres allemands je n'ai rien à te dire, sinon que je ne dors pas comme toi, mais que je veille. Si l'individu est tel que je l'espère, WHis aurons •le volume soit en déboursant, soit gratis. J'ai déjà pris mes mesures pour avoir l'inventaire de ce très ancien monastère d'Allemagne où se trouvent des ouvrages en immense quantité; mais si tu me molestes par des paroles désagréables, tu ne sauras rien de plus. »

« EpUt,, n, 36.

* EpUL, H, 38.

46 DE l'authenticité des œuvres de tacite.

II y a lieu, on Tavouera, de s'étonner de voir ce moine qui le premier aurait offert à Poggio de lui céder des livres anciens inutiles au couvent contre des ouvrages modernes de prix élevés, se montrer désormais si peu pressé de conclure l'affaire. Les choses restent, en effet, en suspens jusqu'en mai 4427.

A cette époque, Cosme de Médicis s'était trouvé à Rome. Il avait fréquemment vu Poggio qui selon toute vraisemblance l'avait entretenu du manuscrit de Tacite et avait voulu le lui faire acheter. A son retour à Florence Cosme en avait parlé à Niccoli et celui-ci, se défiant de son associé, s'empressa de lui demander des explications.

Poggio lui écrit alors * : « J'ai dit à notre ami Cosme, ainsi qu'il t'en a avisé, que ce moine de Hersfeld* avait fait savoir à quel^ïu'un qu'il avait apporté, comme je le lui avais demandé, le catalogue de plusieurs volumes suivant ma note. Aussitôt je fais chercher avec soin cet homme et il m'arrive me présentant une liste pleine de mots, mais vide de choses. Ce bonhomme, étranger à nos études, pensait que tout ce qu'il ignore est inconnu de nous. Aussi ses propositions se rapportent-elles à des livres que nous avons et qui sont ceux dont je t'ai déjà parlé. Je t'envoie toutefois la partie de son inventaire dans laquelle est décrit le livre de Cornélius Tacilus et d'autres dont nous manquons, qui, quoique peu volumineux, doivent être considérés comme de grande valeur. J'ai été déçu dans la grande espérance que j'avais conçue d'après ses paroles. C'est pourquoi je ne me suis plus empressé de t'en informer; si l'affaire eût été belle et digne de notre Minerve, non seulement je t'aurais écrit, mais j'aurais moi-même volé vers

i EpUL, III, 12.

' Jusqu'alors il iravait pas désigné le couvent.

loi pour t'en faire part. Ce moine a besoin d'argent ; je lui ai dit que je lui viendrai en aide s'il veut me donner contre écus Ammien Marcellin, la première décade de Tite-Live, un volume des discours de Cicéron, quoique ce soient des livres communs chez nous^ et quelques autres ouvrages que nous avons également, mais qui ne sont cependant pas à négliger. Je demande que les livres soient portés à ses risques et périls à Nuremberg; de là je les ferai venir. Je ne sais ce que je conclurai : tu sauras tout de moi. Je m'étonne que tu m'écrives que tu me soupçonnes de taire quelques volumes mentionnés dans l'inventaire. Comment une telle pensée peut-elle te venir à l'esprit, toi qui me connais jusqu'au bout des ongles, et pour qui je n'ai jamais eu rien de caché? Il ne faut point pour le moment parler d'autres livres ; si nous demandions davantage, nous leur donnerions l'occasion de refuser ; nous avons affaire à des barbares et à des gens méfiants. »

Comment ce moine, qu'il disait être son ami, serait-il venu à Rome sans rendre visite à Poggio? Comment celui-ci n'aurait-il appris son arrivée dans la ville qu'indirectement? Cela ne s'expUque pas. Puis, quand Poggio rend compte de son entretien avec lui à Niccolî, quand il parle de l'inventaire qu'il lui a pour ainsi dire arraché, des livres qu'il se propose d'acheter, il oublie d'insérer dans sa lettre la liste annoncée ; et qui plus est, il n'est nullement question de Tacite.

Niccoli, naturellement, se plaint. Poggio * lui répond qu'il répare son oubli, lui envoie l'inventaire ; il déclare qu'il ne peut comprendre qu'il ait été soupçonné d'avoir omis de demander le volume auquel tous deux tenaient précisément le plus.

Cette correspondance laisse toutefois entendre que le

« Epist., m, 13.

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moine de Hersfeld est bientôt après reparti pour chez lui, ayant renouvelé la promesse d'apporter ou d'envoyer les livres réclamés, parmi lesquels doit se trouver l'intéressant et précieux manuscrit de Tacite.

