CHAPITRE VI
Les pays catholiques et l'instruction.
L'ins'ruction n'est pas, en soi, une source de prospérité matétériolle. — Des fausses conclusions qu'on tire souvent de la situation de l'enseignement public dans un pays, quant à la puissance politique. - De l'enseignement primaire en Belgique. — En Prusse. — L'organisation de l'instruction primaire ne date pas de la Réformation. — Le libre examen en Prusse. —
Après avoir vainement essayé de prouver que la Réformation esW plus favorable que le catholicisme au développement des nations, » 31. de Laveleye cherche les causes de ce fait imaginaire. La première de ces causes serait l'instruction, à son avis plus complète dans les pays protestants; et par instruction, il entend surtout le modeste bagage scientifique et littéraire qu'on peut emporter de Técole primaire.
La Saxe, le Danemarck, la Suède et la Prusse marchent à la tète des nations « sans ou presque sans illettrés», tandis que les pays catholiques, la Belgique, la France, l'Espagne et le Portugal, croupissent dans une invincible ignorance. Oui, invincible; car « les États catholiques ont beau décréter l'instruc- » tion obligatoire, comme l'Italie, ou dépenser beau- » coup d'argent pour cet objet, comme la Belgique, » ils ne parviennent pas à dissiper l'ignorance. » L'Angleterre, où l'instruction primaire est un peu plus complète qu'en Portugal, vient déranger l'apparente régularité de ce syllogisme. Pourquoi ?« Pro- » bablement. parce que l'Église anglicane est, parmi » les formes du culte réformé, celle qui se rapproche » le plus de l'Église de Rome. » Cet adverbe de probabilité doit médiocrement flatter l'amour-j.ropre de 31. Gladstone, le protecteur de l'auteuren Angleterre. M. de Laveleye aurait pu mettre la Hollande à côté de la Grande Bretagne. Quant à la Suisse, les faits « primaires » y seraient d'une éloquence entraînante : les cantons latins mais protestants de Neufchàtel, de Vaud et de Genève, seraient sous ce rap-
port au niveau des cantons germaniques de Zurich et de Berne, et ils seraient supérieurs à ceux du Tessin, du Valais et de Lucerne. La cause générale de ce contraste extraordinaire serait le premier et le dernier mot du D1' Luther: instruisez les enfants. Les protestants doivent tous savoir lire, puisque le culte réformé repose sur un livre, la Bible, tandis que chez les catholiques, « la lecture est la voie qui conduit à l'hérésie. » D'ailleurs, et pour tout dire, l'organisation de l'instruction populaire date de la Réformation « L'instruction étant très-favorable à » laprat que de la liberté politique et à la produc- » tion de la richesse, et le protestantisme favori- » saut la diffusion de l'instruction, il y a là une » cause manifeste de supériorité pour les États » protestants. »
L'ensemble de ce raisonnement est contraire non seulement à la réalité, mais encore à la thèse économique de Fauteur. « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Tout le monde sait que la richesse, dans le sens vulgaire du mot, n'est pas en
général l'apanage des savants ou des hommes instruits...
Stultitiam patiuntur opes.
Si je voulais être indiscret, que de sots je pourrais citer autour de nous, qui sont devenus richissimes et qui savent à peine signer leur nom. Quel est donc l'homme d'esprit qui disait : bête comme un millionnaire? « Que sert à l'homme de gagner » l'univers s'il vient à perdre son âme? » Ce n'est pas la richesse, ce n'est pas même la science qui élève les nations, c'est la justice. Justitia élevât gerites. Est-ce que dans la plus élégante des républiques, à Athènes, tous les électeurs du temps d'Aristophane savaient lire et écrire? Est ce l'enseignement primaire qui a fait la fortune de Tyr et de Carthage? Quand Rome antique domina politiquement la terre, les compatriotes d'Ovide, d'Horace et de Virgile étaient-ils tous des «normalistes? » Vous reconnaissez vous-même que l'Angleterre est une des premières sociétés politiques du monde moderne, quoiqu'elle soit une des dernières sur
l'échelle de l'instruction primaire. Et la Russie, l'arbitre actuel.de la paix de l'Europe, n'est-elle pas, sous le rapport « primaire », le dernier des États ?
Le consul qui réduisit en province romaine la patrie de Platon et de Pindare était un rustre. Que de cuistres on pourrait nommer parmi ceux qui ont porté à travers l'Europe le drapeau des «immortels principes de 89 »! Vous dites que « c'est le maître d'école qui a triomphé à Sedan » ; mais qui donc alors a triomphé à léna? L'enseignement obligatoire existait en Prusse longtemps avant 1789 et il n'a pas empêché cet état d'être humilié politiquement depuis la retraite de Champagne, sous le prince de Cobourg, jusqu'en 1813; et quand Napoléon Ier occupa Berlin, il emporta l'épée de Frédéric II, en s'écriant : « C'est tout ce que vaut la Prusse. »
Non, la qualité de catholique ne nous met pas à l'abri des insuccès politiques. Malheureusement aussi, la pédagogie est impuissante contre l'artillerie et même contre les cuirassiers. L'argumentation générale de M. de Laveleye n'atteint donc pas son
but : au contraire, elle confirme ma thèse catholique.
