‹ De l'authenticite du Parmenide These presente a la faculte des lettres de ParisChapitre 11 sur 23 · IS5E-IS7 B · texte numérisé non relu

IS5E-IS7 B

LA DISCUSSION SUR L’UNlTÉ.

du mouvement au repos, et du repos au mouvement ; il est sujet à mille changements divers. « Or n’est-ce pas dans cette chose étrange (arozov) que l’on se trouve, lorsqu’on change? — Laquelle? — L’instant (I). Car l’instant semble bien représenter le point où l’on change en passant d’un état à un autre. » Mais cette chose étrange qu’on nomme l’instant n’est pas dans le temps : c’est un intermédiaire insaisissable entre le passé et l’avenir. De là part le changement, et c’est là qu’il se termine. Aussi, conclut Parménide, « lorsque l’un passe de l’être au néant, et du néant à la naissance, ne faut-il pas dire qu’il ne se trouve ni être ni ne pas être, qu’il ne naît ni ne meurt? — Selon toute apparence, répond Aristote.»

Armé de ce raisonnement, Parménide se fait un jeu de renverser toutes les propositions qu’il vient d’établir. « En passant de l’un au multiple et du multiple à l’un, l’un n’est ni un ni multiple, ni ne se divise ni ne se réunit, et en passant du petit au grand, de l’inégal à l’égal, et réciproquement, il n’augmente, ni ne diminue ni ne s’égalise. — Il paraît. — Ce sont donc là toutes les manières d’être de l’un, s’il existe. — Assurément (2). »

Presque tous les critiques avaient renoncé à chercher ici une doctrine positive quelconque : seul Stallbaum avait rappelé timidement l’argument des contraires, con-

(1) 156 D ; T5 é^xqv>];. — Voici peut-être le passage le plu.s remarquable du dialogue, et on devrait s'étonner de n'en trouver aucun cebo dans les autres écrits de Platon. Malgré l’opinion de Grote, qui ne voit ici qu'une fiction déguisant une antithèse réelle, cet infiniment petit du temps où une chose n’est ni ce qu'elie était auparavant, ni ce qu elle va devenir, ce point sans cesse fuyant et mobile, cette transition du passé qui n’est plus à l’avenir qui n’est point encore, a quelque chose de mystérieux. — On dirait un compromis entre le flux perpétuel d'Héraclite et l’Un immuable de Parménide.

(2) 157 B. Taûra où và aaOùliara îtàvv'âv rrao^roi và ev, ei £oti ; — Ilû; ô'oü;

ANALYSE DU PARMÉNIDE

tenu dans la prennière partie du Phédon, lorsque M. Fouillée proposa la conjecture suivante, empruntée surtout à certains passages du Timée : « Cette uniténmltiple, qui change sans cesse tout en demeurant identique, qui passe du non-ôtre à l’être et se meut ainsi ellemême, désigne probablement l’âme ; » et il ajoute dans une note : « L’évolution idéale par laquelle les contraires s’unissent et se séparent éternellement dans l’Unité constitue la dialectique vivante, l’activité immanente de Dieu, ou l’Ame divine. »

C’est pousser loin, on l’avouera, et même trop loin, la méthode d’interprétation et de supposition. Si j’avais le devoir de citer, peut-être paraîtrai-je dispensé de celui de discuter (1).

Troisième Thèse (2).

Parménide, on ne l’a pas oublié, a dit à Socrate : « Pour toute chose que tu supposes exister ou n’exister pas, tu dois rechercher ce qui lui arrivera par rapport à elle-même et par rapport à chacune des autres choses qu’il te plaira de considérer. » C’est cette seconde partie de la méthode dont nous allons trouver l’application. Si l’un existe, que sont les autres choses (3)?

Les choses autres que l’un n’en sont cependant pas entièrement privées, car elles sont composées de parties, qui se rattachent à une certaine idée et à une certaine

(1) J'en dirai autant de l'explication que donne M. Fouillée de l’hypothèse suivante , qui de'signe, dit-il, la génération, ertet de l'Ame, ou le dtvenir réel, c'est-à-dire « l'évolution dans le temps de ce que l'àme divine embrasse dans son évolution éternelle ou dans sa dialectique Idéale > (p. 2lt, en note).

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