MANGFACTURÉS ET MARCHÉ A L'INTÉRIEUR
Si dès le priñcipe, nous éussions établi un système général de proteétion avant dé devenir des exportateurs
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d'articles de nourriture, nous aurions, dans ce cas, pu établir des manufactures pour nos propres besoins, bien que notre patriotisme nous eût coûté cher; car avec un marché limité, et des facilités commerciales incomplètes, nous aurions été ma! approvisionnés, et cela à des taux exorbitans. Or, comme colons, nous ne pouvions établ'+ des manufactures générales ; et comme Canadiens, nous ne pourrons le faire que lorsque nous aurons obtenu dé plus grandes facilités commerciales, établi des chemins de fer, et construit une marine suffisante pour faire le commerce des côtes ou à l'étranger. Des manufactures ne peuvent être -exploitées avec profit sur une petite échelle ; etles approvisionnemens ne peuvent tellement être proportionnés aux demandes dans un pays, qu’il ne survienne périodiquement de grands cncombremens de produits, pour l’écoulement desquels il est nécessaire. d'ouvrir un marché à l’étranger. Si donc, le commerce du St. Laurent est placé sur un pied tel que nous puissions lutter avec les Américains, pour l’approvisionnement des provinces du gnife, des Indes Occidentales et de l'Amérique du Sud, nous pourrons à l’avenir expédier des chargemens de manufactures du St. Laurent pour la même destination. Nos vaisseaux en retournant pourraient nous apporter les drogues, les teintures et les objets chimiques dont nousa“rions besoin pour les manufectures, les peaux crues des Pampas, et les bois rares des tropiques ; et nous serions alors en mesure de nous lancer dans ces entreprises avec les mêmes facilités que celles possédées par l'Angleterre et les Etats-Unis. Mais, nous dira-t-on, nous ne pourrons jamais lntter avec ces nations ; d’abord, parce que le travail y est à plus bas prix, et en second, liéu, parce qu’il est “ protégé.” Observons d’abord que, bien que rien ne nous serait pl'1s funeste que d'adopter maintenant ce qu’on entend généralement par un système de protection, cependant, pour
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ce qui est des articles que nous pourrions nous-même fabriquer avec avantage, il serait peut-être convenable d’6tablir des réglemens de nature à prévenir la ruine de nos manufactures .naissantes, dans le cas. où il survien-
drait de ces convulsions qui affectent périodiquement le.
commerce de tous les pays. Sur une frontière comme la nôtre, un tarif excessif ou prohibitoire, en vue de protéger nos manufactures, ne saurait-être d’aucune utilité. Ainsi donc un encouragement modéré, mais permanent, donné aux manufactures seulement qui requièrent peu de travail manuel, et dont nous produisons la matière brute, est tout ce que nous pouvons tenter, et serait ce qu’il y a de mieux dans l’intérêt même du manufacturier; car des tarifs élevés entraînent à leur suite une compétition locale ruineuse, et provoquent des attaques immanquables de la part d’intérêts rivaux: de là une crise inévitable. En Angleterre, lorsqu’ii survient une de ces crises, les manufactures qui encombrent les magasins sont jetées subitement et en telles quantités sur les marchés du monde entier, que dans un pays faible et nouveau comme celui-ci, les manufactures naissantes seraient totalement ruinées Et ce ne sont pas là les seuls risques que nous aurions à courir: les manufacturiers anglais peuvent se réunir et convenir de se soumettre occasionellement à une perte certaine, si par ce moyen ils réussissent à tenir notre commerce dans leur dépendance. Après avoir tué toute compétition dès le principe, avec la renaissance de la prospérité, ils imposeraient aux consommateurs des prix qui les compenseraient amplement des pertes résultant de leur plan savant et habilement conçu. Et ce n’est pas là une thèse imaginaire, Nous avons vu les prix du fer varier de €4 10s. à £16, entre 1842 et 1845, et les marchandises anglaises innonder, au-dessous du prix coûtant, les marchés américains, et arrêter par là l’extention des manufactures de ce pays.