Les détails de cette argumentation ne résistent pas davantage au libre examen.
D'après les statistiques scolaires (1), le pays le plus avancé quant au degré de l'instruction primaire, serait la Suède, dont les parties civilisées sont à peu près au niveau de certains districts de nos provinces de Luxembourg, de Limbourg et de Namur. Malgré le Schuhwang séculaire de la Prusse, la monarchie de Frédéric II n'est pas aussi avancée que notre arrondissement d'Arlon qu'administre M. le commissaire du Roi, J. P. Nolhomb.
Cette perfection de l'enseignement primaire est même générale dans notre Luxembourg, mon pays natal. Dans son discours d'ouverture de la session du conseil provincial, le gouverneur, M. Vandamme, disait, en 1872 :
(1) Voyez mon livre De l'Enseignement primaire en Belgique, 1 vol. 8°, Bruxelles, 1870, chez Closson et O.— Voy. aussi l'étude que j'ai publiée sur ce sujet dans la Revue Générale, n° de janvier 1875.
« Le Luxembourg compte en ce moment 507 écoles primaires. C'est une^cole sur 400 habitants. Dans aucun pays de l'Europe on n'est allé aussi loin. C'est là le fruit des communs efforts des individus, des communes, de la province et du pouvoir central: association aussi sage qu'elle est féconde... Dans les longues tentatives du Luxembourg pour loger les écoles, il y a un spectacle plein d'intérêt, j'allais dire touchant. C'était une énorme entreprise en elle-même; les difficultés locales venaient encore la compliquer: notre province a une étendue territoriale exceptionnelle dans le pays; elle ne possède pis de grands centres; elle a une population rare et éparpillée en huit ou neuf cents groupes ; beaucoup de nos communes sont pauvres. .. Depuis plus de cinquante ans, le nombre des élèves dans nos écoles primaires est relativement considérable et ce nombre n'a fait que s'accroître avec le temps. En 1817 il était égal a 10 % de la population, aujourd'hui il dépasse 13 °o. L'année dernière, on recensait dans la province 51,580 enfants en âge d'école et le nombre des élèves fréquentant effectivement nos écoles primaires était de 51,259; il n'y manquait donc que 541 enfants, ce qui donne 1 °/o... Jamais, dans aucun pays de l'Europe, et sous n'importe quel système scolaire on n'a obtenu de résultat plus beau. Toute la population passe par nos écoles . Nous possédons un instituteur sur 357 habitants, tandis que dans tout le royaume, cette proportion est de 1 sur 480 habitants. Dans le Brabant, elle est de 1 sur 507 habitants, dans la province de Liège de 1 sur 526.
Dans un document parlementaire publié récemment et où l'état de l'instruction primaire dans les divers pays du monde est savamment exposé et apprécié, on lit ce qui suit... « Le plus beau » côté du système de la Suisse et qui en explique le succès et la » célébrité, consiste sans contredit dans le grand nombre d'ins- » tituteurs qu'on y rencontre, i Eh bien, en Suisse, il y a moins d'instituteurs que chez nous; la proportion y est celle-ci : 1 instituteur sur 370 habitants. Notre supériorité n'est donc pas locale seulement et relative aux autres provinces belges : elle place aussi le Luxembourg au-dessus des pays le plus favorisés sous ce rapport
» Telle est, en cette province, l'organisation de l'instruction populaire, comme l'ont faite les tendances heureuses de la population, la loi et le temps.
i Cependant, l'organisation scolaire n'est qu'un ensemble de moyens plus ou moins bien appropriés et dont les effets sont incertains selon les temps et les lieux ; le but final, le grand devoir, c'est la diffusion de l'instruction. Dans quelle mesure ce bienfait s'étend-il sur la population luxembourgeoise?
» Messieurs, sur ce point j'interroge souvent et curieusement la statistique et tous les éléments de preuves qu'elle peut fournir ; voici à quelle démonstration je suis arrivé : dans plus de la moitié de nos communes, l'ignorance est absolument bannie chez la jeune génération, aussi bien pour les femmes que pour les hommes; dans les autres communes, elle est, sauf quel-
ques très-rares localités arriérées, une insignifiante exception Nous pouvons donc le dire. : la première instruction dans le Luxembourg est à peu près univt rselle. »
Dans la province de Namur el clans le Limbourg, tous pays catholiques, on constate des résultats tout aussi satisfaisants.
M. le Baron Kervyn de Lettenhove a démontré l'autre jour à la Chambre des représentants que son arrondissement « clérical » d'Ecloo était de beaucoup supérieur, quant à. l'enseignement primaire, à la ville « libérale » de Bruxelles, la capitale du royaume et de l'intelligence en Belgique. Tous ceux qui s'occupent de l'enseignement primaire chez nous savent que les arrondissements industriels de Liège et de Mons, les citadelles des idées libérales, sont classés parmi les plus illettrés de notre pays. Je laisse au lecteur le soin de tirer la conclusion de ces faits.
