‹ De l'autoplastieChapitre 4 sur 27 · DEUXIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PÉRIODE

D'Hippocrate à Paul d'Egine, 63&ans ap. J.-C^

Dans cette période, qui n'embrasse pas moins.de

1066 ans, Pautoplastie a été ébauchée, mais certes

on était loin de prévoir alors les brillantes destinées

que l'avenir lui réservait. Lespremiers essaisfurent

..si grossiers, si imparfaits, si bornés; les descrip-

, tionsque les auteurs de cette époquenous ont laissées

sont si peu claires, que crueîques personnes doutent

encore aujourd'hui qiVils aient réellement entendu

parler de procédés antoplastiques. Cependant nous

pensons nous qu'on a été injuste à leur égard, et que

c'est bien de Tautoplastie qu'ils ont positivementfait.

Le premier écrivain qui parle de la manière

i8 de réparer la perte de certaines parties du corps est Celse, mais le passage où il en est question a été l'objet de plusieurs interprétations différentes, et pour mettre le lecteur à même d'en mieux juger par lui-même, nous allons le citer tout entier. Celse dit en effet (lib. VII. cap. IX.) « Gurtà igitur in liis » tribus , si qua parva sunt, curari possunt : si qua » majora sunt, aut non recipiunt curationem, aut ità » per hanc ipsam deformantur, ut minus indecora

» antè fuerint Ratio curationis hujusmodi est :

» id quod curtum est in quadratum redigere ; ab in- » terioribus ejus anguîislineas transversas incidere, » quse citeriorem partem ab ulteriore ex toto didu- » cant; deindè ea quae sic resolvimus, in unum ad- » ducere. Si non satis junguntur, ultra lineas , quas )) antè fecimus , alias duas lunatas et ad plagam » conversas immittere, quibus summa tantùm cutis » deducatur:sicenimfit,ut faciliùs, quodadducitur » sequi possit... interdùmtamen ab altéra parte cutis » haud omninôadducta deformem,quem reliquitlo- » cum,reddit. Hujusmodi loci altéra pars incidenda; « altéra intactahabenda est..... utrinque autem pe- )) temus, si quid summis auribus,si quid imis, si quid » aut medio naso 0 aut mediis naribus , aut mediis » labris décrit : eadem ratio curandi est. Si cartilago » in eo quod incisum est, eminet, excidenda est; ne- » que enim aut glutinatur aut acu tuto trajicitur. » Neque longé tamen excidi débet , ne inter duas » oras liberae cutis utrinque coctus pus fieri possit. » "Tùm junctse erse inter se suendse sunt, etc. »

Il résulte clairement de ce passage que Gelse a voulu dire que, pour guérir les difformités avec perte de substance du nez et des lèvres en particulier, il fallait de chaque côté tailler un lambeau de forme carrée , le séparer de la peau voisine à l'aide d'une incision semi-lunaire, et le réunir sur la ligne médiane par d3s points de suture. Ce procédé de Gelse pour le nez n'est, à peu de chose près, que celui dont M. Larrey se porte encore aujourd'hui le défenseur. Il est évident aussi que Sprengel sa trompe en avançant que par le mot curta, Celse n'a voulu parler que des fentes dont on peut procurer l'oblitération en réunissant leurs bords : au surplus, le texte de Galien et de Paul d'Égine qu'il invoque aussi est précisément contraire à cette interprétation .

Au chapitre XVI du livre 14, ayant pour titre : De rejîciendis corporibus eœtenuatis , ac j^estituendis partibus quœ deficiunt, Galien donne ainsi la de'fînition du mot cuHa : « ità vocant quce in labiis aut narium alis aut aure deficiunt. » Or ce dernier mot exprime une perte de substance , et non une simple fente, comme celle qui a lieu pour le bec de lièvre par exemple. Galien, pour remédier à cette affection , conseille du reste le même procédé que Gelse, seulement il est loin d'être aussi explicite que ce dernier.

Dans le même chapitre , Galien parle des moyens de réparer l'absence du prépuce ; voici comment il s'exprime : « interdùm in supernâ pudendi parte, » eiFeulo incisa cute, quo videlieet ejus unitate so«

)) lutâ , latenùs deorsùm trahatur quoad' glandem )) totam codperiat. )) Par un autre procédé, il conseille d'inciser la peau autour de la base du gland , de la tirer et de la réunir ensuite, quand cet organe en est bien recouvert, et il ajoute : «Ac deindé m molli quopiam deligata. » Ces deux procédés pour faire un prépuce se rapportent évidemment à l'autoplastie , puisque la peau est incisée et transportée à la faveur de sa grande laxité à une place différente de celle qu'elle occupait avant l'opération. Je ferai remarquer aussi que Galien parle de ces faits dans le même chapitre curtornm\ or j'ajouterai, contre l'opinion de Sprengel et même de Graëfe (car tous deux ont interprété de la même manière le mot curtd)^ que dans ce dernier cas le prépuce ne présente pas seulement une fente ( jtoXo'&opcTa ) , mais une absence plus ou moins complète. Je dois dire pourtant qu'à l'article cancer des lèvres, Galien conseille tout simplement d'amputer le mal , sans indiquer le traitement ultérieur , ni le moyen de réparer la perte de substance dans le cas où l'étendue de ce mal aurait nécessité une trop grande ablation.

Du reste, dans cette longue période , les contemporains* de Celse, Soranus } Héliodore, Moschion même , n'ont rien dit de particulier sur le sujet qui nous occupe, et ont copié le médecin des athlètes de Pergame, comme les contemporains de Galien ont copié ce dernier.

Pauld'Ëgine, qui a terminé si honorablement la chirurgie grecque, et dont nous avons parcouru avec

ai soin l'ouvrage tout entier, traduit du texte grec en 1 54o par Pierre Tolet de Lyon, Paul d'Égine, disons nous, ne parle nullement, quoi qu'en dise Sprcngel, de la manière de réparer les pertes des lèvres et des oreilles, pas plus que celles du nez. Il raconte seulement avec détail la description que nous venons de donner de Galien pour la formation du prépuce, et il rapporte à Antylus l'invention du procédé. Aulcunes foys , dit-il , par dessoubs le cercle dudtt balanum , viennent à ramener le cuii\ faisant division, avec le scapelle, du cuir vers l'intérieure partie du membre et es tendent la dicte peau oultre le gland. Du reste, Paul d'Égine blâme avec raison cette opération et la trouve parfaitement inutile.

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