‹ De l'authenticité des Annales et des Histoires de TaciteChapitre 40 sur 53 · FLAVIUS JOSÉPHE · texte numérisé non relu

FLAVIUS JOSÉPHE

On rencontre dans les Annales et dans les Histoires un certain nombre de détails sur les tétrarques de la Palestine, les produits du pays, sa topographie, le lac Asphaltite, qui sont évidemment empruntés de Josèphe. Quelques faits même relatifs à l'histoire intérieure de Rome, qui ne se trouvent point rapportés par Dion ni par Suétone, ont été tirés des Antiquités judaïques.

Toutefois, au sujet du peuple juif et de ses légendes, le pseudo-Tacite ne pouvait oubher qu'il en devait parler avec le dédain d'un fier Romain; de là, certaines divergences.

Après avoir raconté le détournement que quelques Juifs avaient fait de sommes qui leur avaient été remises pour le temple de Jérusalem, Josèphe dit* :

Tibère ordonna qu'on chassât de Rome tous les Juifs. Les consuls

* Antiquités judaïques, liv. XVIU, ch. 6, §9.

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en choisirent 4,000 qu'ils firent enrôler et qu'ils envoyèrent en Sardaigne; ils en firent châtier plusieurs autres qui, par la crainte de se trouver dans la nécessité de transgresser leur loi, ne voulaient pas prendre le parti des armes. »

Innbu de Tidée généralement admise de son temps, que les juifs et les chrétiens avaient été persécutés par les Romains à cause de leurs croyances religieuses, l'auteur (Jes Annales a cru devoir modifier la cause d'expulsion indiquée par Josèphe; il suit toutefois son autorité et écrit* :

On s'occupa aussi de purger Tltalie des supers! il ions égyptiennes et juives. En vertu d'un décret du Sénat, 4,000 affranchis souillés de ces impiétés, et en âge de porter les armes, furent envoyés en Sardaigne pour y réprimer les brigandages, et s'ils succombaient à l'insalubrité du climat, leur perle était peu de chose. On ordonna aux autres de quitter l'Italie si, dans un temps Cixéy ils n'avaient pas abjuré leur culte impie.

Mais c'est surtout dans les affaires d'Orient que Josèphe a été mis à contribution par l'auteur des Annales. Dion et Suétone en parlent peu. Ce qu'ils en disent est plein d'obscurité ; Josèphe est incontestablement plus clair. Les intimes relations qui n'avaient cessé d'exister entre les Juifs et les Parthes*, dont les dynasties macédoniennes et après eux les Romains furent les ennemis communs, l'avaient mis à même d'être mieux renseigné.

On lit dans les Annales * :

« Sous le consulat de S. S. Taurus et L. Libon, des soulèvements éclatèrent dans les royaumes de l'Orient et les provinces romaines. Ils commencèrent chez les Parthes, qui, ayant demandé et reçu de Rome un roi, le méprisaient comme étranger, quoiqu'il fût de la

* Annales, II, 85.

'Josèphe, Antiquités judaïques, liv. XVUI, ch. 4; liv. XX, ch. 2, 3. Gueri-e des Juifs, liv. 1, ch. 12. — Cf. nos Études d'Uistoire relig'u^use, page 72.

* Annales, II, I, 2, 3.

race des Arsacides. Ce roi était Vonon, que Phraate avait donné en otage à Auguste; car Phi-aate, bien qu'il eût chassé les armées romaines et leurs généraux, n*en avait pas moins prodigué à Auguste tous les témoignages de respect et, pour resserrer Tamitié, il avait envoyé à Rome une partie de ses enfants, moins par crainte des Romains, il est vrai, que par défiance de ses sujets.