Je ne nie pas le haut degré de perfectionnement auquel les Allemands avaient naguères porté leurs écoles primaires; mais c'est torturer étrangement les
faits que d'attribuer cette situation au Luthéranisme oukYUnwn prussienne. Autant vaudrait l'argument qui attribuerait aux efforts de M. Y. Tesch la supériorité « primaire » de l'arrondissement d'Arlon, où tout le monde sait lire et écrire.
J'admettrais peut-être, avec certaines réserves, que le Schulzwang (l'obligation civile d'aller à l'école) est entré pour beaucoup dans ce résultat, mais il n'est pas inutile de faire remarquer à nos libéraux protestantisants : 1° Que les écoles suédoises et allemandes étaient jusqu'à la guerre de 1870 des écoles confessionnelles; 2° qu'en Belgique, par exemple, où le même système a heureusement prévalu dans l'enseignement officiel et où la liberté a été laissée aux catholiques, nous marchons à grands pas vers l'abolition radicale de l'ignorance primaire, sans Schulzwang, sans garde-champètre, sans gendarmes et sans protestants; 3° qu'en Allemagne l'enseignement primaire est aussi avancé, si pas plus avancé, dans les contrées catholiques que dans les provinces protestantes ; 4° que la Belgique catholique n'a rien à envier, en fait d'ins-
truction primaire, aux provinces protestantes de la Hollande et qu'elle l'emporte sur la Grande-Bretagne anglicane; o° que M. Langlois a démontré récemment, dans le journal le Français, que l'instruction primaire en France n'est pas inférieure à celle des États les plus florissants de l'Union américaine en grande partie protestante.
Quant à la Suisse, je nie l'appréciation de M. de Laveleye. Il est possible que dans le Valais, le Tessin et même dans le canton de Lucerne, il y ait moins d'instruction primaire générale que dans d'autres cantons; mais ce fait, s'il est exact, s'explique naturellement par l'impossibilité de créer des écoles dans les montagnes habitées par des populations disséminées au loin. Nous avons prouvé déjà qu'en Suisse, M. de Laveleye confond volontiers les montagnes avec les plaines.
Le lecteur comprendra qu'il nous est impossible d'entrer dans les détails d'une discussion de ce genre: je dois me tenir aux grandes lignes de mon sujet. Il faut cependant que je fasse justice d'un préjugé et d'une erreur historique, que l'hostilité contre
l'Église catholique a propagés. Depuis 1870 surtout, nos libéraux représentent la Prusse comme la terre classique de toutes les vérités sociales et politiques, et parmi celles-ci ils citent à l'envi l'instruction eu général et renseignement primaire en particulier, qui seraient les œuvres saintes des luthériens prussiens Or, veut-on savoir à qui est due en très-grande partie cette splendeur « scolaire? » Aux catholiques. 11 y a 150 ans, la Marche de Brandebourg était, au point de vue de l'enseignement comme à bien d'autres encore, un des États les plus arriérés de l'Europe, et cela après deux siècles de « civilisation luthérienne.» G était l'époque où l'Électeur, qui plaisantait rarement, fit un jour, dans un moment de fantaisie absolutiste, asseoir à... nu sur la glace de l'Oder les graves professeurs de l'Université de Francfort sur Oder... Quant aux paysans et aux ouvriers, ils étaient moins bien traités encore : le sergent recruteur était beaucoup plus respecté que les rares successeurs des maîtres catholiques qui avaient fondé les anciennes écoles paroissiales et claustrales. L'ignorance « primaire » était grande. Même sous
le règne de Frédéric II, alors que certains effoits avaient déjà été faits pour changer un état de choses aussi funeste, on n'entendait pas donner à l'école la signification prèchée aujourd'hui par M. Falck et ses admirateurs étrangers. « Le catéchisme et les quatre règles, c'est assez », écrivait à son ami, M. de Voltaire, ce roi-philosophe qu'on cite comme le précurseur des libéraux-nationaux et qui ne parlait et n'écrivait que le français. Frédéric ajoutait qu'il ne fallait pas « casser la branche sur laquelle on est assis. »
Dans la Silésie, qui faisait alors partie de la monarchie des Habsbourg catholiques, la situation était toute différente. Toutes les localités y étaient pourvues d'écoles, soit paroissiales, soit claustrales. Dans la basse et la moyenne Silésie, il y avait beaucoup de protestants qui, eux aussi, possédaient une éducation primaire satisfaisante, grâce à une concurrence et à une liberté civile qui n'existaient pas dans l'État protestant de Brandebourg, pas plus qu'aujourd'Inii. Quand Frédéric II eut commencé, au sein même de l'empire germanique, par la conquête vio"
lente de laSilésie, la série des annexions prussiennes que Ton sait, il se souvint des services que les jésuites avaient rendus à sa maison, en travaillant à la transformation du duché de Prusse en royaume (1). Après la suppression de la Compagnie de Jésus, il maintint les religieux dans la possession de la plupart de leurs anciens collèges, qu'il tranl'orma simplement en établissements de l'État, tout en leur conservant leur caractère catholique. Frédéric II protégea aussi les écoles populaires des Augustins, dont les établissements, dans le cercle de Sagan, devinrent même des écoles modèles ou normales. Le prieur de Sagan, Felbiger et son célèbre scholasticus, Strauss, peuvent être considérés comme les véritables organisateurs des anciennes écoles prussiennes. Le grand règlement scolaire de 1801 a été, pour ainsi dire, copié sur l'institut de ces « cléricaux. » Dans les nouvelles provinces occidentales, nous
(1) Sur cette intervention des jésuites, lisez mon livrets Allemands depuis la guerre de Sept-Ans, Bruxelles, 1868, p. 26.
