PROTECTION AGRICOLE
Le principe de la protection agricole en Canada, est, nous le craignons, une erreur dangereuse. Le but de la protection est d’:ncourager la production de tout article dont nous n’avons pas une quantité suffisante. Ainsi, le charbon de Newcastle et la morue de Terreneuve n’ont nullement besoin de protection. Si la protection avait l’effet de hausser le prix de notre fleur sur les marchés britanniques ou étrangers, alors elle serait certes très désirable ; mais comme il est certain qu’elle augmenterait aussi les frais de transport de nos propres produits sur ces marchés, en détournant les exportations américaines de la
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voie du St. Laurent, elle réduirait ieur valeur ici d’autant. Nous produisons beaucoup plus de céréales que nous n’en conso1amons; ce surplus, jeté sur notre marché, établit le prix de tout ce que nous consommons, et nulle protection ne peut changer cette marche des choses à moins qu’il n’y ait une grande demande pour l’exportation de nos produits, et point ou peu d’importations de produits étrangers. Si rus ‘ions une famine en Canada,—seule thèse où le principe de la protection puisse avoir son vffet,—comme les agriculteurs forment les quatre-cinquiè\ncs de la population, il n’est pas à supposer qu’ils seraient à l’abri de ses atteintes, ou qu'aucun réglement de dou:ne, dans de telles circonstances, puisse être d’aucune utilité, avec une frontière comme la nôtre. Nous n’envisagerons pas ici la question sur des “ principes géneraux,” mais nous la considérerors comine une question purement locsie. Suivant toutes les probabilités humaines, nous aurons, d’ici à nombre d’années à venir, une quantité considérable de céréales à vendre ; et la question est de savoir où et comment nous pourrons les vendre avec le plus de profit. Le St. Laurent nous donne accès à tous les marchés du monde, depuis que nos canaux sont ouverts : mais, considérant combien notre commrrce a été paralisé par une fausse politique, les facilités supérieures qu’offrent des routes plus riches et mieux encouragées, et les désavantages qui pèsent sur nous sous le rapport des chargemens d’hiver, notre commerce limité ne présente pas de ressources suffisantes pour ‘enir ce grand débouché ouvert. Le vaisseau ma:chand qui fait voile résulièrement pour Mcatréal, apporte les effets et marchandises de plusieurs équipeurs, qui en se réunissant ensemble, font transporter leurs marchandisrs à meilleur marché que s’ils n’expéciaient que partie d’un chargement ; plus il arrivera de ces vais: aux, et plus ily aura de compétition pour le transport du surplus:
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produits seront abondans, ulus le nombre des arrivages augmentera, attendu que ces vaisseaux seront alors certains d’obtenir un chargement en retournant. Avec l’acceroissement de la marine, surgiront de nouveaux phares, bouées et bataux remorqueurs ; les assurances seront réduites, les délais diminueront, et le commerce jouira de plus grandes facilités. Avec le développemert du commerce, se dévelopera aussi l’emploi de la vapeur; et sous ce rapport, le St. Laurent est destiné à l’emporter sur tous ses rivaux. Il est évident que les ressources dr notre commerce ne sauraient suffire pour maintenir et alimenter ce grand débou” £&. La nature ne le destina jamais à servir à des fins aussi mesquines et retrécies ; nos canaux n’ont pas été contruits pourle Canada seulement, mais pour toute la vallée du St. Laurent: réunissonsnous donc à nos voisins de l’autre côté de la rive, afin de mettre ce noble débouché dans le ineïlleur état, en lui proc ant toute l’alimentation possible. La permission donnée aux américains d’exporter leurs produits par le St. Laurent ne les empêchera nullement de se servir de toute autre route qui ne leuroffrira aucune deslenteurset des embarras apportés par les douanes. En adoptant une politique exclusive, nous serions frappés du même coup ; car nons ne sommes pas assez riches ‘en capiteux pour acheter la dixième partie des objets nécessaires ponr alimenter le St, Laurent et contrôler le commerce du uord et de l’ouest.
Notre agriculture n’a plus depuis nel besoin de protection ; de subordonnée qu’elle était, elle est devenue un intérêt dominant ; etcependant, par une contradiction apparente, er le devenant, elle s’est mise à la remorque d’un autre intérêt qui n’est encore qu’à l’état d’enfance, —£elui de notre commerce-—dont ia destinée est entre les mains de nos ngcilteure, Les prix en Angleterre et
les demandes d’exportation devront se régler sur nos canaux et-notre marine ; et c’est à ceux qui sont les plus intéressés sous ce rapport, à déclarer s’ils souffriront qu’on diminue par des entraves l'utilité de ce grand débouché national qui a été récemment l’objet de si grandes améliorations.
