‹ De l'autoplastieChapitre 11 sur 27 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Sphère d'application de l'autoplastie.

îl est absolument impossible, dans l'état actuel de

la SGiéîifce, de poser des bornes à la chirurgie sous le rapport de l'autoplastie ; cette opération est beaucoup trop voisine de l'état d'imperfection dans lequel nous l'avons reçue de nos devanciers, pour qu'on puisse se permettre encore une opinion bien arrêtée sous ce rapport. L'avenir est presque tout pour elle , quoiqu'elle donne déjà les plus belles espérances, et que ses applications deviennent de jour en jour plus étendues et plus importantes.

Les cas sont nombreux , en effet , dans lesquels la chirurgie plastique doit être appliquée, et peut rendre de signalés services; les grandes plaies avec perte de substance, qu'elles résultent d'un accident ou d'une opération; la destruction des parties par la gangrène, par la brûlure, par les ulcères phagédéniques de diverses sortes ; les cicatrices vicieuses qui succèdent parfois à ces lésions variées, lui en fournissent tous les jours l'occasion.

L'autoplastie a particulièrement mission de remédier à certains vices de conformation naturels ou acquis de nos parties. Les vices de conformation congénitaux y donnent plus rarement lieu que les autres; toutefois, ceux du nez, de la lèvre supérieure, de la voûte du palais, etc., en ont déjà éprouvé les bienfaits.

Dans ces derniers temps , en Angleterre , A. Cooper et Earle , en France , Delpech et MM. les professeurs Roux et Velpeau , ont encore

appliqué l'autoplastie à la cure des conduits iistuleux anciens , tandisque plus récemment un jeune chirurgien fort habile et fort consciencieux, M. le docteur Martinet de la Creuse, vient encore d'ajouter à la liste des cas dans lesquels il convient de mettre en usage l'opération qui nous occupe, en la chargeant de fournir les chairs destinées à fermer la plaie qui résulte de l'ablation des cancers. M. Martinet croit , en effet , que cette pratique est le plus sur moyen de prévenir la récidive de cette fâcheuse maladie. Je ne fais que signaler ici cette donnée nouvelle de l'autoplastie ; j'y reviendrai avec des détails suffisans dans l'appréciation de l'importance clinique des faits qui font le sujet de ce travail.

Mais tous les cas ne réclament pas l'autoplastie d'une manière également pressante; il en est pour lesquels son application doit être presque immédiate , sous peine d'un dommage très-grand pour le malade ; il en est d'autres, au contraire, dans lesquels l'opération peut, àlarigueur, être différée d'une manière indéfinie , ou me me considérée comme une sorte de luxe : ainsi l'absence complète de toute la lèvre inférieure cause une perte continuelle de fluide salivaire, à laquelle il est nécessaire de mettre proinptement des bornes,pour empêcher la gêne des digestions, l'affaiblissement graduel ,1a mort même du malade ; ainsi l'absence de la paupière inférieure, ou seulement son renversement forcé en dehors par des brides tiès-

courtes, entraineraientpromptement l'inflammation, l'ulcération et la destruction du globe oculaire, sans le secours de l'autoplastie ; tandis qu'au contraire l'absence du lobule de l'oreille et certaines mutilations peu considérables du nez permettent une temporisation aussi longue qu'on le veut.

Le mérite de la correction des difformités les plus simples par L'autoplastie n'est pas apprécié de la même manière par tout le monde: ceux-ci y attachent une grande importance j ceux-là la considèrent comme chose de luxe en quelque sorte, ainsi que je l'ai dit en commençant. Aussi , lorsque l'art est appelé à décider quelle conduite on doit tenir dans oes cas., le chirurgien consciencieux doit -il se borner à faire connaître au malade ce que l'autoplastie peut pour sa guérison, l'avantage qu'il en retirera , et le laisser ensuite seul juge de son opportunité et du moment de la faire pratiquer. On aurait, en effet , trop de reproches à se faire si , après y avoir poussé le malade on voyait survenir quelques-uns des graves accidens qui compliquent parfois les opérations les plus simples et les mieux indiquées ; on ne pourrait invoquer la nécessité pour excuse , comme dans ces circonstances.