avons à constater des faits analogues. Il y a quelques jours à peine, on a élevé, à Munster, en Westphalie, une statue au baron de Furstenberg, qui avait porté l'enseignement populaire au plus haut degré de prospérité : il avait été aidé dans cette œuvre « cléricale» par un catholique illustre, Overberg, dont le nom est connu aujourd'hui de tous les pédagogues du monde. Le gouvernement prussien n'a donc dû se livrer à aucun effort « protestant » pour fonder ses écoles: à l'ouest aussi bien qu'à l'est, il a hérité des écoles catholiques, qui étaient de véritables modèles d'institutions confessionnelles. Le gouvernement prussien leur a maintenu scrupuleusement ce caractère nécessaire, et c'est à cette heureuse circonstance, et à elle seule, qu'il faut attribuer les riches fruits de l'enseignement populaire en Prusse jusqu'en 1870. Depuis que le « maître d'école a vaincu à Sedan », il est devenu orgueilleux, paraît-il. Le caractère confessionnel des écoles primaires a été sinon radicalement supprimé, du moins perverti, et il devient facile de prédire que c'en est fait de la supériorité scolaire de la Prusse, depuis qu'on a follement tué la vie que
lui avaient insufflée ses fondateurs catholiques. « Jamais aucun État, dit un protestant célèbre, prussien de vieille roche, feu M. Dahlmann, mon ancien professeur à l'Université de Bonn, « jamais aucun état » n'a accaparé l'éducation des enfants, pour les » élever à sa guise, sans nuire à la meilleure partie du » peuple; notre clairvoyance nous interdit de vendre » les âmes à l'État. »
M. de Laveleye assure, que, pendant la campagne de 1870, les blessés français (catholiques) demandaient des cartes à jouer, tandis que les convalescents protestants (allemands) ne réclamaient que des livres. Je n'ai assisté à des demandes de cartes dans aucune des ambulances créées pendant cette épouvantable guerre, dont je prie Dieu de nous épargner le renouvellement. Mais je sais que beaucoup de blessés allemands catholiques, des Bavarois, des Rhénans, des Westphaliens, des Polonais (pauvres Polonais), qui avaient été mutilés pour le service de la cause allemande, qu'on nous représente maintenant comme celle du protestantisme, ont protesté contre les livres protestants qu'on leur servait. Tout
avait été prévu par l'inlendance, excepté cela; et il fallut que des hommes charitables intervinssent pour empêcher ces malheureux de voir ajouter à leurs blessures physiques des tentatives de blessures morales.
L'organisation de l'instruction populaire ne date pas de la Réforme, comme l'écrit légèrement M. de Laveleye. Le Df Luther n'avait pas fait ses études dans une école protestante. Avant l'invention de la typographie, c'est-à-dire avant la fin du xve siècle, le clergé catholique seul se préoccupait des besoins de l'instruction publique. C'est l'imprimerie qui a donné un nouvel essor à l'enseignement et à la diffusion de l'instruction publique Je n'ai pas à faire ici une description des écoles du moyen-âge catholique depuis Charlemagne jusqu'à Charles-Quint, quoique le sujet soit fort intéressant et trop généralement ignoré: pour étudier le moyen-âge, il faut de longues études, et malheureusement les ennemis de l'Église catholique confondent volontiers son histoire avec celle des siècles moyens ; ils n'aiment pas à se livrer à des travaux de longue haleine, qui
conduisent ordinairement à la sincérité, quand ils ne mènent pas à la foi. Les écoles du moyen-âge n'égalaient certes pas en nombre nos écoles actuelles, et la quantité de leurs découvertes (scientifiques, physiques, chimiques, mécaniques, astronomiques, etc.,) n'était pas égale à la somme de notre savoir actuel. Mais dans les écoles des cloîtres on apprenait à écrire, à lire et à calculer (les quatre règles), tout comme aujourd'hui, et dans les chaires des universités on enseignait les sciences morales (les plus importantes de toutes) avec autant de splendeur qu'on peut en imaginer aujourd'hui pour les académies les plus bruyantes de l'Allemagne.