» Après la mort de Phraate et des rois qui suivirent, des ambassadeurs, pour faire cesser les massacres des guerres civiles, vinrent à Rome, de la part des grands du royaume, demander Vonon, le plus âgé des enfants de Phraate. Auguste se crut honoré de cette démarche et renvoya le jeune prince comblé de présents. Les Barbares Taccueillirent avec jdie comme on accueille ordinairement les nouveaux maîtres, mais bientôt la honte les prit. Les Parthes vinrent à penser qu'ils avaient dégénéré; en demandant à un autre monde un roi infecté des maximes de leurs ennemis... Vonon lui-même les irritait par son infidélité aux traditions des ancêtres...

» Par ces motifs on appelle Artaban, descendant des Arsacides, élevé chez les Dahes. Battu dans une première rencontre, Artaban répare cet échec et s'empare du trône. Vonon, vaincu, demanda un asile aux Arméniens, alors sans maître et flottant entre la fortune des Parthes et celle dès Romains... Ils firent un roi de Vonon qui s'était réfugié chez eux. Mais Artaban le menaçait; l'Arménie ne pouvait lui prêter qu'un faible appui, et si nous lui donnions l'assistance de nos forces, il fallait engager la guerre avec les Parthes, Le gouverneur de la Syrie, Greticus Silanus, attira donc Vonon dans la province et le retint prisonnier, ne lui laissant d'un roi que le faste et le nom. »

Écoutons maintenant Josèphe * :

< Phraate, roi des Parthes, mourut en môme temps par la trahison

de son fils Phraatace, ainsi que je vais le raconter Les Parthes,

voyant en celui-ci un incestueux et un parricide, se soulevèrent contre lui et le firent périr avant qu'il eût afifermi son odieuse usurpation.

» La noblesse parthe... oflrit alors la couronne à Orode qui était issu du sang des Arsacides, car il n'était pas permis aux Parlhes de

* Antiquités judaïques, liv. XVIII, ch. 2, § 4.

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prendre pour rois des prinœs nés d'une autre famille. Mais le peuple était prévenu contre Orode qu'il soupçonnait de cruauté et qui était, en effet, d'un caractère dur et intraitable. On conspira contre lui; il fut tué, disent quelques-uns, dans un repas et au milieu d'une grande fête ; selon d'autres, ce fut dans une partie de chasse et c'est le sentiment le plus général. Au reste, il est constant que les Parthes ne quittent jamais leurs épées.

» Les grands du royaume conçurent alors le dessein d'élever au trône un des enfants de Phraate, qui étaient en otage à Rome, et députèrent à cet effet des ambassadeurs à Tibère. Le prince leur envoya Vonon, qui eut l'avantage d'être préféré à ses frères et jugé le plus digne du suprême honneur par le suffrage des deux plus grands empires du monde, celui des Romains et celui des Parthes. Mais ces barbares, naturellement inconstants et sans foi, changèrent bientôt de sentiment. Ils se crurent déshonorés par la nécessité d'obéir à un roi qui avait été esclave chez des étrangers. Ils regardaient comme tels et donnaient ce nom ignominieux à tout homme qui avait été livré en otage. Ce n'était point, disaient-ils, par les droits de la victoire que les Romains leur avaient donné Vonon pour roi, mais à la suite d'un honteux traité de paix.

» Ils appelèrent en conséquence au trône Artaban, roi des Mèdes, qui était de la famille des Arsacides. Celui-ci accepta la couronne qu'on lui offrait et marcha à la tête d'une armée pour en prendre possession. Vonon, auquel le peuple s'était d'abord attaché, fut à sa rencontre et lui livra bataille. Artaban l'ayant perdue fut contraint de se réfugier dans les montagnes de la Médie. Mais il prit bientôt sa revanche. Il mit sur pied une nouvelle armée; il attaqua Vonon, le défit et l'obligea à se retirer avec peu de suite à Séleucie. Les fuyards épouvantés tombèrent sous les coups du vainqueur ; il en fit un grand carnage et passa avec ses troupes à Ctésiphon. Ce fut ainsi qu'il demeura maître du royaume des Parthes.

