‹ De l'avenir et de l'influence des canaux du Canada [microforme]Chapitre 9 sur 24 · ENFANCE DU COMMERCE DU ST. LAURENT · texte numérisé non relu

ENFANCE DU COMMERCE DU ST. LAURENT

Après cet aperçu imparfait, mais indispensable des progrès et du caractère de notre navigation artificielle, il est nécessaire de passer en revue les commencemens du commerce du 5t. Laurent, les phases par lesquels il a passé, les vicissitudes qu’il a subis, et les règlemens commerciaux sous l’opération desquels il a fleuri, ou qui eu ont retardé les progrès, avant d’espérer pouvoir exposer clairement les causes de sa dépression actuelle et de son

infériorité apparante, ou ri les développemens que . Jui réserve l’avenir.

A venir jusqu’à l’année 1822, on a suivi une politique sage et libérale à l’égard de nos exportations: les productions de l’une et l’autre rive du St. Laurent, étaient indifféremment exportés dans les sœurs colonies, comme de provenance canadienne ; et les marchés de ces colonies étaient non seulement ouverts à nos céréales et pro-. visions, mais encore à une grande partie de celles des Etats. Nos bois étaient reçus francs de droits sur les marchés britanniques, et de plas on avait imposé des droits excessifs et même prohibitoires sur l’importation des bois de la Baltique, dans :e but d’encourager le commerce canadien et la marine anglaise. Notre blé fut exclu des marchés britanniques jusqu’en 1814 ; ct après cette époque, il n’était admis que lorsque le prix en Arr: gleterre s'élevait à environ deux piastres par minot, privilège qui était en partie illusoire: cependant, la demande fut suffisante dans les Indés Occidentales et les provinees inférieures tant que la libre exportation des produits amérieains fut permise par cette route. Dès Pannée 1793, nos exportations de farine et de blé ar la voie du St. Laurent, étaient de 100,000 barils; et elles s’élevèrent, en 1802, à 230,000 barils. Les décrets de Berlin et de Milan de 1807, les ordres en conseil émanés en conséquente par le ministère britannique, l’embargo décreté par le président Jefferson, en 1808, et Pimposition de nouveaux droits sur les bois de la Baltique, donnèrent une telle impulsion au eommerce du St. Laurent, que le tonnage arrivé au port de Québee en 1814, fut de 1000 pour cent plus considérable qu’en 1800. La guerre de 1812 et 1815 retarda naturellement le progrès d’un commerce qui dépendait tant des américains ; et nous frouvons en conséquence que Île tonnage de 1820, ne dépasse que peu celui de 1810 En

1822, les actes du Parlement Impérial relatifs au eommerce du Canada, en imposant un droit sur les produits agricoles des Etats-Unis introduits dans les colonies britanniques où transportés dans les îles, détruisirent la moitié du commerce d’exportation du St. Laurent, et les récoltes abondantes qui eurent lieu simultanément en Angleterre drrêtèrent nos exportations sur ce marché. : Pour nous indemniser des dommages occasionnés par l'acte de 1842, nos blés et nos farines furent admis dans le Royaume Uni, en 1825, moyennant un droit fixe de einq chelins sterling par quartier. L’ouverture des canaux Erié et Champlain dans cette conjoncture critique, donna une nouvelle direction aux exportations améri- ‘éaines qui avaient jusque là recherché Ia route de Québec; et la navigation du St. Laurent en regut un choc qu’elle n’aurait pas ressenti, si les mesures prises par le : Parlement Britannique eussent précédé celles de 1822. Les avantages accidentels résultant des différends qui s’élevèrent entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne au sujet de la libre navigation, (différends qui entrainèrent à leur suite l'interdiction du commerce d’exportation des Etats-Unis aux Indes Occidentales, et qui en réduisirent la valeur de £500,000 qu’elie était en 1826, à moins -de £500 en 1830.) rétablirent pour un temps notre ar eïen commerce. Le commerce du St. Laurent reprit aussi vigueur par la réadmission libre en 1826 (après quatre années d’exclusion) des bois et des alkalis américains sur les marchés britanniques, et par la réduction du droit sur la fleur destinée pour le marché des îles, de telle sorte qu’il se releva rapidement, et qu’en 1830, il avait pris des proportions auxquelles il avait été loin d'atteindre en 1820.