Il y avait, par exemple, au xme siècle, un professeur qui s'appelait le comte d'Aquin, un Napolitain, qui professa à Paris, à Cologne, dans les universités italiennes et qui est allé mourir à Toulouse. J'ai beau chercher parmi les compatriotesdeM.de Hartmann, le philosophe de l'inconscient, je n'aperçois pas un homme qui soit digne de délier les cordons des sandales de ce Dominicain, l'Ange de l'École. Quand des écrivains de la valeur de M. Domet de Vorges
et de mon savant collaborateur, le Dr Van Weddingen, n'aperçoivent de salut pour la philosophie contemporaine que dans une étude approfondie de l'idéologie et de la métaphysique scolastiques, je me sens saisi de pitié devant une fouie de pygmées bavards et vantards, qui savent à peine bégayer la langue des grands savants chrétiens qui ont illuminé le monde, du siècle de S. Bernard à celui de S. Ignace de Loyola. Albert le Grand, Roger Bacon, l'auteur de Y Imitât ion, Dante, Pétrarque ne valent-ils pas M. Virchow, 31. Haeckel, 31. de Sybel et 31™ Louise 3Iùhlbach? Dans toutes les versifications que l'on a portées à 31. le prince de Bismarck, il n'y a pas un hémistiche qui respire le souffle puissant des poésies du moyen-àge, des chansons de gestes, par exemple. Le culte réformé repose sur un livre, la Bible, dit 31. de Laveleye, tandis que la lecture est la voie qui conduit les catholiques à l'hérésie. Cette affirmation étonne parses erreurs. D'abord, prétendre que les catholiques ne lisent pas ou ont peur de lire, c'est une puérilité. Ensuite, 31. de Laveleye me permettra de lui apprendre que les confessions protestantes
reposent, non sur la Bible, mais sur les Ëeritures syniboliques.il est très-vrai que Luther livra la Bible à l'arbitraire des interprétations individuelles, mais il n'admettait pas, lui, qu'on résistât à son interprétation. Aussi se hâta-t-il de rédiger, de concert avec ses amis, un nouveau credo, la Confessio Auyustana, que les princes, enrichis des dépouilles de l'Église, propagèrent à l'aide du fer et du sang, et qui n'est pas même biblique, puisque sa doctrine sur la grâce, sur la foi sans les œuvres, etc., ne se trouve pas dans la Bible... La diffusion de l'instruction n'a rien de commun avec la doctrine protestante; car, dans leur enseignement religieux, les protestants n'appliquent pas leur principe de libre examen, mais les principes de l'Église catholique, puisqu'ils instruisent les enfants anctoritative. Ajoutons aussi que les efforts convulsifs de Luther, en faveur de l'instruction publique, ne datent que de la seconde partie de sa carrière d'hérétique. La destruction des chapitres, des couvents et des antiques institutions charitables, que la piété catholique avait semés comme des forêts épaisses, avait eu pour conséquence la-
mentable la ruine de toutes les écoles soutenues par le clergé séculier et par les religieux. Bientôt on assista à une décadence effrayante de l'instruction et des mœurs. C'est alors mais alors seulement, que Luther, dont l'œuvre était menacée, commença à tonner sur la nécessité de l'enseignement (1).
J'ai parlé plus haut delà Confession (FAugsbourg. Je saisirai cette occasion pour résumer devant le lecteur la singulière histoire que le libre examen en matière religieuse nous fournit en Prusse. La doctrine de Luther sur la grâce et sur la communion donna lieu aux disputes les plus véhémentes entre les partisans de l'ancien moine augustin, ceux de Zwingle et ceux de Calvin. Chaque parti prétendait à une infaillibilité doctrinale démontrée par l'Écriture sainte: ces prétentions contraires furent défendues, plus d'une fois, non pas à coups de brefs et d'encycliques, mais avec le fer, et la victoire matérielle de l'un avait pour conséquence Toppres-
(1) Voy. Œuvres de Luther, Walchshe Ausg., t. X, p. o29-o55. Cf. A. Menzel. Ntuere Geschichte lier Ueutschen, 1. 1, p. 125 et sq.
sion morale de l'autre. Dans l'Allemagne occidentale, l'a Confessio Augusiana fut particulièrement combattue par l'Église « Réformée » proprement dite, appuyée sur le Catéchisme de Heidelbevg Les chefs des divers États dits protestants du cf-devâht empire d'Allemagne adoptèrent tantôt la Confessio Augustana, tantôt le Catéchisme de Heidelberg, selon que ce changement convenait à leur fantaisie ou à leur intérêt temporel, sans se soucier du libre examen du peuple qui n'examinait rien et des pasteurs qui n'étaient pas libres. Les variations religieuses de la Prusse officielle méritent d'être classées parmi les plus singulières de toutes. Par suite d'une alliance avec la maison d'Orange, le culte «réformé » hollandais devint celui de la cour de Brandebourg, et les prédicants luthériens furent contraints, au besoin violemment, de supporter dans leurs temples les prêches et la communion calvinistes. On imposa même tout simplement à des paroisses luthériennes des pasteurs calvinistes.
