‹ De l'authenticité des Annales et des Histoires de TaciteChapitre 48 sur 53 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Le lecteur qui aura bien voulu nous suivre dans cette longue et aride étude, reconnaîtra, nous l'espérons, que nous n'avons point fait un travail inutile et que la question soulevée mérite une sérieuse attention. Peut-être même ne demeurerons-nous pas seul de notre avis.

Ceux, toutefois, qui entendront maintenir l'opinion traditionnelle de l'authenticité des Annales et des Histoires, ne pourront point, croyons-nous, se borner pour la justifier à contester quelques-unes de nos assertions. Ils auront à faire connaître les motifs qui ne permettent pas de douter de la

* Cf. lufessuia, Diarium in'bis Romne (Ror. lud. Script., l. HI, p. 1 !()!>) : I*c/- (Iclte la vita quoll' honio da bene ed amatore dello hene e libcrtà di Iloma.

baute antiquité des manuscrits archétypes et les raisons qui établissent que les pages qu'ils contiennent, sont bien l'œuvre sincère d'un grand historien de l'époque de Trajan.

Cette preuve est à faire.

Mais s'il est reconnu que ces fragments d'histoire romaine ont été écrits par un humaniste du xv« siècle, faudra-t-il pour cela les jeter au feu? Tel n'est pas notre sentiment, telle n'est pas la conclusion de cette étude.

Nous croyons que l'admiration qu'on a professée pour les Annales et les Histoires, si elle a été exagérée, a eu sa raison d'être. Les tableaux qui nous ont émus, les réflexions qu'on a jugées pleines d'exactitude et de sagesse, les idées Tormulées avec force et précision restent les mêmes. A ce point de vue c'est une œuvre littéraire de premier ordre.

D'autre part, si Poggio a voulu tromper ses contemporains et la postérité sur le véritable auteur de l'ouvrage, il s'est néanmoins proposé d'être aussi exact qu'il le pouvait dans ses récits et, à cet effet, il a utilisé avec soin tous les documents qu'on avait de son temps; il s'est fait ainsi l'écho de Dion Cassius, de Josèphe, de Suétone, des auteurs chrétiens.

Quand il quitte ses guides pour amplifier son sujet, il s'efforce de faire parler et agir les personnages qu'il met en scène comme il supposait qu'ils l'eussent fait eux mêmes. En maints endroits il a failli ; souvent il a réussi. Ses digressions sont généralement fort intéressantes.

Pour n'être pas d'un écrivain de l'antique Rome, les Annales et les Histoires ne sont donc point sans valeur historique; en les consultant avec prudence, elles demeureront encore utiles pour la connaissance de l'empire romain au premier siècle de notre ère.

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