jQuoiqu'ilen soit, quand on pratique l'autoplastie pour une difformité ancienne, dont les bords sont dès long-temps cicatrisés, on peut choisir le moment de l'exécuter, dans les limites pourtant que j*ai

précédemment indiquées, pour certains cas dans lesquels le salut du malade ou la conservation de quelques-uns de ses organes sont prochainement en danger. Mais lorsqu'il s'agit d'une plaie récente, encore dans un état de cruentation, il faut pratiquer la restauration le'plus promptement possible, après avoir cependant attendu , pour mettre les parties dans leurs rapports nouveaux , que l'écoulement du sang ait cessé} autrement une couche de ce fluide pourrait s'interposer entre les chaires et empêcher leur agglutination. DiefFenbach attribue les succès obtenus dans certains cas de séparation complète des parties, au retard forcé apporté le plus souvent par les circonstances au rapprochement. On a préféré même quelque fois attendre l'époque de la suppuration pour opérer la synthèse, comme on le verra plus tard pour les cas de M. Martinet, et comme le témoigne l'observation suivante extraite de la pratique de M Graëfe.

Observation. Un homme âgé de vingt ans, robuste, d'une parfaite santé, d'une famille distinguée avait fait ses études à Heidelberg. Dans un duel qui eut lieu au mois de juin 1823, un coup de sabre lui emporta la partie antérieure du nez, de manière que toute sa partie cartilagineuse, depuis l'os jusqu'à l'aile droite, et une partie delà lèvre supérieure, jusque vers le milieu'de la joue? tombèrent, à terre, -

La plaie étant grande, il y eut une perte de sang assez considérable ; le lambeau du nez ramassé dans le sable, fut lavé et rattaché par un chirurgien, la plaie pansée et couverte de linge trempé dans du vin chaud. Le morceau ne reprit pas et tomba en pourriture. Du reste la plaie guérit , mais la cicatrice, en se formant, laissa une affreuse difformité; le jeune homme se crut perdu, il fuyait toute société. Ainsi s'écoula une année; alors il prit la résolution de subir une opération pour la reformation d'un nez aux dépens de la peau du bras. Cette opération fut entreprise par le professeur Ghelius, seulement le 3o novembre 1824.

Cette opération n'eut pas de succès ; dès le premier jour, la partie libre du lambeau de peau du bras gauche avait été fixée au moyen de points de suture; mais les bords de la plaie étaient trop distendus, le pansement ne tint pas.

Le septième jour, après le lever de l'appareil, le lambeau n'adhérait solidement qu'en haut ; mais, comme il n'avait pris nulle part ailleurs, on le détacha jet on le remit sur le bras, où il reprit rapidement.

; La difformité primitive resta sans changement , toutefois le malade prétendait que l'opération avait produit quelqu'aniélioration, parce que les parties osseuses dénudées s'étaient recouvertes depuis l'opération d'une membrane mince.

Ce jeune homme vint, au mois d'août i8a5, à Berlin, pour se confier aux soins de M. Graëfe.

Le résultat devait paraître d'autant plus douteux ici, que deux essais avaient déjà été tentés sans succès, et qu'une peau calleuse, transparente, de la consistance d'une écaille d'œuf, et parsemée de petits vaisseaux couvrait les bords osseux.

M. Graëfe trouva aussi chez cet homme une peau généralement très-épaisse, ce qui arrive chez tous les hommes fortement constitués; le contraire a lieu chez les personnes faibles ou les femmes.

L'opération pour être dirigée avec sûreté devait être divisée en [plusieurs parties, et marcher lentement.

Il fut ordonné au malade un bon régime, des bains et l'usage de l'eau de Seltz.

Le point de la peau désigné sur le bras pour servir à la formation du nez, fut entretenu dans un état d'irritation prolongée par des frictions d'huile éthérée; cette partie gagna en épaisseur, élasticité et flexibilité jusqu'au premier temps de l'opération. Sans doute cette action dynamique et mécanique entretint la disposition plastique de celte partie organique; sans doute elle contribua au succès de l'opération. Un bandage fut aussi ai rangé pendant ce temps d'après le corps du malade, et appliqué pendant plusieurs jours [et pendant plusieurs nuits, afin de le préparer à la position forcée qu'il devait garder.

Je dois encore faire cette remarque , que le mutilé* a montré un courage , une fermeté et une présence d'esprit remarquables durant tout le temps de cette douloureuse et pénible opération.

Première partiede F opération. — Le 22 juin i8s5, une section d'environ deux pouces et demi de large et de plus de trois pouces de long, fut faite par deux coupes longitudinales à la face interne de l'avant-bras jusqu'aux muscles; des ligatures furent faites aux artères intéressées, la peau fut bien séparée des muscles avec les doigts , et on passa sous elle un séton de la largeur de la plaie. Pendant d.ix jours on suivait un traitement comme pour un séton, et la plaie donnait du pus qui avait une odeur fétide.

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