B-IÔ9 A
(3) 157 B. Tî ôè Tot; â).),oiç npaoT,xoi ôv «àoxeiv ev cl £<mv, xp'oCi axelt- Ttov; — IxeitTÉov.
LA DISCDSSION SÜR L’L'MTÉ. 97
unité qu’on appelle le tout, « unité parfaite formée par la réunion de toutes les parties ensemble (I). » Les mêmes considérations s’appliquent à chaque partie prise isolément : « ainsi le tout et la partie doivent nécessairement participer de l’un. »
Les choses autres que l’un et qui néanmoins y participent forment une multitude infinie. < Donc en considérant toujours de cette manière et en soi-même cette sorte d’être qui est autre que l’Idée, n’y trouverons-nous pas, tant que nous la regarderons, une pluralité infinie? — Nul doute (2). » Mais « il naît dans les choses autres que l’un, de leur commerce avec l’unité, quelque chose de différent qui leur donne des limites les unes à l’égard des autres, tandis que leur nature propre ne donne par ellemême qu’illimitation. »
Chacune d’elles ayant ainsi des attributs opposés, on peut dire qu’elles sont tout à la fois semblables et dissemblables à elle.s-mêmes et entre elles.
« 11 ne nous serait pas difficile de faire voir qu’elles sont et les mêmes et autres les unes que les autres, en mouvement et on repos, et qu’elles réunissent ainsi tous les contraires (3). »
Volontiers nous permettrons à Parménide d’abréger la discussion, car les pages qui précèdent ont rais en pleine lumière l’habileté vraiment surprenante de sa
(1) 1S7 1). Mià; tivôi; iôsa; xa'i iwi tivo;, ô x*)oüiiev ô).ov, ânivreov ëv -éXeiov yeyovôî, -oûto'j ixôptov àv xô (lopiov gïx].
(2) 158 C. O'jxüOv euxu; àsi axoTtoüvxi oix:^v xaO'aOx^v xiiv éxëpav çûsiv ToO etëou;, oaov dv aùx^; dei dpüpsv. dix 2 ipov laxat
Ces mots : xifiv ëxtpav pOsiv xo'j eïSouc, ont été généralement entendus dans un sens différent. Ficin traduit : •Alleram speciei naturam,» Sehleiermacher : « Die versetaiedene Natur des Begriffs, • et Sch'nalbe : • la nature différentielle de l’idée. > La traduction de Cousin a l'avantage d'offrir un sens beaucoup plus clair, mais peu en harmonie avec les phrases précédentes.
(3) t59 A. ndvxx xdvotvTi'a itiSr) ooxéxi eOpniropisv aenovSoxa xdXXi
xoü ëvô;.
ANALYSE DU PARMÉNIDE
dialectique. Mais dans celles qui suivent, il réussira, si j’ose le dire, à se surpasser lui-même.
Quatrième Thèse (I ) .
€ Laissons ce que nous venons de dire comme suffisamment éclairci, dit Parménide h Aristote, et voyons si, en supposant que l’un existe, les choses autres que l’un ne nous apparaîtront pas sous un jour différent, ou si le point de vue qui précède est le seul. »
L’un et les autres choses sont nécessairement séparés : car l’un ne peut être dans les autres choses ni tout entier, ni par parties. Donc ccschoses ne sont ni un, ni plusieurs, ni tout ni parties, ni semblables ni dissemblables, parce qu’il est impossible que ce qui ne participe de rien participe de deux choses : on doit dire également qu’elles ne sont ni mêmes, ni autres, ni en mouvement ni en repos, qu’elles ne naissent ni ne meurent, en un mot qu’elles n’ont aucune de ces qualités contraires. « Ainsi donc, si l’un existe, l’un est toutes choses, et il n’est un ni pour lui-même ni pour les autres choses (2). »
S’agit-il ici d’établir l’impossibilité où se trouve la matière indéterminée (-à ânapov) de recevoir aucun attribut sans participer à l’essence? L’interprétation est peut-être ingénieuse, mais au lieu de sortir en quelque sorte spontanément du texte, il faut qu’elle y soit introduite.
, (I) i59 R ico A.
(2) 160 D. OÜTw Sri î-i £Î ËOTiv, itàvra t s<rri to £v xïî ojoè ëv èoti xal irp6; ëaty-6 xaî Trpô; TàX).a wffaÿ-w;.'’
LA DISCUSSION SUR L’üNITÉ.
Cinquième Thèse (I).
Se conformant exactement à la règle qu’il s’est imposée,- Parménide va exposer les conséquences qui résulteraient de la non-existence de l’un. Par les contradictions qui précèdent, il a vouluprouver, semble-t il, que la conception abstraite de l’un devait être rejetée : par celles qui suivent, il essaiera de montrer que néanmoins sans cette conception de l’un, toute existence et toute connaissance s’évanouissent.
