‹ De l'authenticite du Parmenide These presente a la faculte des lettres de ParisChapitre 14 sur 23 · LA CONCLUSION · texte numérisé non relu

LA CONCLUSION

Non, cette dernière satisfaction nous sera refusée ; on dirait au contraire que notre guide a choisi ‘à dessein l’endroit le plus ténébreux de la route pour nous y abandonner sans boussole et sans direction : au lieu d’une affirmation positive, il ne nous laisse en nous quittant que « la plus négative des négations. »

Écoutons, en effet, les derniers mots de Parménide.

« A ce qu’il semble, que l’un soit ou ne soit pas, l’un et les autres choses, considérés par rapport à eux-mêmes ou par rapport les uns aux autres, sont absolument tout et ne le sont pas, le paraissent et ne le paraissent pas (1) : » c’est-à-dire qu’au lieu d’éclairer les difficultés qui précèdent, cette conclusion les résume en leur donnant une force nouvelle.

Le jeune Aristote, qui s’est prêté avec tant de complaisance aux subtili|és et aux paradoxes de Parménide, ne sait lui répondre que cette parole aussi flatteuse que décisive : « Ce que tu viens de dire est la vérité suprême » 'AX/jOeVrara. Mais Socrate, qui pendant cette bizarre argumentation s’est renfermé dans un humble silence (c’est à lui cependant, ne l’oublions pas, que s’adresse cette leçon de dialectique), Socrate fera preuve de la même déférence et se laissera convaincre avec le même empressement ! Stallbaum va nous expliquer ce fait inexplicable : « Cujus (Parmenidis) disputatione quuni præter expcctationem effectum videat id quod ipso explicare non potuisset, summa acuminis Parmenldei admiratione affectus

(!) IC6 C. *Û; loty.s, ev giT'toriv, eÏTS |i.rj êoriv, aCiTÔ Te xa! Ta).).a xaî ffpôc autà irpà; oD.XyjXa ffâvta Tiâvrw; èuri ts xal oOx Igti xal çatvetai Tt xai ov çaWeTai. — Voici en quels termes M. Hatzfeld résume le dialogue dans sa thèse sur le Parménide : ■ SequUur, si quid unum est, quod unumquodque et diversum dicimus omnes exUtendi modos suscipere, sive utrumque in seipso spcctes, sive allcrum cum altero conféras : sin autem nihil unum est, neutrum ullo modo exUtendi particeps nec esse, nec vider! posse. >

ANALYSE DU PARMENIDE.

ac repletus nec laudat quidquam nec repreliendit, sed magnarum vi cogitationum quasi perculsus tacito secum pectorc, quæ non sino stupore audivit, hue et iliuc volutat, atque sic affectus una cum ceteris sodalibus disccdere existimandus est. »

Mais de celte considération secondaire passons au fond même de la question. Plus de certitude à espérer: des apparences, des illusions contraires qui s’imposent également à notre intelligence abusée, voih'i bien, selon les paroles mômes de Parménide, le dernier mot de tant d’antinomies. C’est une conclusion aussi sceptique et si j’osais emprunter ce mot au vocabulaire philosophique contemporain, aussi nihiliste que Platon est croyant (1). Elle est contredite non-seulement par la raison, mais par le caj’actèrc tout pratique des doctrines platoniciennes : en dépit de toutes les assertions contraires, elle ne laisse au dialogue, comme on l’a souvent remarqué, qu’une valeur et une signification purement logiques. Quand on sait avec (|uelle ardeur Platon soupire après la vérité, là même où il ne réussit qu’à l’entrevoir, avec quelle persévérance il la recherche, avec quelle conviction il s’y attache, on se refuse à croire que le Parméîiide puisse être l’œuvre de son génie.

Sans doute, on a tenté, et par des voies diverses, d’aller au-devant d’une aussi grave objection. Munk, persuadé que dans la série des dialogues l’ordre logique se confond avec l’ordre chronologique, et assignant ainsi la première place au Parménide où Socrate est à peine sorti de l’adolescence, trouve naturel que la solution soit dif-

(I) Selon certains critiques, la suppression de toute conclusion était le seul moyen qui permit à Platon, sans trahir sa doctrine, de ne pas combattre celle de Parménide ; mais alors, quo penser du Sophiste ? — Selon d’aütres, une conclusion serait un contre-sens, dans un dialogue composé à l'imitation, non des entretiens de Socrate, mais des écrits de l’école d’Elée : du moins faut-il alors établir une exception pour le poème de Parménide.

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