‹ De l'authenticité des Annales et des Histoires de TaciteChapitre 17 sur 53 · LE MANUSCRIT A-T-IL ÉTÉ TROUVÉ A CORVEI · texte numérisé non relu

LE MANUSCRIT A-T-IL ÉTÉ TROUVÉ A CORVEI

Mais est-il certain, est-il seulement vraisemblable que ce manuscrit de Tacite ait été trouvé à Corvei?

Tout d'abord on ne saurait manquer d'être surpris de voir que, quand depuis un siècle les papes, les princes, les cités et après eux les imprimeurs payaient à chers deniers les manuscrits anciens, des moines, toujours si soucieux de se procurer de l'argent*, n'aient pas cherché à se rendre compte

i EpisL, II, 9; V, 18. — EpUt, [De Varietate FortunaeJ, 30.

* Cf. page 50, noie 2, les d(k;ouvcrtes d'iienoch d'Ascoli.

' Cf. Études au sujet de la persécution des chrétiens sous Néron, page 97 : Les maiiUïicrits du X* livre des lettres de Pline.

* Kpist., II, 32, en parlant des moines du Mont-Cassin: Sed duruia est iinpel- 1ère istos barbaros, ut aliquid i$iteis dulce praeter pretium.

Codex Mediceus I. P. COR\ELI IJBER I. (cap. I. II.)

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2 ceux qu'ils avaient et qu'ils les aient laissés improductifs ir les étagères de leurs bibliothèques.

Quand, d'ailleurs, Ton songe au succès qu'eut la publiition des œuvres partielles de Tacite, à l'intérêt dramatique t anecdotique qu'on y trouvait, et par suite au désir unaimement manifesté dans le monde lettré d'en connaître î reste, on s'explique encore moins que les religieux de orvei, monastère célèbre pour ses travaux d'érudition, ient méconnu le trésor qu'ils possédaient, n'en aient pas u tirer parti.

Mais les supérieurs des communautés avaient seuls quaté pour aliéner ou seulement même prêter des manuscrits; t ils ne le faisaient ni facilement ni gratuitement. Ainsi, lour obtenir communication de quelques-uns de ces voluiies dormant pêle-mêle dans la poussière du grenier du Jont-Cassin, Pogg|o a besoin d'être au mieux avec l'abbé; 1 lui faut même avoir l'appui du cardinal de Plaisance; et incore ne les lui prêtait-on que pour peu de temps*. Gomnent donc à Gorvei aurait-on livré un rarissime ouvrage à m ignorant fureteur de bibliothèques?

D*autre part, rien ne permet de penser que, plus heureux ]ue les autres, ce monastère possédait un Tacite. Ceci lous paraît d'autant moins probable que, dès le début, 30ur ainsi dire, des recherches de manuscrits anciens, Gorvei îtait visé par tous ceux qui s'en occupaient.

Déjà Niccoli, nous l'avons vu, avait signalé à Poggio, peniant qu'il était à Londres, l'utilité qu'il y aurait à le visiter.

1 Epist., H, 37: Contuli me igitur inagrum Ca3sinatum... ibique fuicum cardilali Placentino diobus vi. — 39: Est mihi suinina amicitia cum abbate Cassinenti lit non sît opus intercessorc. Scribam tamen Cardinali ad servandam honestajam.— ni, 2 : Liber Montis Cassini repetitur a me. — 3 : Nunquid credis Abbatem lecennio expectaturum fuisse?

Même pour les manuscrits trouvés, disait-il, à Saint-(iall au fond d'une vieille our, Poggio déclarait n'avdir pu prendre que des copies.