Appuyé sur ce principe que « pour dire d’une chose qu’elle n’est pas, il n’en faut pas moins connaître ce qu’elle est, et en quoi elle diffère des autres », Parménide en conclut qu’en niant l’existence de l’un, on est par là môme forcé de lui attribuer la science, et non-seulement la science, mais la différence. « Sans doute si l’un n’existe pas, on ne peut pas dire qu’il existe. Mais rien ne l’empêche de participer de beaucoup de choses, et il faut môme qu’il en soit ainsi, x
Il y a donc dans l’un dissemblance par rapport aux autres choses, ressemblance par rapport à lui-même . il est inégal à tout le reste, et cette inégalité lui impose des relations de grandeur et de petitesse, et même d’égalité.
La vérité, c’est l’être : si donc il est vrai de dire que l’un n’est pas, il en résulte qu’il est n’étant pas. .Ainsi, l’un qui n’est pas, n’en participe pas moins nécessairement de l’être en même temps que du non-être (2) : et un changement, c’est-ù-dire un mouvement est néces-
(1) ICO B-163 D.
(2) Je ne puis résister ici à la tentation de citer tout au long le texte même du dialogue. « L’un est donc n'étant pas, car s’il n’est pas n’étant pas, s’il laisse arriver quelque chose de l'être dans le non-être, de non-étre aussitôt
100 ANALYSE Dü PARMÉNIDE.
saire pour le faire passer d’un de ces états à l’autre. Cependant l’un ne faisant pas partie des êtres, n’est susceptible ni de translation, ni de rotation, ni d’altération : il faut donc le concevoir comme en repos. 11 se trouve ainsi à la fois capable et incapable de naître et de périr.
L’obscurité de cette dernière partie du Pannénide a passé en quelque sorte en proverbe : et comment l’auteur eût-il pu s’y soustraire, en cherchant à préciser les attributs d’une chose qui n’a aucune existence ?
Fallût-il admettre que « le non-être relatif participe encore à l’être et soutient un rapport avec toutes les manières d’être, » que « l’être du non-être est son intelligibilité, qui doit correspondre k quelque réalité , » je cherche en vain, dans les écrits les plus authentiques de Platon, un seul passage où il ait exposé dans un style semblable de semblables théories.
il devient un être. — Sans aucun doute. — Il faut donc, pour ne pas être, qu’il soit attaché au non-être par l'être du non-être, de même que l’être, pour posséder parfaitement l’ctre, doit avoir le non-être du non-être. En effet, c'est ainsi seulement que l’être sera et que 1e non-être ne sera pas, l’être en paiticipant il l’être d’être un être et au non-être d’être un non-être . car ce n’est que de cette manière qu’il sera parfaitement un être : le nonêtre, au contraire, en participant au non-être de ne pas ètic un non-être, et à l'être d'être un non-être : car ce n’est aussi que de cette manière que le non-être sera parfaitement le non-être. — Très-bien. • (Traduction de Coutin, XII, 82).
Quand on a lu attentivement une pareille argumentation, qui provoque je ne sais quel sourire moqueur, on comprend les paroles suivantes de Stallbaum (p. ilO) : « Ncc profecto usqne ad hune diem qulsquam exortus est, qui ea probabiliter interpretaretur. Nihilominus omnia sunt tentanda, ut ne quid obscuritatls in ulla divin! operls parte relinquatur... Quocirca æqui Judices facile noslrte condonabunt audaciæ qui post tôt multorum sæculorura latores frustra eiantlatos novam hujus loci interpretationem proponerc sustincamus. ■ — Cette explication consiste essentiellement à entendre par T9 Iv les idées négatives, et par và iMa, au contraire, les idées positives.
LA DISCUSSION SUR L’üNITÉ.
Sixième Thèse (1).
« Revenons encore une fois au commencement, dit de nouveau Parménide, afin de voir si les choses nous paraîtront encore telles qu’elles nous paraissent en ce moment, ou si elles nous paraîtront autres. « •< Voyons, » répond le docile Aristote.
Dire d’une chose qu’elle n'est pas (2), c’est lui refuser absolument toute participation à l’être. Or ce qui n’est ainsi d’aucune façon ne peut ni naître ni périr, ni être en repos ni en mouvement : il n’a ni grandeur ni petitesse, ni égalité, ni ressemblance ni différence, car ce sont autant de formes de l’être : et les autres choses à leur tour ne peuvent avoir avec ce qui n’est pas aucun rapport. Tous ces termes : le passé, le présent, la science, l’opinion, la sensation, le discours, et jusqu’au nom même, lui sont inapplicables (3).
On ne reprochera pas à ces conclusions de manquer de justesse, mais on se demandera en même temps comment de la même hypothèse l’auteur du dialogue a pu auparavant en déduire de tout opposées. Il reste à examiner les conséquences qu’entraîne pour les autres choses ia négation de l’existence de l’un : car Parménide accomplira jusqu’au bout la tâche que les instances de Socrate lui ont imposée. A notre tour, il nous sera permis de répéter ces paroles de la République : « L’endroit est obscur, embarrassé et de difficile accès : avançons cependant. »
(1) 103 C-lOi B.