L'affaire ne marche cependant pas vite. En septembre, Poggio écrit à Niccoli * : <t Du Cornélius Tacitus qui est en Allemagne, je ne sais rien. J'attends toujours la réponse du moine. >

Une année presque entière se passe encore sans nouvelles du moine. En septembre 4428, Niccoli demande où en est la négociation, et Poggio* lui dit, en faisant un jeu de mots : « Cornélius Tacite garde le silence chez les Allemands; je n'ai rien appris de nouveau au sujet de ses œuvres. »

Nous arrivons ainsi au 26 février 4429. Poggio annonce alors à Niccoli l'arrivée longtemps attendue du religieux. Mais il y a encore une déception : il n'a point le Tacite • : (L Le moine de Hersfeld est venu, lui dit-il, mais sans le livre. Je me suis vivement fâché contre lui pour cela. Il m'a assuré qu'il allait de suite retourner chez lui et me Vapporter f car il est en instance ici pour son couvent: Il m'a demandé beaucoup de services. Je lui ai signifié que je ne ferais rien sans le livre. C'est pourquoi je compte que nous l'aurons bientôt, car il ne saurait se passer de mon appui. »

Il n'est plus parlé du Tacite dans les lettres de P(^io et de Niccoli, cela s'explique facilement. Dans le commencement du mois de juillet, la peste se déclare à Rome; le pape et quelques secrétaires avec lui, parmi lesquels était Poggio, fuient la ville et gagnent les montagnes *. Puis, l'épidémie

« Epist., m, 14.

* Epist.y m, 19 : Cornélius Tacitus silet inter Germanos, » Epist., m, 29.

♦ Epist., lU, 37, 38, 39.

LE MANUSCJUT DE NICCOLI. 49

passée, Poggio demande et obtient un congé pour aller en Toscane; il annonce sa prochaine arrivée à Niccoli et lui dit qu'ils causeront alors ensemble de leurs affaires de manuscrits *. Nous trouvons, en effet, notre homme à sa petite ville de Terra-Nuova, à la fin de Tété, d'où il est rappelé brusquement par le pape qui se fâche de son absence prolongée au delà du terme qui lui avait été accordé*.

Il n'est pas douteux que Poggio ait entendu faire savoir qu'il avait remis alors à Niccoli le Tacite venu, disait-il, d'Allemagne et qui s'était fait si longtemps désirer. Les termes de sa dernière communication étaient formels : Il avait refusé au moine de Hersfeld sa protection et son concours ; et celui-ci s'était trouvé dans la nécessité absolue d'aller cette fois quérir le manuscrit et de l'apporter.

D'autre part, par la correspondance échangée entre Poggio et Niccoli, on reconnaît qu'il ne s'agissait pas entre les deux amis d'un livre connu, d'un exemplaire plus ou moins correct d'un ouvrage déjà en mains d'autres personnes. Le mystère dont ils s'entourent, l'intérêt majeur qu'ils attachent à l'affaire, montrent avec évidence qu'ils attendaient quelque chose de plus précieux, de plus lucratif, c'est-à-dire une œuvre ou partie d'oeuvre demeurée inconnue du monde savant, et, comme ils le disent eux-mêmes : aliqua opéra Comelii Taciti nobis ignola, ♦

Aussi le savant abbé italien Méhus, qui connaissait si bien l'état des lettres au xv« siècle et les hommes qui les cultivaient, nous dit dans la préface de son édition des lettres d'Ambroise le Camaldule^: (a Alors que beaucoup des

t Epist., m, 41.

2 Epixt., IV, 1.

* Ainbi-osii Trâversarii, poneralis cani.iMiilonsium, Latlnae Eplstoînc : AdceJit ejusJein Ambi'om Vita iii ({iia llistoriu lillerariu tlorcntina ab unno Mcxcil

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œuvres de Tacite manquaient, cédant aux instances de Niccoli, Poggio n'eut pas de cesse qu'il n'eût réussi, par l'entremise de je ne sais quel moine, à déterrer Tacite de la Germanie. »

Tiraboschi partage cette opinion,, et attribue aussi à Poggio rhonneur d'avoir mis au jour les fragments de Tacite *.

LE MANUSCRIT DE LA BIBLIOTHÈQUE MKDICÉO-LAUREXTIENNE A FLORENCE APPELÉ LE SECOND MÉDICIS.

Quelle était la partie des œuvres de Tacite qui constituait une si bonne fortune pour Poggio et Niccoli? Ce ne pouvait être la Vie d'Agricola, ni les Mœurs des Germains, ni le Dialogue des Orateurs. Ces ouvrages ne furent connus qu'en 1455, par un manuscFit qu'Henoch d'Ascoli prétendit avoir trouvé en Danemark *. C'était donc nécessairement ce qui constitue ce que nous appelons les six derniers livres des Annales et les cinq premiers des Histoires.