Les prédicants luthériens qui ne voulaient pas se soumettre à cette forme du libre examen étaient
brutalement déposés et bannis, absolument comme
aujourd'hui les prêtres catholiques sous le ministère
de M. Falck. Citons, parmi ces victimes de l'hérésie
calviniste, Gerhard, bien connu par les services qu'il
a rendus au chant protestant. Mais la majorité des
prédicants préférèrent conserver à leur famille le
pain quotidien, en adoptant, de la meilleure grâce
possible, le Catéchisme de Heidelberg. Les choses
allèrent ainsi jusqu'après le Congrès de Vienne,
lequel attribua, comme on sait, à la couronne de
Prusse de nouveaux territoires, habités par des
luthériens saxons. C'est alors que l'Église officielle
de Prusse, sous la crosse à baïonnette de son évêque
territorial {Landesbischof), le roi, décréta la fusion
des deux confessions au moyen d'une Union dans la
cène. Jamais, dans aucun pays, une pareille énor-
mité religieuse ne s'est accomplie avec autant de
discipline et de sans-façon. De rares communautés
se déclarèrent « libres » ; d'autres se consolèrent, en
se laissant imposer de haut un piétisme généreux,
mais stérile. Les gens « éclairés » adoptèrent la
religion du Dieu-État de Hegel. Quant à la masse
du peuple luthérien, il fut insensiblement converti à Y Union par les maîtres d'écoles ou à l'aide du service militaire. Ul'nion prussienne a été une véritable Église d'État, qui s'écroule sous nos yeux, depuis que le baptême n'est plus civilement obligatoire et que le mariage civil a été introduit dans la législation. La bourgeoisie « éclairée » se préoccupe médiocrement de cette situation périlleuse: son scepticisme civilisateur lui sert provisoirement de retranchement, sous la protection d'une armée de douze cent mille hommes. Quant aux classes ouvrières des provinces protestantes, dans la Marche de Brandebourg, en Poméranie, dans 'la Prusse orientale, dans le Schleswig-Holstein et dans la Saxe, elles se laissent entraîner de plus en plus vers le socialisme, qui est la « religion de l'avenir. »
Il est étrange que M. de Laveleye saisisse précisément le temps présent pour faire ressortir les avantages de la lecture de la Bible, que peu de personnes lisent encore dans les pays protestants d'Allemagne, surtout depuis que le Protestanten Verein a vulgarisé les critiques de M. Strauss contre l'Écriture
sainte. L'administration prussienne actuelle a, elle aussi, fait des efforts pour limiter la lecture de la Bible dans les écoles. Il ne manque pas même en Allemagne des hommes « qui s'agitent aux sommets de la civilisation » et qui trouvent que la jeunesse des temps modernes est trop intelligente pour perdre son temps à lire des « légendes » respectables, mais percées à jour par les puissants rayons de la science moderne. Ils raisonnent comme Schiller :
Welche Religion ich bekenne? Reine von allen
Die Du mir nennst. Und warum keine? Aus Religion (1)...
Les choses en sont arrivées dans l'Allemagne protestante à un tel point de désorganisation religieuse, que les catholiques forment sincèrement le vœu de ne plus voir diminuer le nombre des protestants croyants. Ceux-ci sont au moins des chrétiens.
Avant de quitter ce sujet, ne nous lassons pas de
(1) Tu me demandes quelle religion je professe? Aucune de relies que tu me nommes. Et pourquoi aucune? Par Religion...
montrer encore, à la lumière de l'histoire, l'ignorance de ceux qui accusent les catholiques de favoriser Tignorance. À ceux qui prétendent dans leur superbe que nous ne savons rien, je pourrais répondre: nous savons tout ce que vous savez, et nous connaissons en outre notre catéchisme. Pour ne pas leur laisser le temps de sourire dédaigneusement, j'ajouterai quelques faits (1). Sans remonter jusqu'aux« ténèbres »du moyen-câge, où suivant le témoignage de l'historien protestant, Voigt, le Pape Grégoire VII, une des bêtes noires des libéraux de notre temps, pressait tous les évêques de protéger les lettres et les arts, et d'organiser des écoles autour de leurs églises cathédrales, je citerai les opinions de Burke, Gibbon et Hutchinson. Le premier a déclaré que
(1) Je les emprunte, ainsi ce qui précède, à un petit livre populaire anglais, récemment traduit en français, sous ce titre : Pourquoi sommes-nous catholiques et non protestants, discussion au point de vue de VÉcriture, du bon sens et des faits, par un piètre écossais, le docteur Keenan. 8e édition, Paris, chez P. Lethielleux, 1870, in-8°, pp. -252. C'est un bon manuel, que je recommande vivement au lecteur.
« la France seule a produit plus d'hommes distingués que toutes les universités protestantes d'Europe» ; le second a dit « qu'un monastère de bénédictins a donné au monde plus de livres de science que
les universités d'Angleterre » ; et le troisième s'est
exprimé ainsi h la Chambre des lords : « le catholicisme,qui a été cette nuit l'objet de tant d'insultes, a été la croyance des nations de l'Europeles plus nombreuses et les plus éclairées, des caractères les plus illustres qui ont jamais honoré le nom d'homme (Cobbet, Lettre I, Lingard). » L'évêque de Gand rappelait naguères cette phrase stéréotypée des documents de la chancellerie pontificale : « l'ignorance est la mère des vices» . Cette phrase était proverbiale dans l'Église universelle avant la naissance de Luther.
Ce qui a favorisé la calomnie des adversaires de l'Église catholique, c'est ce fait, que, l'invention de l'imprimerie a précédé à peine de 70 ans l'introduction du protestantisme en Europe.
