XV, 6, S
(4) I, aa,5.
(5) ^/if.XIX,7.
(6) Guerre jud, I , a r , 4 .
(7) Ant, XV, 9, S 3.
(8) Ant. XV, 3,1.
Josèpbe (1) , a tort de le taxer de crédulité ; jamais historien ne fut moins crédule que lui. Le juif Pineda se rapproche davantage du vrai , quand il dit que Josèphe a « composé et arrangé son histoire pour les païens, qui n'en a auraient pas accepté une autre (2] . » Mais ces deux opinions sont aussi incomplètes que la diatribe d'Âbrabanel. D'autres motifs à la fois plus élevés et plus divers avaient présidé à la composition de ses œuvres. Nous avons essayé de les indiquer.
Dès le début des Antiquités^ il efface l'anthropomorphisme judaïque et omet ces mots importants : Dieu fit l'homme à son image; il dit seulement : Dieu forma F homme (3) . C'est mal remplir la promesse qu'il vient de faire , de conserver exactement les mots , le sens et l'ordre des Écritures Saintes , d'apporter à ce travail une fidélité extrême , de ne rien ajouter et de ne rien omettre (k). Il a beaucoup ajouté et beaucoup omis. Après avoir fait disparaître celte présence matérielle de Dieu, gloire , terreur et espérance des Israélites , il détruit , dès l'origine , Tiso* lement judaïque; il prétend qu'Abraham voulut aller en Egypte pour y étudier la religion de ses prêtres (5] ; il affirme
(x) Non de industriâ mendax , sed improvidè credulus. X P. Brinch. Exa' . tnfn hUtoriœ Jos^pJù, Ad calcem).
(a) Quia aliter credere nolebant. Notes sur Etienne de Bjfsance^ p. 766.
(3) ËirXaa&v h @eoç tov àvdpcdTrov. I, xi, § a.
(4) Ti [jLgv o5v obcpiê-îi T«v êv Taîç àva-Ypatcpoïç wpïoiwv é Xo-yoç xarà ttiv oîxetav Toc^iv ovjpLavfiT... cù^sv TrpoodEiç, où^'au TrapoXtTrcdv.
(5) Twv Upsfdv flbcpoaTinç eaofxevoç, «v Xe-ifciW Tcepi 08Ûv... I , vxii, § i.
que Moïse protesta de sa vénération pour les philosophes étrangers (1) ; il va jusqu'à détruire cette hostilité contre les rites des autres peuples, la plus juste et la mieux prouvée des accusations intentées contre les Israélites. Josèphe insère , dans le Deutéronome, l'injonction divine de ne point blasphémer les Dieux étrangers et de ne pas piller leurs temples (2) ; il revient encore sur ce mensonge fondamental dans son livre contre Apion (3) . Il sait bien cependant que Dieu commandait aux Juifs la destruction des idoles et des temples (4) , et que toute l'institution jadaïque était fondée sur l'isolement de la race. Mais, comme le dit l'abbé Anselme (5] , il avait les Romains sous les yeux, et songeait à leur plaire.
Une analogie , même éloignée , semble-t-elle se présenter à lui entre un miracle biblique et un événement ou un fait païens, il saisit avidement cette analogie. C'est ainsi qu'il fait chanter à Moïse un cantique en vers hexamètres (6) , confond le passage de la mer Rouge avec celui de la mer de Pamphylie par les troupes d'Alexandre , disant que Dieu
(i) Ou ^*aM< fiiv... Tûv AiifUirricDV aotfiaç xaTAçpovèi)... II , xiii , 3.
(a) BXaaçvifJkilTo ^e fxvi^tic Bcouç otç 9ro>^ic dUXou vo{i.t^ouat... [tii 9uXav Upà Çivixà... rV, Yiii, to.
(3) Mm pXa99iipi.tîv Toi»{ vofAtlIofiiivouc Seouc irop' Inpoic... T. II, p* 1077, cd. Havercamp.
(4) Paralipom. ao , 9.
(5) Mémoires sur les premiers monumeots, etc., Mdm, de TAc. des Inscr., t. VI, p. 9.
(6) Ëv i(«iaTptt Tovfi»... Aot. jud., II, xvx, § 4.
qui a permis Tun a bien pa permettre Tautre (1) ; attribue au grand-prètre Mathathias au discours tout stoïque , qui semble emprunté à Zenon ou Gaméade (2) , et cherche à faire passer pour authentiques deux prétendus décrets de Claude , qui accordent aux Juifs, alors si méprisés, des pri^ yiléges considérables : falsifications dont l'audace paraît extraordinaire.