Ce sont, en effet, exactement ces matières qui sont contenues dans le manuscrit qui se trouve à la bibliothèque Médicéo-Laurentienne à Florence et qui y est conservé avec

usque ad annum mccccxl ex monumentis potissimum nondum editis deducta est a Laurentio Mehus, etruscae academiac cortonensis socio. Florentiae, ex typographico caesareo, 1749, page 47: «Quin itaque multa ex Taciti opeiibus dcesscnt, ut Niccoli voluntati morem gereret Poggius, nil omisit intentum, ut per monachum nescio quem e Germania Tacitum e^^ueret» »

* Tiraboschi, op. cit., t. VI, liv. 1, c. 4, § 6.

* On suppose que c'est au couvent de Fulda. Car en telles affaires on veut toujours faire intervenir un couvent; mais rien ne l'indique d'une façon vraisemblable. Voici ce que dit au contraire à ce sujet Tiraboschi, op. cit., t. VI, liv. I, pnge 143 : « Degna in oltre d'essere letla è la Jettera che Francesco Filelfo inviô al

pontef. Callisto III, liv. XIII, ep. 1 £i diceque fra gli eruditi che da Niccolo

lurono inviati a tal fine in lontani paesi, uno fu Ënoe da Âscoli, il quale inoltrato erasi fin nella Dacia, nnzi, secondo alcuni fin nella Candavia, la piu lontaua isola di'l inar di Germania verso settenlrione, ce' quali nomi pero non sapt^ei accei*tare quai provivcie intende d*indicarci il Filelfo. » Dacia était le Danemark; Candavia, probablement pour Scandinavia, ou Scandia, était la Syède, que quelques-uns encore au xv« siècU croyaient une lie. Cf. II1« partie, ch. jll et IV.

soin SOUS le nom de Second Médicis; et ce manuscrit vient, sans doute possible, de la librairie de Niccoli. A la première page, qui le couvre, se lit la mention suivante * :

Cornélius Tacitus et Opéra Apuleii, conventus sancti Marci de Florentia*, ord. Praedic. De hereditate Nicolaï Niccoli Florentissimi, viri doctissimi.

Le Second Médicis est le texte archétype de cette partie des œuvres historiques de Tacite; c'est de lui ou d'exemplaires tirés de lui qu'ont été copiés tous les manuscrits mis en circulation' jusqu'à l'impression qu'en fit Jean de Spire ou son frère Vandelin, à Venise, vers 1470.

Jacques Gronovius n'en doutait pas^ et l'opinion de cet illusti^e et consciencieux savant se trouve confirmée par un examen attentif de la date de leur confection.

Le Vatican possède plusieurs manuscrits de Tacite. Le n® 1864, nommé le Faimésien parce qu'il provient du palais Farnèse, est considéré comme le plus ancien ; on le disait du xiv» siècle ou du commencement du xv^^; le vélin

^ B. de Montfaucon, Bihl. blblioth. Manusaiptorum nova, 1. 1, page 374. C. D. Membrana antiqua. Comelii Taciti libri a fragmento XI ad XXL Cum glossis qaibusdam marginalibus.

> Cette bibliothèque, point n*est besoin de le rappeler, fut construite par Cosme de Médicis. Il y fit placer ses livres et ceux de la librairie de Niccoli qu'il acheta à la mort de ce dernier. Poggio Bracciolini et son beau-père Buoridelraonti furent chargés de Tacquisition et de Tarrangement des ouvrages de la bibliothèque avec le concours d^Andrea de Rimini, Vespasianio de Bisticci et d'autres. Il T eut parfois jusqu'à 45 copistes à transcrire pour compte des Médicis. Jean de Médicis, devenu pape sous le nom de Léon X, transporta à Rome la plus grande partie des livres et manuscrits. Mais ils furent renvoyés à Florence par un autre Médicis, le pape Clément VII, et constituèrent le fonds de la bibliothèque Médicéo- Laurentienne.

' C'est ce que témoignent les nomb:*euses notes marginales, corrections ou interpolations qu'on y remarque; le lecteur peut s'en rendre compte par la reproduction photographique des pages du manuscrit que nous mettons sous ses yeux.

* Taciti Opéra, édit. Jos. Naudet, collection Lemaire. Préface d'Emesti avec additions de Jacques Oberlin, page viii : Ëx hoc codice omnia alia scripta Taciti exemplaria fluxisse, ut J. Gronovius videtur credidisse, non audeam pro certo afllrmare, etsi consensus omnium in transpositionibus ut Hist. III, 5, 65, credibile facit. Cf. page zx.

* Id; page IX.

