‹ De l'authenticité des Annales et des Histoires de TaciteChapitre 15 sur 53 · PUBLIÉS PAR POGGIO · texte numérisé non relu

PUBLIÉS PAR POGGIO

Nous ne savons si Poggio et Niccoli firent immédiatement des copies des fragments historiques de Tacite qu'ils avaient en mains. La valeur d'un ouvrage était d'autant plus grande qu'il était plus rare. Les grands et riches personnages étaient, nous l'avons vu, fiers de posséder un auteur qu'on ne voyait dans aucune autre bibliothèque.

Un des premiers écrivains, sinon le premier, qui, au XV* siècle, ait fait mention des œuvres historiques de Tacite, c'est Zecco Polentone^ Il s'exprime ainsi dans son De Scriptoribus illustribus latinae linguae : « Librorum Taciti

i Mort en 1463.

numerum affirmare satis certe non audeo. Fragmenta quidem libri undecimi et reliquos deinceps ad \icesimum primum vidi, in quis vita Glaudii et qui fuenint postea Caesares ad Vespasianum usque, ornate, ut dixi, et copiose omavit*.»

Polentone était, il est vrai, un des amis de Niccoli. C'est à lui qu'il avait adressé la lettre où il peignait l'enthousiasme des Padouans pour la prétendue découverte, dans leur cité, du tombeau de Tite-Live et de la pompe triomphale qu'on déploya dans le transport de ses cendres.

Toutefois, par la haute situation de ceux qui, tels que Pierre de Médicis, Mathias Corvin, firent Tacquisition d'exemplaires luxueux, il est incontestable que les nouveaux volumes de Tacite durent être une source de profits pour Niccoli et Poggio.

Mais ces princes n'avaient pas l'instruction nécessaire pour être bons juges de la valeur des livres qu'ils achetîxient. En ces sortes d'affaii^es, ils obéissaient à l'influence de leur entourage et écoutaient ceux qui savaient flatter leur vanité.

L'accueil des gens de lettres ne parait pas avoir été tout d'abord fort enthousiaste pour les œuvres de l'historien romain mises au jour par Poggio.

Le silence de Politien à leur sujet mérite d'être remarqué. Dans ses Miscellanea il nous entretient d'une foule d'auteurs anciens, grecs et latins; il cite, explique, corrige, critique nombre de textes ; de plus, il se livre à une étude spéciale de §uétone et de l'histoire des Césars*; or, on constate avec surprise qu'il ne s'occupe pas de Tacite. Il en parle bien, il est vrai, comme d'un auteur célèbre; il le place sur le même rang que Suétone; il rappelle que ses

^ Laurenzo Mehus, Ambroni Vita, page 47.

' Politiani Opéra, Basileae. 1553. Pracfatio in Suetonium, pages 500 à 506.

60 DE l'authenticité des œuvres de tacite.

ouvrages ont été vantés par Pline le Jeune, et qu'ils ont eu l'honneur d'être placés dans la plupart des grandes bibliothèques de l'empire par l'empereur Tacitus, qui se flattait d'être un de ses descendants. Mais, après avoir élevé aussi haut l'écrivain, il ne dit rien pour faire personnellementl'éloge de ses œuvres. Pourquoi cela? Politien n'ignorait pas leur existence à la bibliothèque de Saint-Marc et à celle des Médicis, qui furent ses protecteurs et ses élèves. Il a souvent manifesté son peu d'estime pour Poggio. Aurait-il connu les chansons qui avaient couru au sujet du moine de Hersfeld et douté de la parlaite sincérité du manuscrit de Niccoli?

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