En 1831, il y eut un retour complet à la politique qui avait éié adoptée avant 1822. Les bois et les produits agricoles des Etats-Unis furent admis en franchise en

Canada,.et furent de là exportés comme produits: canadiens dans tous les pays, excepté la Grande-Bretagne ; et un nouvel avantage fut conféré par l’imposition d’un droit différentiel en notre faveur sur les bois étrangers importés dans les Indes Occidentales ou dans les possessions de l’ Amérique du sud. Nos exportations de farine. et de blé par mer durant le cours de cette année, principalement dans la Grande-Bretagne où il y avait alors une disette de céréales, s’élevèrent à environ 400,000 barils, et excédèrent pour la première. fois notre exportation de farine, en 1822; en conséquence de la demande plus près de chez nous, et des ravages de la mouche hessoise dans le Bas-Canada, cette quantité n’a été dépassée qu’en 1844. De 832 à 1839, il y eut disette dans les Etats-Unis, et nos céréales y furent en grande demande ; et les récoltes en Angleterre ayant été plus abondantes qu’à l’ordinaire de 1831 à 1836, l’ordre de choses se trouva renversé eur le St. Laurent, au point que la Grande-Bretagne envoya du bié à Québec. Il en vint aussi un approvisionnement d’Archangel. Le chiffre de ces importations, en 1835 et 1836, se monta à 800,000 minots : une demande semblable en 1829, avait dirigé l'exportation des céréales vers l’intérieur: cependant, malgré cette fluctuation dans nos exportations, l’importance et la valeur du commerce et de la marine du St. Laurent s’accrurent rapidement sans relaps continu jusqu’à l’année 1842. La révulsion de 1842, résultat d’une de ces crises périodiques qui affectent le commerce, fut sentie généralement, et fut encore aggravée en Canada par la répétition des mesures de 1822 qui ne s’attaquèrent pas seulement aux céréales, mais qui frappèrent le grand produit du Canada, le bois. Les droits sur lc: bois de la Baltique furent réduits ; la libre importation de la fleur américaine fut arrêtée par l’imposition d’un droit ; et notre commerce avec les Indes Occidentales fut

annihilé par la réduction du droit sur la fleur américaine expédiée dans ces îles. En imposant un droit de deux chelins sterling par minot sur la fleur américaine importée en Canada, et èn réduisant ce droit dans les Indes Occidentales de cinq à deux chelins, il s’opéra une amélioration égale à cinq chelins sterling par baril, en faveur de la fleur américaine exportée du Mississipi, de Baltimore et de New-York. La valeur de notre commerce avec les Indes Occidentales (durant l’exclusion des Ainéricains) s’était élevée au chiffre de £226,500, et en 1846, elle n’était que de £1010!

Nos exportations aux provinces inférieures (la Nouvelle Ecosse, le Nouveau Brunswick, le Cap Breton, etc.) atteignirent leur apogée en 1836; depuis cette époque, elles ont éprouvé des fluctuations, mais elles n’ont jamais atteint le même degré de prospérité. Qu’on se rappelle . que les Américains étaient alors obligés d’importer leurs céréales, et ne pouvaient par conséquent lutter avec Québec pour l’approvisionnement de ces provinces. L’acte de 1842 a été presqu’aussi funeste à notre commerce avec les provinces du golfe, qu’il l’a été pour celui des Indes Occidentales ; mais depuis l’ouverture de nos canaux, il y a eu une amélioration visible à cet égard. En 1841 (avant la mise en vigueur de l’acte connu sous le nom de Gladstone Act) notre commerce d’exportation avec les provinces inférieures représentait une valeur annuelle de £114,000 ; il est depuis tombé aussi bas que £51,000, en 1844. En 1845, les canaux de Beauharnois et Weïland furent ouverts au pnblic; et depuis cette époque, notre commerce s’est rétabli graduellement, de telle sorte que depuis que le canal de Lachine a été agrandi, il a repris ses proportions de 1841, et qu’il s’ac- ‘croit maintenant d’année en année. De mêm> que l’interruption de notre commerce avec les Indes Ocridentales causée par l’acte de 1822 relatif au commerce du Cana-