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sur lequel il est écrit est sûrement du xv«. Le n® 4422 est sur vélin semblable au précédent. Le n° 1863 était tenu par Juste Lipse pour aussi ancien que le n° 4864; il est écrit sur un vélin de même époque. Le n° 2965 a été reconnu par les éditeurs de l'édition Bipontine pour être de 4449. Le n^ 4958, dont Puteolanus s'est servi en l'année 4475 pour son impression, avait été copié à Gènes en 4448*. Le vélin des n^^ 442 et 4478 témoigne qu'ils sont aussi du XV* siècle.

Celui qui avait été aux mains de Jean de Spire était conservé, disait-on, à la bibliothèque de Saint-Marc à Venise; mais le seul qu'on y trouve avait appartenu à Bessarion et a été écrit à Bologne en 4453 *. — Le manuscrit de Mirandola était déjà perdu du temps de Juste Lipse; on ne le considérait d'ailleurs pas comme fort précieux.

En France, parmi les manuscrits que possède la Bibliothèque nationale, le plus ancien est sur papier de la fin du XV® siècle. — Il y en avait un, parait-il, à la Congrégation de rOratoire qui avait été apporté d'Italie par Harlay de Sancy. On le supposait antérieur aux éditions de la fin du xv« siècle; on ne sait ce qu'il est devenu, mais il ne pouvait pas être plus ancien que les autres ^. — Le manuscrit de Grenoble est sur fin vélin du xvi« siècle.

En Allemagne, le manuscrit de Wolfenbûttel dont s*est servi Ernesti avait été acheté à P'errare en septembre 4464. — Celui de Wurtzbourg ne s'est pas retrouvé. — Le manuscrit de Buda passa pour fort ancien aux yeux de beaucoup d'antiquaires de grande réputation ; ils le dataient du X* ou du XI* siècle au plus tard. Mais J. Gronovius

i Taciti Opem, édit. Jos. Xaudet. Préface d'Enicsti, page ix. * Id., Jpafçe XVII.

' Id., page XV.

le déclarait avec raison fort moderne*. C est, en effet, celui que Beatus Rhenanus eut à sa disposition pour contrôler et corriger le texte de son édition. Or il le reconnaît lui-même d'une confection récente ; il fut, dit-il, copié en Italie pour le compte de Mathias Corvin *.

En Angleterre, le manuscrit de la bibliothèque d'Oxford, le Bodleian, serait, d'après notre illustre Bernard de Montfaucon, de 1463; d'autres paléographes le croient du commencement du siècle suivant. — Celui du collège des Jésuites de cette ville est de 1458. — A Londres, le n° 2764 de la collection Harleienne du British Muséum ne peut avoir été écrit avant 1440 ou 1450, ainsi qu'il est reconnu, à cause de l'emploi qui y est fait de diphtongues dont l'usage fut introduit par Guarino de Vérone'.

Ainsi l'exécution matérielle de ces manuscrits montre qu'aucun d'eux n'est antérieur à l'arrivée entre les mains de Poggio du volume dont Niccoli est devenu possesseur. . Tous d'ailleurs portent dans leur texte même la marque de leur origine. Ils ne contiennent, en effet, aucune partie, si minime qu'on la suppose, qui ne soit dans le Second Médicis.

Ce qui est encore fort caractéristique, c'est qu'ils sont tous plus défectueux, qu'ils ont des fautes qui leur sont spéciales et que, d'autre part, ils reproduisent les mêmes fautes d'orthographe ou de syntaxe, les mêmes omissions de lettres, les mêmes épenthèses, les mêmes mots impropres, les mêmes lapsus, les mêmes erreurs de nom ou de qualité des

1 Taciti Opéra, édit. Jos. Naudet. Prérace d'Ernesti, page xv.

> Beatas Rhenanus, EpUre dédicatoire au cardinal Bernard, évéque de Trente.— Id., ad Lectorem : Quntn vulgatam editionem conferre coepissem cum exemplari manoscripto sed recentiori, quod superioi-ibus annis mihi dono miserai summus amicus Jacobus Spiegellius, jureconsultus atque Ferdinandi Caesaris a sccretis et a consilio, Matthiae Corvini illius Hongriac quondam régis sumptu descriptum oliminltaUa,

' Taciti Opéra, toc. cit. Il est encore d'autres manuscrits qui sont tous modernei. Cf. Montfaucon. Bibi. biblioth. Man. nova, t. I, pages 4, 233, 374, 434, 083.

54 DE i/authenticité des œuvres de tacite.

personnages en jeu que nous rencontrons clans le Second Médicis *.

Il est par suite aujourd'hui incontesté que le Second Médicis est le manuscrit archétype de tous ceux qui contiennent les six derniers livres des Annales et les cinq premiers livres des Histoires de Tacite *, et que ce manuscrit nous vient de Niccoli.

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