A la tète de Tun de ces faux documents , Claude , qui ne prit jamais le titre d^empereur^ selon Suétone, se déclare empereur (3). Il se dit ensuite consul pour la quatrième fois , tandis qu'il n'était consul que pour la troisième fois, et il cite enfin, dans le corps de l'édit, contre toute coutume, le noms des porteurs du message (&) . L'autre document (5) attribue aux Juifs le droit de cité dans toutes les villes de l'empire , ce qui les aurait constitués citoyens de Rome : Rome les chassa cependant en masse. On voit ainsi se manifester partout , chez Josèphe , le désir ardent de relever la condition des Israélites, en les assimilant aux Romains, de les introduire au sein de la civilisation romaine, de les présenter comme frères des païens , et de faire oublier l'antipathie religieuse qui avait causé leur perte. Le but de l'homme politique est évident; que dire de rhistorien qui opère cette grande fraude historique?
(z) Id, ib, II, zii, S a.
(a)/j. ;*. Xn,vi,S3.
(3) Pnenomine imperatoris abstinuit... Suet. Glaud.
(4) Ant. jud., ib, XX , x, § a.
(5) Ant. jud., ib* XIX, vz , a.
Ainsi s*évanoait, sous Thabileté de Josèphe, le mystère de la race juive et ce que les païens appelaient (1) son énorme impiété ; car elle était impie à leurs yeux. Josèphe ne veut plus a que les autres peuples haïssent la Judée ; « comme ennemie de la divinité que ces peuples adorent ; » il le dit expressément (2).
A la fin de ses Antiquités, il annonce qu'il complétera un jour son œuvre , et qu'il éclaircira tous les doutes relatifs aux rites des Juifs , à leur abstinence de certains mets et à leurs coutumes (3) ; c'est-à-dire qu'il ramènera ces coutumes nationales aux idées romaines. C'est le but de tous ses écrits ; long commentaire destiné à vaincre l'antipathie et le mépris de Rome , en captant sa bienveillance et son estime. Ce compromis systématique est l'œuvre non seulement d'un courtisan qui, ne pouvant s'abjurer, se transr forme; qui étouffe sa voix quand elle déplaît, et cache sa pensée quand elle blesse; mais aussi d'un diplomate habile , et qui cherche à se confondre avec ceux qui l'ont vaincu.
Il est vrai que , dans les temps modernes , on a essayé d'effacer encore ce caractère primitif des institutions de Moïse (k). «L'idée paradoxale de composer un conunen-
(i) Grande impiaB gentis arcanum... Floriu.
(a) ...«. TiQV Trpbc 'h^i-àç àKiyfiuw , ^v , àç éi&^auXtl^ovTttY :qu.&v tô 6eTov ékip aÛTol oéêctv frpo^Yivrai, ^laTrreXsxaotv lax^ixore;. Ant. jud. , 1. III, vu, 7 .
(3) XX, § dernier.
(4) HUtoire des Institutions de Moïse , par M. Salvador. Paris, 1829.
c taire libéral et constitutionnel dans le sens américain » « sur une législation asiatique , ne pouvait , dit un autre « Israélite (1), venir qu'à un homme d'esprit , et être exé- « cutée que par un écrivain de talent, d Si l'on s'en tenait en effet aux passages habilement rapprochés par l'écrivain du XIX* siècle , et à ses ingénieux commentaires , toute la philosophie moderne, sa vaste charité, son indulgence énervée, appartiendraient à Moïs^; et ce redoutable législateur qui a dit aux hébreux : « Vous ne ferez pas grâce (2) « aux Amalécites; » serait un philanthrope aussi éclairé que Voltaire. Mais cette hypothèse n'a rien de vraisemblable. Les Hébreux, supérieurs par leur dogme à tout ce qui les environnait , avaient cette supériorité qui offense , cet orgueil qui irrite ; et ils étaient faibles. Si la race juive, comme un soldat indomptable et châtié , « a passé par les verges , à travers toute l'histoire , » comme le dit avec éloquence et justesse un autre historien Israélite (3) moderne, c'est qu'elle a professé dès l'origine cet isolement que les peuples ne pardonnent pas et que Josèphe veut faire oublier. Dépositaire farouche de la grande idée, l'unité de Dieu, elle a conservé avec une opiniâtre constance ce trésor inviolable; elle s'en est enorgueillie, et, trop faible pour soutenir les prétentions de sa fierté , elle a irrité et
(i) Kotet sur t Election du peuple juif, par M. 8. Monk. Bible trad. parCahen,t. IX, p. 79.