66 DE l'authenticité des œuvres de tacite.

Mais celui-ci qui était bien fixé sur ce que pouvaient contenir les bibliothèques de Suisse, d'Angleterre ou d'Allemagne et notamment celle de Westphalie, ne se montra point disposé à traverser le détroit et à supporter les fatigues et les dangers du voyage. Il répond à Niccoli * : « Pour ce qui est du monastère de Corvei en Germanie, il n'y a point ce que tu souhaites. On t'a dit qu'il y avait beaucoup de livres; je ne C7'ois pas aux propos des imbéciles, j>

Aussi devons-nous porter notre attention sur ce que nous dit à ce sujet Béroalde dans son épitre dédicatoire à Léon X, placée en tête de son édition de Tacite.

Il ne pouvait, en effet, manquer de parler de leur découverte ; or, il faut le remarquer, il n'en fait honneur à aucun fonctionnaire ou dignitaire de la cour pontificale; il ne dit pas qui en a reçu le prix. Il ne nomme pas Tabbaye de Corvei, et les termes dont il se sert sontoloin de donner à penser qu'il s'agit de cet illustre monastère.

« Dès Ion élévation, dit-il au pape*, tu annonçais par la voix du crieur public que tu donnerais de grandes récompenses aux chercheurs de livres qui feraient sortir des lieux où ils sont cachés ceux que leur âge nous dérobe. Cette chasse alors fit trouver dans les forêts de Germanie ces cinq livres de Tacite qui depuis nombre de siècles y demeuraient cachés. Quand cette proie te fut apportée et que tu l'eus généreusement payée, tu ne voulus pas qu'elle demeurât enfermée dans une bibliothèque comme en une sépulture, mais, en vrai père de tous, tu as ordonné qu'elle servît à l'utilité publique. »

*■ Eplst. I, 10 : Nam de moiiasterio Corbejo, quod est in Germania, non est qnoil speres : dicitur multos esse in co libros; non credo rumoribus stultorum.

' Philippins Bcroaidns Junior, Acndemiae romanae pracpositus, Leoni X Pont. Max. : M Quac venatio Cornelii Taciti hos priinos quinque libros, qui per longuin saeculonim nmbitum latuerant, in saltibus Gcrmaniae invertit. »

Le témoignage de Béroalde a une grande valeur; c'est celui d'un homme mêlé à l'affaire; il a de plus un caractère officiel : il est revêtu de l'approbation de Léon X.

Alfiiàti était fort au courant de ce qui se produisait dans le mouvement littéraire de son époque; or, bien qu'il se fût trouvé à Milan en relation avec Arcimboldi, il ne savait pas autre chose que ce qu'avait dit Béroalde*. Ughelli, dans sa notice sur cet archevêque, ne dit pas un mot de son rôle dans cette importante découverte; il ne laisse môme pas supposer qu'attaché par le sang aux plus nobles familles de l'Italie, Arcimboldi ait pu être un simple receveur de dîmes ou de contributions *.

Enfin, au milieu même du xviiP siècle, le savant abbé Méhus ^ ignorait la légende de la découverte du manuscrit à Corv'ei ou n'y ajoutait pas foi.

On ne saurait donc dire avec certitude d'où, comment, ni par qui le manuscrit a pu être apporté à Rome.

Le môme mystère qui, comme nous l'avons constaté, plane sur les véritables circonstances qui ont amené la découverte des onze livres de Tacite par Poggio se représente pour les six premiers.

^ In P, Cornelium TacUum Afinotationes Beati Rhenani, Alciati ac Beroaldi. Lugduni» apud Seb. Gr^'phium, 15(2. And. Âlciatus, juriscons. Galeacio vice-comiti v. c. Il se borne à dire, page 195 : « Pnores quinque libres de barbaris redetnptos. »

' Ughelli, Italia Sacra, t. IV, page 591. Il le qualifie d'illustre légat : « Joannis Ângelus Arcimboldus legationibus clams. »

* Lorenzo &]ehns, Ambrosii Vita, page 47, en parle en ces tei*mes vagues : c Res tamen in irritum cessit usque ad Leonis Decimi aetatem, quo quidem Pontifioe Coriielii Taciti libri V in Germania fuere inventi ipsique Pontifici oblati, »

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