Tant que nous avons été colonie dans lé sens commercial, la qualité supérieure de notre fleur, et la demande du surplus de nos produits sur les marchés britannigres, ont eu l’effet de maintenir ici le prix des articles de consommation aux taux les plus élevés. . Dans plusieurs occasions, par conséquent, la libre iraportation des produits américains aurait pu réduire nos prix, si la demande en Angleterre n’eût dépassé le chifñie de tout ce qu’on y importait; néanmoins, on a vu que, comme peuple, notre yrospérité a toujours grandi en raison du peu d’entraves et de restriciions apportés au commerce des deux rives du St. Laurent. D’ici à un grand nombre d’années, les produits américains ne rechercheront plus la route du Canada, à moins qu’ils ne soient expédiés par cette voie sur quelque marché plus profitable ; et le prix des céréales dans ce pays n’augmentera par la suite que si la disette se fait sentir, ou si nous obtenons l’entrée de quelques nouveaux marchés,
Comme notre position actuelle est toute sitique et exceptionnelle, puisque nous avons à lutter, bien qu’avec de grandes facilités naturelles, contre un rival puissant, on devrait éviter d’invoquer “ les principes généraux,” ou les théories vagues ; la protection générale, quelque désirable qu’elle puisse être par la suite lorsque le commerce du St. Laurent sera établi, et que nous serons complètement affranchis de la dépendence des canaux de New-York, ne produirait maintenant qu’une prostration générale. Il faut des années pour établir un mar: ché à l'intérieur ; ct durant son enfance, l’abondance et
le bas prix de la nourriture est indispe sable. ‘Notre propre marché est trop limité pour nous faire espérer, malgré toutes les promesses de protection que nous pourrions donner, de pouvoir attirer chez nous une immigration considérable d’artisans et de consommateurs ; et toute protection, sans ce résultat, n’aurait d’autre effet que de diminuer et réduire nos productions, ou de nous faire devenir tributaires du canal Erié. Un syitème général de protection devrait aussi inclure notre marine ; et cela affecterait tellement les effets étrangers in fransitu, que l’aversion conçue maintenant pour la route du St. Laurent se perpétuerait indéfiniment. Que nos cultivateurs
* conséquent prennent garde de se laisser dominer par aucun système ‘ général,” car il sont sûrs d’en devenir les victimes, puisqu’à eux seuls, ils forment les quatrecincuièmes de la population.
Si nous avons parlé en faveur d’un système de commerce libre en ce'qui concerne nos exportations et nos relations avec la rive opposée du Si. Laurent, nous l’avons fait pour des raisons spéciales, et non par sympathie pour les principes outrés de quelques économistes ; car nous répudions "ce communisme commercial qui tend à taxer la civilisation au profit de la barbarie, qui n’établit aucune distinction entre le serf et l’homme libre, et
qui f: :uit rar obliger nos enfans de s’expatrier dans lPlov’&, ‘”: révon et la Californie pour trouver de l’emplôi.
Heureuseraent que le “ commerce libre” et la “ protection” ne sont pas encore devenus en Canada, le cri de guerre pour leurrer les électeurs et engr. isser les élus: et nous nous flattons que le patriotisme, et le respect que les partis doivent se porter réciproquement, auront l'effet d’inculquer cet esprit de conciliation qui est le ::vier et la base de tout bon gouvernement. Nous exc yt 18 qu’il est un genre de relations commerciales, qui
n’a pas besoin d’une license effrénée pour exister, et qu’on peut encourager li:-lustrie native du pays avec discernement, et sans pour cela froisser les intérêts äu Canada comme “ pays agricole.” Malgré tous les beaux avis que pourraient nons donner les philosophes de Pécole de Manchester, nous ne pouvons manquer de nous apperéevoir, que déjà notis sommes devenus un peuple qui produit plus de dénirées qu’il n’en n’a besoin pour sa propre é6nsomiMmation ; que les terres les plus faciles à cültiver so: t déjà prises et établies; que l’absence de capitaux et d’ua rhé local empêche la culture de terres les plus riches, : is qui exigent aussi plus de soin, dé frais et de travail ; et qué la partie la plus précieuse de notre population, lés adultes des deux sexes nés dans le pays émigrent vers, des régions où ils trouvent des terres en plus grande quantité et à plüs bas prix, et où le travail de leurs bras est rnieux rétribué. Par l’industrie et l'économie, noûs pouvons nous relever dés désastres occasionnés par des calamités temporaires ; mais lorsque la jeunesse active et vigoureuse, et la partie intelligente et entreprenante de la population abandonne le sol qui Pa vu naître et dont elle est la plus propre à developper les ressources, C’est alors qu’on péut vraiment dire que la patric cét froissée dans ses intérêts matériels. Touté politique raisohnabic, par conséquent, qui tend à étendre et agrandir la sphère et la variété de nos occupations, devrait être accucillie d’après ses propres mérites, et sans considérer si elle froisse un principe” où non; mais il faut agir avec la plus grande prudence pour avriver au terme, ct ne pas dépasser le but.