(a) Dentér. XXV, 17, x8, 19.
(3) Léon Haléry. Résumé de l'Histoire des Juifs,
anné le inonde. « Le peuple dlsraël , dit le Deutéronome , c est un peuple de choix... supérieur à tous les autres (1} . » La haine de l'étranger est son principal caractère. Moïse gradue comme il suit Tantipathie sacrée des Israélites contre les autres peuples : ils doivent haïr, l"* les Amalécites ; 3° les Chananéens ; 3* les Ammonites et les Moabites ; ï<> les Égyptiens , et enfin les Ëdomites. « Sois béni , répètent a encore aujourd'hui, dans leurs prières , les Hébreux fidèles « à la loi , Dieu qui as choisi ton peuple avec amour !... Toi a qui ne nous a pas faits comme les autres. » Le Talmud va plus loin : on y lit ces paroles : aVunivers n^a été fait que pour a les Juifs (2). x> — a Nulle nation , dit le Deutéronome^ n'a c son Dieu aussi proche , et nous l'invoquons pour toutes « choses (3). » — L'imprécation et l'anathème contre les nations que Dieu n'a pas choisies retentissent dans Isaïe , dans les Psaumes de David et dans les Machabées, Pour la première fois , l'apôtre Paul vint proclamer, d'après le Christ , la fraternité humaine : a Entre le Juif et le Grec, dit-il, il « n'y a point de diflérence [k). x> Mais de son vivant même et du temps de Josèphe, on lisait sous les portiques du Temple les malédictions d'Isaïe contre l'étranger, son culte, ses mœurs et ses idoles. Dans les Machabées , mêmes ana-
(i) Deutér., cb. zzti, v. i8, 19.
(9) Isaïe, trad de Cahen, p. 69. Notes.
(3) Dealer., ch. iv , v. 6 et 7,
(4) 06 «jfàp êoTt haoTokh iou^Aiou t& xol ÈXXiqvoç. Ep. aux Romains, ch. X»T. i%f i3.
thèmes : « Moi , passer aux coatames étrangères (1) ; s'écrie (c Ëléazar I j*aime mieux la mort. Je ne veux point trahir la <K loi nationale (2). d
C'est une curieuse étude que celle de la transformation subie par les deux livres des Machabées sous la plume de Josèphe. Il les change en héros stoïques ; il ne laisse pas trace de cet invincible attachement aux mœurs judaïques qui fait le fonds du récit ; il efface complètement ce fanatisme indomptable, pour ne laisser paraître que la force mo« raie dans les supplices , et se mêler ainsi aux déclamateurs païens, a C'est un thème très-philosophique (3) que je soua tiens , » dit-il au commencement de son ouvrage ; et ce thème , un peu moins éloquent que les amplifications de Sénèque sur a la souveraineté de la raison (&•) , )> contredit formellement les idées et les principes de l'hébraïsme : c'est un contre-sens moral dont Josèphe connaît la portée. Les Machabées et leur mère n'obéissent plus à Jéhovah et à Moïse; ils songent seulement à la sagesse stoïque, à reù^oyKTTia, à là volonté raisonnable, que Cicéron a si bien décrite, d'après Carnéade (5). Ce n'est point une volonté raisonnable de se refuser obstinément à manger de la chair
(i)Mach. II, VI, V. a4.
(a) Mon magis quam patrisB leges praevaricare. Macch,^ n, txii v. s.
(3) *IA020*nTAT0N AOrON. . .
(4) Hepi aOTOJcpocTOpoç Xo^afioû.
