ORDRE DE COMPOSITION DES DIVERSES PARTIES DE L'OUVRAGE
Nous avons fait remarquer que les auteurs anciens qui avaient cité le témoignage de Tacite ne l'avaient jamais fait qu'au sujet d'événements qui s'étaient passés sous les principats de Vespasien et de ses fils. Il était ainsi assez naturel de penser qu'il n'avait lîen écrit sur les événements antérieurs. Il n'est donc pas surprenant que cette conviction ait eu sa manifestation au début des Histoires, et que le plan primitif de l'auteur ait été de conduire le lecteur de la mort de Néron à celle de Domitien.
L'histoire des deux premières années était assez facile, grâce au supplément d'informations qu'apportaient à Dion Plutarque et Josèphe. Mais il n'était guère possible de continuer le récit des événements qui suivirent avec les mômes développements, quand on n'avait plus sous les yeux que Xiphilin. On n'y trouvait même pas un mot de la guerre des Juifs, de la destruction de Jérusalem^. Le temps d'arrêt des Histoires était ainsi marqué d'avance. Mais saint Jérôme ayant affirmé que Tacite avait écrit la Vie des Césars depuis la mort d'Auguste, on pouvait revenir en arrière, parler des principats de Claude et de Néron, qui ne manquaient pas d'intérêt dramatique. On était, par suite, amené à dire quelques mots de la partie historique déjà traitée ou plutôt de celle qu'on s'était proposé de traiter*.
1 Cf. Dion Cassius, éd. Gros et Boissée, t. IX, p. 282.
* Annales, XI, 11 : Rationes praetermitto narratas librisquibas res imperatoris Domitiani composui.
202 DK l'authenticité des œuvres de tacite.
Enfin, pour compléter, on devait plus tard reprendre le travail à la mort d'Auguste.
Il y avait aussi la question de titre à donner à rouvrage. Fallait-il l'appeler Annales, comme le prétendait Jornandès? Vie des Césars, comme l'indiquait saint Jérôme? Histoires, comme le disaient Tèrtullien, et d'autres? Histoire Auguste, comme l'affirmait Vopiscus? Comment décider? Le plus sage était certainement de n'en pas donner du tout. C'est ce qui devait être et a été fait. Mais cette réserve habile trahit l'embarras où s'est trouvé celui qui voulait écrire sous le nom de l'historien romain.
Tout en admettant qu'une même plume a tracé les diverses parties des fragments historiques attribués à Tacite, on reconnaît généralement qu'elles diffèrent sensiblement de mérite. On considère les cinq livres des Histoires comme de beaucoup supérieurs aux Annales; et on place les six premiers livres des Annales au-dessus des derniers.
L'explication nous en paraît fort simple. Pour composer les Histoires, l'auteur a eu pour guides, outre l'abrégé de Dion et Suétone, Josèphe et surtout Plutarque, dont il s'est principalement servi. Pour les derniers livres des Annales, il s'est trouvé réduit à Xiphilin et Suétone. Quant aux six premiers livres qui traitaient du principat de Tibère, il a eu en mains l'œuvre plus complète de Dion Cassius.
Le bien fondé de l'appréciation du mérite relatif des diverses parties des Annales et des Histoires se trouve ainsi d'accord avec la valeur des sources où l'auteur a puisé.