(2) On a eouvenl fait observer, et non sans raison, que l'auteur du Parminide semble attacher successivement à cette hypothèse ; et pr, ètî! t 6 SV, deux significations différentes : d’abord la définition de l’un par voie négative, puis la négation pure et simple de son existence. On voit aisément combien cette double conception se rapproche des idées d’Aristote, et de sa distinction célèbre entre l’àrroçaoi; et la oTEpr.iri; {Met. III, 2, 1004 a).
(3j N’est-il pas surprenant de voir l’auteur déduire des conséquences iden-
ANALYSE DO PAKMÉNIDE.
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Septième Thèse (1).
Si l’un n’est pas, c’est par la pluralité que les autres choses sont autres par rapport les unes aux autres.
< Chacune d’elles, vraisemblablement, est comme une masse ( oy/.o;) qui renferme un nombre infini de parties ; de sorte que lorsqu’on croit avoir pris la chose du monde la plus petite, on verra tout à coup, comme dans un rêve, au lieu de l’unité qu’on croyait tenir, une multitude, au lieu d’une petite chose, une chose immense, eu egard aux divisions dont elle est susceptible, » Ces masses auront l’air de former un certain nombre, pair ou impair, et sans avoir ni commencement, ni milieu, ni fin, elles paraîtront limitées par rapport aux autres et à ellesmêmes. « Enfin, quel que soit l’être que l’on saisisse par la pensée, on le verra toujours se diviser et se disperser, car on ne saisira jamais qu’une masse sans unité (2). » Ainsi, dans l’hypothèse que nous considérons, il faut que chacune des choses autres que l’un paraisse infinie et limitée, une et plusieurs, semblable et dissemblable, soumise îi tous les genres de mouvement et en môme temps absolument en repos, naissant et ne naissant pas, périssant et ne périssant pas (3). « Il en serait de même.
tl(]ue«, qiiniqne par dea votes différentes, de ces deux hypothèses ; l’un est «n, l’un n'est pos .* — C’est à celte inintclligibihté absolue que s’appliquent ces lignes de M. Riaux : « Le non-être de Parménide épouse l'idée de néant : l’esprit humain en fait de négation ne peut alier au-delà... 11 n'est séparé de l’absolu néant que par un degré de plus d’abstraction. »
(2) 165 B. ©péTiTecSM Sà xcpp.aTiïôiisvov àvàyxn ®5v -è 5v, ô âv ti; Xàêp Tp Siavoi'a.êyxoc yap'Kou aveu évô; ).a(i6âvotx 'âv. — Ilâvj (lèv ouv.
(3) • Quutn ineptissima quæque (c’est ainsi que s’exprime sur ce passage Stallbaum, p. 223) cumulari ac densissimls tenebrls obvolvl videantur, tamen dubitati non polest quin sapientissimo prœcipiatur de ea ratione, qua Inter notiones negando determinataa atque res aspectabilea intercedit. •
LA DISCUSSION SUR L’UXITÉ
ajoute Parménide, de tous les attributs que nous pourrions passer en revue, dans la supposition où des choses multiples existent sans que l’un soit. » — « C’est on ne peut plus vrai, » répond sans hésitation son interlocuteur.
Ainsi, de pures apparences, et des apparences mensongères et contradictoires, voilà le terme auquel nous conduisent ici des arguments dans lesquels W. Fouillée croit découvrir une frappante analogie avec ceux de Zénon d’Élée, qui réduisait le monde sensible des Ioniens au non-être par la divisibilité indéfinie. Mais ce n’est point encore le dernier mot du dialogue.
Huitième Thèse (I).
« Revenons une fois de plus au commencement, dit Parménide, et examinons ce qui doit arriver si l’un n’est pas et qu’il y ait d’autres choses que l’un. » Nulle autre chose ne sera ni une ni plusieurs ; car il est impossible de concevoir la pluralité sans l’unité. Les autres choses n’existeront et ne seront conçues « ni comme semblables, ni comme dissemblables, ni comme identiques, ni comme différentes, ni comme se touchant ni comme isolées : enfin, tout ce qu’elles nous ont paru être tout à l’heure, elles ne le sont pas, ni ne paraissent l’être, si l’un n’est pas. » « Si donc nous disions en résumé ; Si l’un n’est pas, rien n’est, ne dirions-nous pas bien ? — Parfaitement bien (2). »
(2) A l'explication de Stallbanm, qui TOlt Ici nneréfaUtiondea philosophes faisant consister l’essence des corps dans la matière, je préfère celle de M. Hatzlcld, qui considère cette argumentation comme dirigée contre Héraclite et ses partisans.
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ANALYSE DU PARMÉNIDE