Avant la fin du quinzième siècle, des presses •d'imprimerie étaient établies dans trente-quatre
villes de France, et de 1455 à 1536 on imprima vingt-deux millions trente-deux mille neuf cents volumes. Les papes Nicolas V et Sixte IV, ainsi que les princes et les rois catholiques de la plupart des pays de l'Europe, protégèrent par leur munificence les arts et la science. L'instruction était dans un état si florissant en Allemagne que dix universités y furent fondées de 1403 à 1506.
Erasme déclare que « l'instruction triomphait en » Angleterre; que le roi, la reine, deux cardinaux » et tous les évêques s'employaient à la répandre. » Toutes les universités d'Europe furent en effet fondées par les catholiques. Pendant trois cents ans, les protestants d'Angleterre ont montré leur désir de répandre l'instruction en fondant deux universités seulement, celles de Dublin et de Londres. L'Europe moderne doit à l'Eglise catholique sa civilisation, ses lois, et toutes ses connaissances dans les beauxarts : en effet, les origines de la peinture, de la sculpture, de la musique, de l'architecture sont entièrement catholiques. Si on en doute qu'on regarde ces magnifiques abbayes, ces cathédrales qui ont
échappé au vandalisme de la réforme, les ruines que la main barbare du protestantisme n'a pas entièrement renversées . 11 n'est donc pas étonnant que le colonel Mitchell, dans sa Vie de Wallenstein, déclare que « la religion et la civilisation ne pourront » jamais s'acquitter de ce qu'elles doivent aux Pon- » tifes romains et à l'Église de Rome, qui pendant » si longtemps firent les plus nobles efforts pour » faire avancer l'humanité dans la voie du progrès. »
En écrivant qu'il était défendu d'une manière générale aux catholiques de lire les saintes écritures, M. de Laveleye aurait du indiquer la source où il a puisé cet étrange renseignement.
Je lis dans un écrit intitulé : la lecture de la Bible en langue vulgaire et dû à la plume autorisée de Mgr Malou, évêque de Bruges :
« L'Église a-t-e!le porté une loi qui défend aux catholiques la lecture de la Sainte Bible? Je n'hésite pas à répondre : non. L'Église n'a jaunis défendu li lecture de la Bible à tous les îidèies. Jamais elle n'a interdit d'une manière absolue à tous laïques la lecture de livres saints tn quelque langue que ce soit.
Jamais elle n'a consacré une espèce de monopole, en faveur du clergé. »
Sans doute, l'Église a décrété certaines restrictions, en cette matière, en pensant à ceux dont parle S'-Pierre, quand il dit que certaines parties des épîtres de S. Paul « sont difficiles à entendre, » que des hommes ignorants et légers les détour- » nent aussi bien que les autres écritures, à de » mauvais sens pour leur propre ruine (Il Ep., III, » 16). » Mais cette défense se justifie d'elle-même. La règle est celle-ci : Benoît XIV a approuvé en 1757 un décret de la congrégation de Ylndex, qui accordait à tous les fidèles la permission générale de lire la Bible en langue vulgaire, pourvu que les versions eussent été approuvées par l'autorité compétente et fussent accompagnées de notes tirées des écrits des saints Pères ou des écrivains catholiques. Chaque jour, l'Église dans ses offices fait lire l'écriture aux fidèles assemblés. En 1826, les évêques catholiques anglais déclarèrent publiquement que jamais l'Église n'avait entravé la circulation des
exemplaires authentiques de l'Écriture. Pie VII, dans une lettre adressée aux évêques anglais et datée du 18 avril 1826, leur dit « d'engager les fidèles à » lire la sainte Écriture, car rien n'est plus utile, » plus capable de les consoler, de les animer. Llle » confirme la foi, fortifie l'espérance et enflamme la » charité du vrai chrétien. » Pie VI, écrivant à Martini, archevêque de Florence, au sujet de sa traduction des Écritures, le félicite de son zèle à publier cette traduction et exhorte les fidèles à la lire: cette lettre datée d'avril 1778, est placée au commencement de toutes les bibles catholiques anglaises.
Avant que le protestantisme existât, il y avait plus de vingt traductions de la Bible dans la plupart des langues modernes. Voici rénumération de quelques anciennes traductions catholiques.
Bible de Just, à Mayence en 1462
» de Bender, à Augsbourg en ... . 1467
» italienne, de Malermi 1471
Les quatre Évangiles, en flamand (belge» . 1472 La Bible entière, en « belge », Cologne . . 1475
Bible de Julien 1477
Edition de Delft 1477
Bible de Ferrier, en espagnol 1478
Edition de Gouda 1479
Édition de Des Moulins, en français . . . 1490 Quatre traductions mentionnées par Bausobre (Bist. de la Réf., livre IV,) imprimées avant 1522
A cette énumération il convient d'ajouter la liste suivante, des anciennes traductions catholiques manuscrites :
Bible en anglais 1290
» en anglo-saxon, vers 1300
» en langue germanique ..... 800
» en italien 1270
» en espagnol 1280
» en français 1294
Avant Luther, trois traductions et plusieurs éditions de la Bible parurent en Italie; quatre traduc tions et une multitude d'éditions lurent publiées en langue gothique et en français; deux traductions « belges » qui avaient eu plusieurs éditions. Un
traduction tchèque fut publiée à Prague, en 1488; à Putna, 1498; a Venise, 1506 et 1511. Beaucoup d'autres traductions catholiques, dans presque toutes les langues du monde, furent publiées à Rome, le sanctuaire du « papisme ».
