OUVRAGES DU MÊME AUTEUR
Études sntr la vie de Sénèquc. 1 volume in-8<> raisin. Paiis, E. Lerou? éditeur, 1885.
Études au sujet de la pef^sécution des chrétiens sous Néron, i voluiiic iu-^ raisin. Paris, E. Leroux, éditeur, 1885.
Études d'histoire religieuse, i volume in-8^ raisin. Paris, E. Thorii éditeur, 1890.
BORDEAUX. — IMP. G. GOUNOUILBOU, BUE GUIBAUDK, 11
2 DE l'authenticité des œuvres de tacite.
tive; leur placement était facile, car partout se formai des collections, des musées, des bibliothèques. Aussi, tou les contrées étaient-elles sillonnées par des voyageurs à découverte d'antiquités*.
Poussés par le désir du gain, les marchands eux-mêr ne manquaient pas de se livrer, à l'exemple de Cyriac d'Ancône, à ce genre de trafic qui se trouva souvent ré à celui de la laine ou de la soie.
Ce qui rapportait le plus au xv« siècle dans le comme de la librairie, ce qui se payait à chers deniers, c'étail manuscrit ancien. Chaque personnage qui se faisait glc de posséder une riche bibliothèque, tenait à y comp quelques raretés.
Parmi nombre d'exemples nous citerons celui du cardi Orsini. Poggio, dont nous aurons longuement à parler, fit acheter les comédies de Plante, qu'un certain Nicolas Trêves s'était, disait-il, procurées en Allemagne, on ne \ où, et qu'il avait apportées à Rome. Le cardinal était jalc de son acquisition; il ne voulait permettre à personne d prendre communication, pas même à Poggio qui s'en fàcl il en faisait faire de rares copies qu'il offrait comme < dons précieux à Leonello d'Esté et à quelques autres prin italiens*.
Aussi Léon X, lorsqu'il aura reçu le manuscrit < premiers livres des Annales de Tacite, se fera-t-il, nous verrons, un mérite de ne les avoir pas conservés pour seul et de les avoir immédiatement livrés à la publicit
Le pape paya ces fragments de Tacite 500 sequins, s environ la somme de 6,000 francs en or; c'était presc
1 Tiraboschif Sloria délia letteratura italiana, t. VI, lib. II, c. 2, 4. « Poggii Ei^istolae, III, 29, 3), 31, 31; IV, 4, il, 17. ' Philippe Bi'roulde .lunioi'i Épitrj dédie, à Léon X
une fortune pour cette époque. On peut juger par là combien la recherche des manuscrits était fructueuse.
Pour expliquer comment tant d'ouvrages d'auteurs latins étaient demeurés inconnus aux savants des siècles précédents et étaient mis au jour par les chercheurs de la Renaissance, on disait que les moines avaient généralement relégué dans les greniers ou dans les caves de leurs couvents la plupart des écrits d'origine païenne qui s'étaient trouvés dans leurs bibliothèques. C'était donc parmi les objets de rebut, parfois parmi les immondices, quand il leur était permis d'y fouiller, que les dénicheurs de manuscrits trouvaient, prétendaient-ils, les chefs-d'œuvre de l'antiquité. Po^io et Bartholomeo de Montepulciano affirmaient qu'ils avaient fait leurs découvertes à Saint-Gall, au fond d'une tour sombre et humide, où l'on n'aurait même pas jeté un condamné à mort*.
Rien ne semblait plus digne de créance, tant était gi^ande alors l'incuriç des monastères pour tout ce qui tenait aux lettres ou aux sciences.
Rambaldo, dit Benvenuto d'Imola, un de ceux qui faisaient profession de lire publiquement dans les villes d'Italie les œuvres de Dante, de Pétrarque, et de les commenter, nous apprend dans quel état déplorable se trouvait au xiv« siècle la bibliothèque d'un des monastères les plus vantés pour la culture des lettres, celui du Mont-Cassin.
Dante, on s'en souvient, au chant xxii du Paradis, fait la rencontre de saint Benoît, et le fondateur de l'abbaye lui dit : Et ma règle n'est plus qu'un vain papier. Dans ses Commentaires sur la divine Comédie, Rambaldo, à propos de ces vers *, écrivait :
Po{^ii Epistolae, l, 5.
s Muratorl, Antiquitatei Italicae medii aevi^ t. I : Excerpta historica ex
4 DE L AUTIlENTiaTE DES ŒUVRES DE TACITE.
« Pour une plus nette intelligence de ces paroles, je veux rapporter ce que me racontait plaisamment mon vénérable maître Boccace de Certaldo. 11 disait qu'étant en Apulie, séduit par la renommée du lieu, il se rendit au célèbre monastère du Mont-Cassin, dont parle Dante. Avide de visiter la bibliothèque dont il avait entendu louer la magnificence, il demanda humblement à un moine, et avec sa politesse habituelle, d'avoir la bonté de lui en ouvrir la salle. Mais celui-ci, monti'ant une longue échelle, lui répondit d'un ton bourru : « Montez, elle est ouverte. » Aussitôt il grimpe tout joyeux et d'.abord il s'étonne de voir le lieu où se trouvait le fameux trésor sans porte ni fermeture. Il entre. L'herbe poussait sur les fenêtres; les livres sur les bancs étaient couverts d'une épaisse poussière. Stupéfait, il commence par ouvrir un livre, puis un autre; il y en avait beaucoup et de diverses sortes, anciens ou étrangers; mais aux uns il manquait des cahiers, à d'autres on avait coupé les marges; d'une fiiçon ou d'une auti'e tous étaient abimés. Enfin, déplorant que les fruits des labeurs et des études de tant de célèbres génies fussent tombés aux mains de si méchantes gens, les larmes aux yeux, il redescendit. Abordant alors un moine qu'il rencontra dans la cour, il lui demanda pourquoi des livres si précieux avaient été ainsi honteusement mutilés. Celui-ci lui répondit que quelques-uns de ses frères, pour gagner deux ou cinq sous, grattaient un cahier, en faisaient des petits psautiers qu'ils débitaient aux enfants; d'autres enlevaient les marges blanches des feuilles pour fabriquer des amulettes* qu'ils ven-
commcntai-iis manuscriptis Benvcnuti de Imola, in comoediam Dantis, aJ
caiitum XXII, versus 74 :
E la regola mia
Rimasa ë glii pcr danno délie carte.
^ Muratoii, ibid,: Qui rcspondit quod aliqui inonachi volGiitc9 lucrari diiofl vel
daient aux femmes. » Et Benvenuto s'écrie : « Maintenant donc, ô homme d'étude, va te fendre la tête pour composer des livres ! »