CONCLUSION
Ma démonstration s’achève. On sait maintenant d’un côté, sur quelles considérations intrinsèques et extrinsèques elle s’appuie ; de l’autre, quelles autorités on peut alléguer en faveur de la thèse contraire. L’opposition de l’éléatisme’ et du platonisme, les défauts de la mise en | scène, le rôle assigné aux divers personnages, l’aridité de la diction, les objections soulevées contre les Idées, la méthode tracée par le philosophe éléate, l’argumentation j incompréhensible destinée à en être l’application, le caractère sceptique de la conclusion, l’absence de tout témoignage historique irrécusable, — telles sont les prin- | cipales preuves tour-à-tour invoquées contre l’authenticité \ du Parménide, protégée par une tradition qui n’a vraiment d’autrp force que celle qu’elle tire de sa perpé- , tuité.
Je ne pouvais avoir d’autre ambition que celle d’ètre
CONCLÜSION.
exact : peut-être me rendra-t-on le témoignage de n’avoir rien négligé pour faire entrer dans ce travail tous les éléments de nature à éclairer la discussion. Sans doute en présence d’opinions rivales, soutenues par des savants d’un égal renom, le premier sentiment qu’on éprouve est un embarras bien naturel, lorsque vient s’y ajouter la conscience de sa propre insuffisance : mais si, comme le disait Raoul-Rochette, le doute dans la difficulté du choix est encore préférable à l’erreur, la critique n’en a pas moins le devoir, à travers tous les obstacles, de tendre résolument à la vérité.
Dans cette longue réfutation d’une opinion fortement accréditée, certains développements, à une première lecture, courent risque de paraître inopportuns ou superflus ; osant contredire de grandes autorités, j’ai dû entourer ma conviction de toutes les raisons capables de lui rallier des suffrages. Voulût-on prétendre que, pris à part, chaque argument ne constitue en faveur de ma thèse qu’une présomption relative, on devra cependant m’accorder que de leur ensemble résulte une confirmation assez complète et assez imposante : comme ces dards de la fable, qui, isolés, se rompaient sans peine, mais dont le faisceau résiste à tous les efforts.
Enfin, si sur certains points obscurs on refuse de me trouver assez explicite, je répondrai que le rôle du critique, surtout lorsqu’il s’ agit d’un passé reculé, est d’étudier et de contrôler les faits, non de combler par des conjectures arbitraires les lacunes même les plus regrettables dans la continuité des traditions. Dans l’histoire philosophique comme dans l’histoire politique, dès que l’examen d’une question controversée conduit à des résultats tels que l’hésitation ne paraît plus permise, il y a quelque injustice à exiger du