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Onse convaincra facilementqu’ilexiste certaines branches de manufactures que nous pouvons exploiter avec avantage et profit, nonobstant tout ce que l’on a dit du bas prix du travail en Europe, si nous jetons les yeux sur le grand nombre d’excellentes manufactures de drap, les tanneries, les fournaises, les fonderies, les brasseries et distileries, les factoreries de clous, de chaïses et de savon, les moulins pour fabriquer le papier et l’huile, les poteries et plusieurs autres établissements qui ont surgi parmi nous sansautresencouragemens que ceux que nous offrons à cuxaque branche de manufacture, savoir :—le bas prix de la nourriture, l’abondance des pouvoirs d’eau, un marché local, des rentes modiques et un climat salubre. Et il en est beaucoup d’autres que nous pourrions établir, si nous avions l’énergie et l’esprit d’entreprise nécessaires, tels que corderies, manufactures de cuivre, de plomb et de fil de fer, ouvrages de peinture, fabriques de chandelles et de moulins à l’huile etc., et plus particulièrement toute espèce de manufactures en bois, tels que meubles, et finalement la glace. La qualité de noire fer et le bas prix du charbon de bois offrent toutes les facilités pour manufacturer l’acier. Ces manufactures fleurissent ici, parce que nous produisons la matière brute, et parce que les frais de transport et les facilités d'échange sont en eux même une protection et un avantage que nous avons sur les mêmes produits étrangers. Nous pouvons aussi produire le fer avec avantage ; nos minerais sont de la meilleure qualité, et comme il nous faut maintenant employer le charbon de bois, leur qualité égalerait bien vite celle du fer de Suède. Le fer anglais inférieur, bien qu’à plus bas prix, ne pourait soutenir la compétition, attendu qu’en fait de fer, le meilleur article est aussi généralement cel'i qui se donne à plus bas prix.
Nous pourrions aussi nous procurer le coton au moyen d’une communication continue par eau, par la voie de Cincinnatiet Cleveland, ou le faire venir de la Coroline du Sud, par Québec ou New-Y 2rk ; et on peut l’apporter sur aucune partie du St. Laurent à aussi bas prix qu'aux moulins mêmes de la Nouvelle Angleterre. Nous pourrions exploiter avec profit les manufactures les plus grossières de cet article, car le travail n’entre que pour peu de chose daus les frais, les pouvoirs d’eau et le mécanisme faisant la plus grande partie de l’ouvrage. Les Américains ont supplanté les Anglais dans les Indes dans ce genre d’industrie ; et les officiers anglais qui servent dans l’armée des Indes, s’habillent maintenant avec des étofles de coton fabriquées dans les Etais-Unis du nord.
Nous n’avons rien à envier aux charbons d’Angleterre ou de ia Pensylvanie dont le principal emploi dans les manufactures consiste à produire la vapeur, attendu que nous trouvons dans nos chutes, et les rapides de nos nombreuses rivières une force motrice plus régülière et moins dispendieuse ; et quant au fer, dans Ja composition duquel le charbon entre pour une si forte partié, on a vu que nos forêts interminables nous fournissent du charbon qui est bien plus précieux pour cet objet. Le fer brut trouvé sur la rivière Ohio où le charbon minéral est à plus bas prix que le bois, est, pour les mêmes raisons, fabriqué avec du charbon partout où l’on peut s’en procurer.