Les préjugés anti-catholiques de certains écrivains sont tellement enracinés que c'est avec la plus grande difficulté qu'on parvient à îeur apprendre que Lutther n'est pas le premier traducteur de la Bible en langue vulgaire allemande. Avant l'apostasie du trop célèbre moine Augustin, il existait
VINGT-UNE TRADUCTIONS GERMANIQUES (15 en Hoch-
ieutsch et 6 en Niedersaechsisch) en Allemagne. Luther lui-même, se servait de la traduction de Nicolas de Lyra, qui parut en 1473 et eut plusieurs éditions avant la réformation. Luther se servait si bien de la traduction de Lyra, qu'un plaisant poète a rendu cette vérité proverbiale :
Si Lyra non lyrasset, Lutherus non saltasset.
Un écrivain protestant, dont nous avons déjà invoqué plus d'une fois le loyal témoignage, 31. Laing (dans ses Notes of a tmveller), fait les aveux suivants :
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« L'éducation du clergé régulier dans l'Église catholique est peut-être absolument et sans aucun doute comparativement supérieure à celle du clergé protestant. Par absolument supérieure, je veux dire que dans un nombre donné de prêtres papistes et de ministres protestants, on trouvera parmi les premiers un plus grand nombre d'hommes qui pourront lire et comprendre les lan gués anciennes, le grec, le latin et l'hébreu, et les langues modernes qui ont des rapports avec celle de l'Ancien Testament, un plus grand nombre de savants, de mathématiciens distingués, et une plus grande somme de connaissances acquises. Le clergé catholique s'est adroitement emparé de l'éducation, non pas, comme on le suppose dans les pays protestants, pour laisser le peuple dans les ténèbres de l'ignorance, et pour lui enseigner des erreurs et des superstitions, mais pour être maître de l'influence qu'ont sur la société les connaissances utiles. »
Faisant allusion à cette vulgaire calomnie, « que le clergé catholique laisse le peuple dans les ténèbres de l'ignorance », il la combat en ces termes , longtemps avant le renversement violent de la souveraineté temporelle du S '-Siège, et avant la constitution du régime Falk en Prusse :
t Cette opinion de nos ministres est plus orthodoxe qu'elle
n'est charitable et vraie. Le etergé papiste a moins à perdre par le progrès de l'instruction que le clergé protestant. Dans l'Allemagne catholique, en France, en Italie, et même en Espagne, l'éducation du bas peuple par la lecture, l'écriture, l'arithmétique, la musique, la politesse, la morale, est répandue pur le clergé avec au moins autant de généralité et de zèle que dans les pays protestants. C'est par eux-mêmes et non en suivant l'initiative prise par le peuple que les prêtres papistes d'aujourd'hui cherchent à se maintenir a la tête du progrès intellectuel. L'Église papiste, loin de s'opposer a l'éducation, la protège et elle est dans ses mains un instrument puissant dont elle sait user. Dans toutes les rues de Rome, il y a, à peu de distances les unes des autres, des écoles primaires pour l'éducation des enfants des basses classes et des classes moyennes. Rome, avec une population de 158.678 âmes, a 572 écoles primaires, comprenant 452 maîtres et 44,099 élèves. Berlin, avec une population deux fois .plus considérable que celle de Rome, a seulement 26 i écoles. Rome a une université fréquentée par 660 étudiants ; et les États du Pape, avec une population de deux millions et demi d'habitants, comptent sept universités. La Prusse protestante avec une population de quatorze millions n'en a crue sept. Le fait que Rome a au moins cent écoles de plus que Berlin, bien que sa population soit moindre de moitié, dissipe toutes les calomnies. Mais, demandera-t-on, qu'apprend le peuple de Rome dans
oirtes ces écoles? Précisément ce qu'apprend le peuple de Berlin,
la capitale la plus protestante de l'État le plus protestant di monde: la lecture, l'écriture, l'arithmétique, la géographie, les langues, une doctrine religieuse »
Ce témoignage, rendu par un adversaire, est bien capable, dit le Dr Keenan, d'ouvrir les yeux aux protestants les plus aveuglés sur cette vérité, que l'Église catholique aime l'instruction et protège les arts et les sciences. L'Église catholique respecte la science, parce qu'elle vient de Dieu, et qu'elle en seigne le respect. « Le catholicisme est la plus grande, la plus sainte école de respect qu'ait jamais eue le monde. » Que M. de Laveleye me permette en passant de donner les termes exacts de cette citation de M. Guizot (Méditations et études morales, p. 70- 71). Elle s'applique à 1 Église catholique et non aux sectes dissidentes. M. de Laveleye a voulu en faire honneur aux églises protestantes, en supprimant le mot catholique et en le remplaçant par Fépithète chrétienne.