da, fut suivie, en 1825, de l’autorisation permanente d’exporter nos céréales sur les marchés britanriques, et des concessions obtenues en 1826 ; de même, la seconde interruption, ou plutôt la destruction de notre. commerce fut également suivie, en 1843, du privilège important d’exporter sur le marché britannique le blé américain reçu moyennant un droit nominal, comme blé du Caneda, sans obligation de prouver sa provenance, Cette mesure offrait une prime virtuelle d’enviren six chelins par quartier aux exportations américaines dans la Grande Bretagne par la voie du St. Laurent; mais comme elle portait aussi un coup indirect aux lois anglaises des céréales, cette même mesure renfermait en elle-même, comme les fusées d’une bombe, les germes de sa propre destruction; elle était trop excellente pour durer longtemps. Cette mesuresi favorable eût l’effet de grossir rapidement nos exportations de fleur et de blé, de sorte qu’en 1846, plus d’un demi million de barils, et autant de minots de ces deux produits furent expédiés du Canada par mer.

La grande demande de bois pour les chemins de fer en Angleterre, détourna depuis le coup dont le commerce de bois du St. Laurent était menacé par l’acte de 1842, en sorte que nos exportations de cet article ont été plus considérables depuis cette époque qu'auparavant.

En 1846, la législature britannique adopta des mesures dont le résultat fut le retrait de cette préférence dont le St. Laurent avait joui par accès, et qui avait pour ainsi dire fait de ce fleuve la route des exportations américaines dans la Grande-Bretagne ; et le nouveau système entra en pleine opération en 1849. Les demandes, dans l'intervalle, provenant du manque des récoltes de patates, jetèrent beaucoup de deute et d’incertitude sur la tendance finale de ce changement important apporté dans ‘Ros relations avec la mère-patrie ; et comme conséquence

nécessaire, l’ancien système qui avait pour but de maintenir ‘ la marine, les colonieset le commerce,” est tombé. par terre. En 1847, la législature impériale nous abandonna le contrôle dés douanes ; et la dernière, comme aussi la plus importante mesure qui nous a délivré des funestes effets des lois de navigation britanniques, est entrée en opération avec le commencement de la présente année.

Nous payons maintenant, comme tous les étrangers, un chelin sterling par quartier de huit minots, sur le blé et la fleur que nous exportons en Angleterre, et vingt pour cent sur le blé et la fleur expédiés dans les Etats- Unis. Ainsi donc, assaillis comme nous le sommes, “ par un feu de front et de flanc,” c’est a nous de lutter courageusement pour nous ouvrir un débouché sur les marchés de l’univers par la voie du St. Laurent, et pour forcer nos pratiques, par la bonne qualité de nos articles, à suivre cette voie. Le droit “ nominal” exigé sur:le marché britannique est plus élevé que n’était le fret entier d’un baril de fleur de New-York à Liverpool en octobre dernier, —plus élevé que tous les péages prélevés sur nos canaux depuis Chicago jusqu’à l’Océan,—et il est d’un denier moins fort que l’estimation du fret d’un baril de Buffalo à New-York par la voie du canal Erié. S'il arrivait par suite de nouvel ordre de choses, que les produits des colonies fussent admis francs de droits sur les marchés du Royaume-Uni, ce privilège, depuis l’abrogation des lois de navigation et l’ouverture' de nos canaux, opérerait tout autant comme une prime en faveur de la route du St. Laurent que le tarif de 1845; mais sil n’avait d’autre effet que de nous replonger dans notre ancienne léthargie, l’avantage qu’on en retirerait serait très problématique, et ne saurait avoir de prix à nos yeux dans ce moment qu’à cause des droits comparati-

vement légers et des taux modiques auxquels on peut

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transporter le fret dans les vaisseaux qui arrivent de PEurope avec des chargemens.