(5) Bo6Xiq<nç... ^peÇiç sSXo^oç... Yolantas quae aliquid com radone desiderat. Tuscul. IV, 6.
de porc* Ëléazar et les Machabées , dans le récit original , veulent rester fidèles aux lois de Diea , « Dei leges (1) ; d ils ne veulent point abandonner les coutumes nationales (2). « A quatre-vingt-dix ans , s*écrie Ëléazar, je ne passerai « point aux coutumes étrangères (3). » Josèphe lui attribue une longue harangue explicative , et lui (aitf dire « qu'un « bon citoyen doit respecter la loi dans les petites conune « dans les grandes choses. » Cet appareil de subtilités n'a aucune analogie avec le texte ; les frères Madiabées ne prétendent point remporter les palmes de la vertu (4), mais ib craignent de devenir Grecs , et d'abjurer leur patrie en mangeant des viandes prohibées (5). Dieu les voit ; Dieu les consolera (6) s'ils succombent. C'est la patrie qu'ils croientdéfendre. Leur mère , pour les encourager, leur parle en hébreu et leur rappelle que Jéhovah est plus grand que les rois terrestres (7). C'est le monothéisme qui lui inspire ce mouvement sublime : « Je ne suis pas votre mère ; je ne sais cornai ment vous avez paru dans mon ventre; mais celui qui a vous a créé , qui a fait vos nerfs et vos muscles , c'est le a Créateur du monde , et on vous ordonne de l'abju-
(i) Macbabées, n , t. i i.
(a) Ml*. VII, ▼. a.
(3)/J. i^.TI.v. a4.
(4) Id. ib.
(5) Carnes porcinas. Mack, n, ¥. a.
(6] Deus oonsolabitur. Id. ib, "VU, ▼. 6.
(7) Patrià voce. Id, ib, v. 8.
rer (1). » Aa liea de cette alIocatiOD terriblei Josèphe invoque la raison abstraite, la sagesse métaphysique, le système philosophique. « Je ne te démentirai pas , loi souveraine ; je ne te a repousserai pas, abstinence chérie ; je ne te déshonorerai a pas, raison philosophique (2) I » A la un de cette belle déclamation, Josèphe s'écrie encore : a raison , maltresse «( des passions (3) I » En vain voudrait-on enlever à Josèphe l'honneur de cette amplification ou écrite ou commandée par lui. C'est toute sa méthode ordinaire ; le roman mêlé à l'histoire ; des détails puérils, une description circonstanciée des tortures infligées aux Machabées, de longs discours placés dans la bouche de diacun des personnages. C'est ainsi qu'il traduit toujours, à l'usage des Romains, et toujours en le trahissant, le génie de sa nation.
Je ne pense pas que toutes les additions et tous les changements introduits par Josèphe dans ses Antiquités aient eu pour origine cet intérêt politique. La recherche de l'élégance, l'imitation des Grecs, la crainte de donner prise à la , raillerie par l'exacte reproduction de la brièveté biblique, peut^tre l'admission des commentaires des docteurs et des gloses populaires; mais surtout les libres paraphrases de ses
(i) Nec spiritum donayi voha et animam ;... sed miindi creator. Id, ib, V. aa, «3.
(a) Où ^tùaoïuax ac, irou^euTà vo'pbc, cù^' i^op.oOfAou ae, 91X11 l'^xpàreta, (3) h Xo^apbi , Tupawt irocOwv. Id, ib % XT.
eollaboratenrs (1) ont concoaru à cet ensemble romanesque. Un des écrivains les plus judicieux de rAngieterre actuelle observe avec raison que l'emploi des ornements affectés et le luxe des détails inutiles prouvent le peu de sérieux de Thistorien ou de l'orateur (2). Josèphe en est rempli. Samuel Bochart , Leydecker, Le Clerc , dom Galmet , le P. Gillety se plaignent sans cesse de ces altérations, a On ne peut savoir, dit Bochart, pour quelle raison il s'éa carte si souvent du texte sacré, » C'est que Josèphe veut composer un livre agréable. 11 n'a pas d'autre raison que Yarillas ou le P. Berruyer, pour imaginer ou adopter un roman sur Caîn , a chef de brigands , inventeur des poids * a et mesures (3) ; » sur les a connaissances stratégiques » de Jacob disposant son arrière-garde et son avant-garde , pour aller à la rencontre de son frère (&•] ; sur la jeunesse de Moïse, dont il fait, longtemps avant l'auteur de Moïse sauvé (5) , une pastorale élégante (6) ; sur les trésors incal-
(i) Xuvep')[ot. Fojr, plus haut, p. 35.
(2) So délicate is the perception attained by a high cultivated taste of the proprieties of ail grave and eamèst composition , tbat it not only feels an enmity with tbe meretricious or yidously ornate, butimmediately perceiyes tbat tbe grealest beauties of certain species of prose composition would become little better tban downright bombast , if transplanted into any composition, tbe object of whicb was serious. Macaulay, Edimb, Rey,^ cet. X840, p. 79.
(3) Ant. jud. I, XI, § a.