Le Canada Est contient une population naturellement intelligente et facile à conduire et diriger, mais qui, pendant six mois de l’année, est presque forcée de mener une vie oisive : or, nous ne pourrons jamais atteindre au même degré de richesse et de prospérité que nos voisins, à moins que nous ne nous levions aussi à bonne heure, que nous ne travaillions aussi fort, et que nous n’économisions nos ressources avec le même soin qu’eux. Avec
une population qui s’accroit rapidement par l’immigration; possédant des moyens de subsistance en abondance, des
pouvoirs d’eau illimités, un fleuve magnifique et les plus
beaux canaux de l’univers, le Canada qui commande le littoral est destiné à devenir le facteur ou l’agent commercial d’une portion importante de l’intérieur de l’Amérique, et fera par la suite un pays manufacturier ; mais espérons que jamais les intérêts agricoles n’y seront subordennés à d’autres intérêts, et qu’on ne dira pas du cultivateur, luttant dans la sphère que la providence lui a tracée, et qui est la vocation la plus naturelle à l’homme, qu’il faut donner à ses efforts une “fausse direction.” C’est là un ‘“ axiôme ” aussi difficile à réduire en pratique, que la belle maxime de l’Evangile si peu suivie par le grand nombre,—axiôme qui est de la même force à peu près que les argumens dont nous nous sommes servis pour ravir à l’Indien les terres où il faisait la chasse, et pour lui prouver (à notre propre satisfaction,) qu’il serait plus heureux en abandonnant ses habitudes errantes et vagabondes, et se livrant à la culture du sol.
Si nous avons signalé la position manufacturière du Canada, c’est que nous sentons qu’il est impossible, tout en considérant les progrès futurs de notre pays, de séparer les trois-sœurs,—l’agriculture, les manufactures et le commerce ; et qu’il règne une opinion, que la navigation du St. Laurant est d’une importance moindre pour nous que l’établissement immédiat d’un marché au milieu de nous, en adoptant un système rigoureux de protection. On verra que ce n’est pas par un vain esprit d’opposition, que nous objectons au mode seulement par lequel on se propose d'établir ce marché. Si notre position géographique était la même que celle de Cuba, (ou peut être même de la Nouvélle Ecosse); et si nous jouissions comme elles d’un commerce non interrompu, nous pourrions nous attendre à voir nos. produits augmenter de.
manière à produire, dans le cours du temps, les facilités requises pour établir des manufactures. Mais comme il a plû à la providence de fermer nos ports pendant cinq mois de l’année, ce qui rend notre commerce chronique jusqu’à un certain point, nous prévoyons qu’on établira graduellement par la suite des manufactures, tant pour utiliser les mois de l’hiver, que pour supporter notre commerce. L’un ne peut longtemps prospérer sans l’autre ; et comme il nous faut un commerce avant de pouvoir établir des manufactures, on devrait éviter toute espèce de restrictions dans l’enfance de ce commerce, au moyen d’une législation vaine et prématurée.
Tout en recherchant ses propres intérêts, l’homme est obligé de se soumettre à l’influence de cette position. Peu-à-peu, et presqu’insensiblement, les divers intérêts commerciaux se combinent mutuellement, et rendent illusoires les systèmes des spéculateurs politiques, avant même qu’ils aient fini de les confier au papier. Le simple bouvier, le colporteur, le trafiquant, et l’expéditionnaire,—élémens peu importans aux yeux du politique ordinaire,—consultent peu, en recherchant leur propres intérêts, la tendance politique de leurs opérations ; ils bâtissent sans y réfléchir, paisiblement, mais sûrement, un nouveau système ; de même que l’insecte corallaïde, sans être vu ni apperçu, bâtit ces montagnes .sous-marines sur lesquelles viennent se briser les vaisseaux qui naviguent en suivant la voie tracée sur les vieilles cartes. Les capitaux ne sont pas chez nous assez abondans, ou n’exercent pas assez d’influence pour contrôler le travail ; un peuple pratique traitera donc toutes les questions d’une manière pratique. L’égoïsme offre d’abord le premier sacrifice sur l’autel domestique ; il adopte le système qui rapporte le plus grand bien matériel ou présent, pourvait ou semble pourvoir au plus grand nombre de besoins, fait vivre l’épouse et lui donne un asile,
habille et instruit l'enfant, et prémunit contre les infirmités du vieil âge, époque où l’on ne peut plus travailler. C’est ce “ principe” qui doit finalement remplacer toute théorie, sentiment, passion, ou préjugé de quelque nature que ce soit.