CINQUIÈME PARTIE
Traitement nécessaire après l'opération de V autoplastie .
Les premiers soins du chirurgien, lorsque l'opération plastique vient d'être terminée, doivent être dirigés vers la partie de laquelle le lambeau a été extrait. Une plaie, d'une étendue variable, existe en ce point ; si ses bords sont très mobiles, surtout s'ils sont peu écartés, on doit en opérer la réunion immédiate, *au moyen de la suture, dans le plus grand nombre des cas; mais, pour peu que Ton éprouve de difficultés dans cette synthèse, je suis d'avis qu'on y renonce, et qu'on attende la suppuration. L'opération de l'autoplastie, en effet, est toujours assez longue, assez douloureuse, assez irritante pour le malade, par conséquent il ne faut pas augmenter la grande disposition de celui-ci aux accidens nerveux et inflammatoires par la traction violente des lèvres de la plaie. C'est particulièrement après la rhinoplastie que cette conduite prudente me paraît indiquée; le voisinage du cerveau, la largeur de la plaie frontale, la difficulté avec laquelle on fait glisser les parties molles de cette région, tout en fait une loi à mes yeux. Qu'on ne croie pas d'ailleurs que la cicatrice que l'on obtient
de la sorte, en ce point, soit beaucoup plus large que celle des malades dont la plaie a été rapprochée autant que possible. Je n'ai pas trouvé à cet égard la plus petite différence sur les malades que j'ai examinés comparativement.
Tous les praticiens cependant ne partagent pas l'opinion que je viens d'émettre relativement à la réunion de la plaie qui résulte de l'ablation du lambeau autoplastique. M. Dieffenbach, en particulier, prescrit d'en opérer constamment la réunion ; et dans le cas de la plaie frontale que je citais il y a un instant, si les moyens ordinaires de synthèse ne lui réussissent pas, il pratique sur les tempes deux incisions parallèles à la direction de la plaie, de manière à favoriser le rapprochement de celle-ci.
Quoi qu'il en soit, la plaie qui résulte de l'autopîastie doit être traitée comme une plaie simple : quelques piumasseaux ou linges enduits de cérat , ou mieux encore des compresses imbibées d'eau froide, seront appliqués sur ses bords ; le tout maintenu par un appareil peu serré. Le malade devra être tenu à la diète et mis à l'usage de boissons adoucissantes et antispasmodiques, indépendamment des soins et précautions -particulières qui pou ront être nécessités par l'espèce d'autoplastie qui aura été pratiquée.
Après la réunion de la plaie et la détermination du régime que le malade doit suivre, c'est le lambeau lui-même qui réclame toute l'attention du
i84 chirurgien. Immédiatement après sa séparation, il pâlit, s'affaisse et devient froid; mais bientôt à cette pâleur succède une teinte légèrement violacée ; une sorte de gonflement œdémateux se manifeste et la chaleur reparaît. II est évident , en un mot, qu'une grande perturbation à été produite dans la circulation de celte partie ; que d'abord il va eu défaut d'arrivée du sang, et qu'ensuite c'est plutôt son retour qui a été gêné.
Dans le premier moment, on doit demeurer simple spectateur des phénomènes; mais lorsque la chaleur a reparu dans le lambeau, et que les signes de l'arrivée du sang y sont manifestes, il faut commencer les applications d'eau froide ; elles agissent en stimulant doucement le système capillaire frappé d'atonie par défaut d'influx nerveux, et l'aident à se débarrasser du sang qui l'engorge. La chaleur et les stirnulans agiraient sur le lambeau comme sur une partie engourdie par le froid , ils détermineraient un engorgement plus grand du système capillaire, et la gangrène dans un certain nombre de cas.
Lorsque, après quelques heures, le lambeau reste gonûé et bleuâtre, au lieu de revenir d'une couleur rosée intense, il est bon de faire l'application de quelques sangsues vers ses parties les plus excentriques ; on obtient par là un dégorgement très avantageux. Sur un petit garçon auquel j'avais pratiqué î'autopîastiê geïiïeûtiû k l'hôpital delà Pitiés @fc eta laquelle tattibëatl) resté
i85 bleuâtre long-temps après l'opération , paraissait devoir se gangrener, deux sangsues, répétées à deux reprises différentes, suffirent pour dégorger le lambeau et pour le rétablir dans son état normal.
MM. Dieffenbach et Lisfranc ont particulièrement vanté le dégorgement du lambeau par le moyen qui vient d'être indiqué ; et l'on doit d'autant moins hésiter d'y avoir recours, que son emploi ne saurait jamais causer le plus petit accident.
Il est inutile de dire que d'abord le lambeau doit être laissé libre de toute compression, surtout vers son pédicule. Mais lorsque les premiers jours sont écoulés, et que toute crainte de mortification est dissipée, une lëgère compression sur le lambeau est nécessaire pour l'empêcher de se recoquiller, et aussi pour effacer la saillie qui résulte de la rotation qui a été imprimée à son pédicule. Cette compression doit être continuée pendant tout le temps que s'accomplit le travail de la cicatrisation, et même au-delà , parce que , comme on le sait, le tissu de la cicatrice conserve long-temps sa rétractilité.
C'est vers le troisième ou le quatrième jour qu'on enlève les points de suture; à cette époque , un bandage contentif devient nécessaire pour soutenir les adhérences encore molles des parties et pour fixer les pièces de l'appareil.
Le traitement de la plaie du lambeau ne présente aucune indication particulière; c'est celui des plaies avec perte de substance.