PLUTARQUE
L'usage qui a été fait des Vies des hofnmes illustres de Plutarque, dans les Histoires, pour ce qui se rapporte aux principats de Galba et d'Othon, est manifeste. Nous ne parlerons pas des faits généraux, de diverses anecdotes dont les récits présentent dans les deux ouvrages des ressemblances frappantes. Nous nous bornerons à signaler quelques points de détails qui nous paraissent typiques.
* Histoires, I, 43.
- Dion, Hist. rom., LXIV, 7 : Ka\ 6ià xo^xh ye xo« to ovopix autoO Iviypa'J/a 5ti à;itoTpcT4; £(TTi |ivr,|ioveu£<j6ai.
182 DE l'autheiNticité des œuvres de TAaXE.
Au premier livre des Histoires^^ l'auteur déclare que lors de son entrée à Rome Galba se montra cruel, et parmi les personnes qui périrent, il nomme Varron, consul désigné, et le consulaire Turpilianus ; et à ce sujet il dit :
I)]e ut Nymphidii socius, ille ut dux Neronis, inauditi atque indefensi tanquam innocentes perierant.
Une pareille réflexion nous surprend chez un historien qui a raconté tant de révoltes, tant de conspirations ; comment est-il étonné qu'en temps de guerre civile on ait négligé de respecter les formes judiciaires? L'auteur de ces lignes avait certainement Plutarque sous les yeux, car on y trouve exprimé le même sentiment*.
« Puis, dit-il, Turpilianus ; parce qu'il n'avait ni trahi ni haï Néron, alors qu'il avait le pouvoir, il était détesté, et sans être coupable de rien de plus grave, il fut mis à mort. »
Pkis loin, à propos du meurtre de Galba que projetait Olhon, on lit^ :
« Sed tum e libertis Onomastum futuro sceleri praefecit, a quo Barbium Proculum tessarium speculatorum et Veturium optionem eorunJem, perductos. »
Plutarque a écrit ^ :
« Parmi eux étaient Velurius et Barbius; le premier option, le
second tcsscrairc avec lesquels se trouvait Taffranchi d'Othon,
Onomastos. »
* Histoires, 1, 6.
' Plutarque, Galba, 17: Eîta ToupmXixvb; |ièv oti \Ly\ «pofSî^ov fir^ôè e(Ataci rbv r,y£jiôva toioOtov ovta, (JLi(7oO{ievo;, «aXo èï [nr^^ï Iv \iiyoL avvaôixi^ga; àitlOovev.
Nous serions porté à croire que le Dux Neronis, qui n'a pas un sens très clair dans los Histoire», pourrait bien pro\enir d'une mauvaise interpi-étalion de xbv rjcfi^va toioOtov ovtoi, causée peut-dire par un texte défectueux.
' Histoires, I, 25.
♦ Plutarque, Galba, 24 : *Ev oà tovtoi; OOeroupio; xai BâpCio;, 6 \kh oirtiwv ô oï T&(T9epcKpioç... MeO' ûv *'O0a>voc àireXevOepo; 'Ovo(ia9T4c.
COMMENT A ÉTÉ COMPOSÉE l'ŒUVRE. 183
Sur un fait fort secondaire les deux auteurs se rencontrent, on le voit, presque textuellement.
Ailleurs encore il est dit* :
« Ils se jetèrent ensuite sur Vinius et sa mort, comme celle de Galba, a été diversement racontée. Selon les uns la terreur aurait étouffé sa voix, selon d'autres il aurait crié qu'Ot/ion n'ayf^it point ordonné de le tuer, soit que la peur lui eût inspiré cette ruse, soit quHl eût avoué ainsi sa complicité ; sa vie et sa réputation rendent cette dernière opinion la plus probable. »
Voir dans ces paroles, prononcées par un homme assailli par des soldats aux ordres d'un chef de parti, et qui cherche à sauver sa vie, Taveu de son affiliation au parti du vainqueur, n'est pas une idée qui vient nécessairement à l'esprit. Or elle se trouve précisément émise par Plutarque dans le récit qu'il fait de la mort de Vinius 2.
« E mourut en avouant sa complicité dans la conjuratîoii ; car il s'écria qu'on le tuait sans ordre d'Othon, »
Nous nous bornerons à ces quelques exemples', car la dépendance qui rattache les Histoires de Tacite aux biographies de Galba et Othon que nous a données Plutarque est manifeste et unanimement reconnue^. Aussi quelques auteurs ont-ils pensé que Plutarque avait nécessairement dû consulter Tacite; d'autres croyant, non sans raison, que Plutarque a écrit avant Tacite, ont préféré admettre qu'ils avaient puisé tous deux aux mêmes sources.
Mais quelles étaient ces sources? Cluvius Rufus, Fabius
1 Histoires, I, 42.
' Plutarque, Galba, 27 : àireaçarceTo ojAoXoywv xoivwvb; yeysvoiilvai Tr,ç ayvti)(io (jta;- £oôa yàp àicoOvr,«TXEiv «apà rriv *'O0ù)vo; yvwiiYjv.
3 Au sujet de Torigine du culte de Sérapis en Egypte, cf. Histoires, IV, 83, 8i, cl Plutarque, Isls et Osiris, 37, 38.
* Cf. W. S. Teuffel, Histoire de la littérature romaim, Traduction. J. Bonnard, P. Pierson, t. U, page 313.
184 DE l'authenticité des œuvres de tacite.
Rusticus, Vipstanus Messala et quelques autres annalistes (temporum illorum scriptores) qui sont cités dans les Annales^y dit-on, et surtout les œuvres de Pline TAncien. Ce n'est là, il faut le reconnaître, qu'une simple hypothèse; car nous n'avons aucun ouvrage, aucun fragment historique de Plinç, et quant aux Rufus et autres, nous ne les connaissons pas.