p Vonon se retira en Arménie dont il songea à se rendre maître. Il envoya dans cette vue des députés à Rome pour demander du secours. Mais Tibère, qui le soupçonnait de lâcheté et qui ne voulait pas irriter les Parthes qui menaçaient de déclarer la guerre à Ttînipire, refusa de lui en envoyer. Se voyant sans ressource et sans espérance de se rétablir, car les peuples des environs du mont Niphate et

COMMENT A ÉTÉ COMPOSÉE l'ŒUVRE. 193

les plus grands seigneurs d'Arménie s'étaient mis du parti d'Artabane, Vonon prit la décision de se réfugier vers Silanus, qui commandait en Syrie. Silanus le reçut et le retint prés de lui en considération de ce qu'il avait été élevé à Rome. >

On peut faire d'autres rapprochements de ce genre. Au sujet des présages qui annonçaient la ruine prochaine de Jérusalem, on lit dans les Histoires^ V, 43 :

Il s'était manifesté des prodiges; mais ce peuple superstitieux, ennemi des pratiques religieuses, eût regardé comme un crime de les conjurer par des sacrifices ou des vœux. On vit dans le ciel des soldats qui s'entre-choquaient, des armes étincelantes. Des feux allumés tout à coup dans les nuages illuminèrent le temple. Les portes du sanctuaire s'ouvrirent d'elles-mêmes ; on entendit une voix plus forle que la voix d'un homme dire: Que les dieux s'en aille^it! et en même temps se produisit un grand mouvement causé par leur départ. Ce fut là pour quelques-uns un sujet de crainte; mais le plus grand nombre était persuadé que, d'après les ancietis livres des prêtres, l'Orient devait, à cette même époque, devenir puissant et que la Judée dominerait le monde. Cette prophétie s'appliquait à Vespasien et à Titus; mais la nation juive, l'interprétant comme toujours au gré de ses désirs, y voyait le présage de sa grandeur; le malheur même ne pouvait la ramener à la vérité.

II est dit dans la Guerre des Juifs, V, iv, 4 :

On vit dans tout le pays, lorsque le soleil se couchait, des chariots pleins de gens armés courir à travers les nues... Vers la neuvième heure de la nuit, une lumière si éclatante couvrit pendant une demiheure le temple et l'autel qu'on crut être en plein jour... La porte d'airain du portique oriental d'Israël, qui était d'une pesanteur si* énorme qu'à peine vingt hommes pouvaient la fermer le soir, s'ouvrit tout à coup d'elle-même... Les prêtres étant la nuit dans le Saint pour accomplir leurs fonctions sacrées entendirent la voix de gens qui disaient: Sort07is d'ici,.. Le principal motif qui détermina les Juifs à faire la guerre aux Romains fut l'ambiguïté d'un oracle qu'on trouve dans nos saintes écHtures, par lequel il était prédit

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que vers ces temps il sortirait du sein de leur contrée un homme qui commanderait à toute la terre. Ils crurent que ce maître du monde serait un homme de leur nation; plusieurs, môme des plus sages et des plus éclairés d'entre eux, y furent trompés; car cet oracle annonçait manifestement la grandeur future de Vespasien qui était dans la Judée lorsqu'il fut élevé à Tempire.

On doit encore remarquer que, tout en suivant Josèphe, Fauteur des Annales avait également Suétone sous les yeux. Le texte est ainsi conçu :

Pluribus persuasio inerat antiquis saccrdotum litcris contineri eo ipso tcmpore fore ut valesceret Oriens profectique Judaca rerum potirentur.

Or on lit dans la Vie de Vespasien, 4 :

Percrebuerat Oriente toto vêtus et constans opinio, essé in falis ut eo tempore Judaca profecti rerum potirentur.

Au lieu de in fatis, les Annales portent, on le voit, an/tquis sacerdotum literis, comme l'écrit Josèphe*, et pour le reste de la phrase il y a complète similitude d'expressions avec Suétone.

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