: Dans toutes ces vicissitudes commerciales, le malheur a-voulu qu’on ait tenté de guérir plutôt que de prévenir nos maux ; et il n’est pas difficile d’imaginer l’eflet que la politique du Parlement Impérial, par les actes de 1822, 1825, 1826, 1828, 1831, 1833, 1842, 1845, 1846 et 1849, a dû avoir sur les personnes qui sont engagées dans les affaires depuis vingt-cinq ans, et qui ont été témoins de tous ces changemens. Pouvait-on s’attendre qu’on placât de forts capitaux. dans le commerce canadien, dans de telles circonstances? Aussi,-après un demi siècle d’exportations, nous nous trouvons à la vérité, débarassés d’un grand nombre d’entraves nuisibles au commerce, mais aussi nous n'avons pas de marine canadienne, et notre commerce est exploité par les «gens de maisons établies par delà l’Atlantique. Nous ne sommes plus, il est vrai, sous la férule des lois de navigation ; nous ne nous confions plus :en la sécurité d’une far:sse proteetion ; et nous jouissons maintenant de cette belle liberté que ressent le pauvre qui est chassé de l'atelier où il trouvait de l’ouvrage. Si notre affranchissement commercial eût précédé lPabandon où nous a laissé la mère-patrie sous le rapport commereial ; et si nous eussions joui, pendant quelques années, d’un commerce libre et sans restrictions, avant l’expiration du système de protection, l’esprit des gens ne serait pas aussi dérouté qu’il l’est actuellement. Toutefois en jetant un regard rétrospectif sur les diverses phases par lesquelles nous avons passé, nous Ôsons affirmer qu’on trouverait peu d’hommes sensés et refléchis, quelques soient d’ailleurs leurs sentiments politiques, qui voulussent retour. ner à Pancien système de législation vacillante, de protection et de restriction, d’attraction et de répulsion alternative. Les lois de navigation et l’acte des possessions

britanniques réglaient notre commerce de telle sorte que nous étions obligés d’employerdes vaisseaux britanniques dont le maître et les trois-quarts de l’équipage devaient être sujets britanniques. Le commerce avec l’Asie et le Cap de Bonne Espérence nous était interdit au profit de la compagnie des Indes Orientales. Nous ne pouvions expédier nos provisions salées dans aucune des possessions britanniques ; nous ne pouvions importer le thé, le sucre, le café, ou les articles manufacturés d’aucun pays étranger. Aucun navire étranger ne pouvait nous apporter de cargaison à moins qué ce vaisseau ne fût bâti dans ce même pays, qu’il n’appertînt, et ne fut commandé par un maître et navigué par un équipage dont les trois-quarts fussént des nationaux ; et l’onexigeait en outre la preuve la plus rigoureuse de tout cela. De même, nous ne pouvions expédier de chargement dans un navire étranger, s’il n’était bâtietnavigué comme susdit, età moins de donner une obligation et descautionnements portant quele chargement serait transporté directement dans le pays auquel ce navire appartenait, et ne serait ni débarqué, ni augmenté ou diminué durant le cours du voyage. Les mêmes restrictions pesaient sur notre commerce avec l'Europe et l’Afrique. Les marchandises importées dans les vaisseaux étrangers étaient frappées de droits très lourds, et nos importations des pays étrangers étaient limitées aux articles énumérés dans une cédule dont le thé, le café, le sucre, les viandes et le poison salés, les vins, les boissons, les épices, les soiries, le cuir, le sel, la mélasse, le fer, les quincailleries, la potérie, le charbon, les verreries, les gréements de vaisseaux, les machines, les livres, le beurre, le fromage, le sain-doux, l’acier, le métal, les minéraux, les caractères d’imprimerie, la peinture et l’huile, les outils et même les effets des émigrés, les manufactures de toutes sortes, soit cotonnades, toiles ou lainages, le fer, la terre ou le bois étaient

rigoureusement exclus. Le charbon britannique apporté ‘comme lest à Québec ne pouvait-être ré-exporté. En 1825, ou se relâcha de quelques unes de ces restrictions ; mais comme pour compenser cette faveur, on alloua une diminution de dix pour cent en faveur des articles étrangers importés des entrepôts britanniques. On obtint aussi d’autres concessions detemps à autre; mais les principales restrictions demeurèrent en pleine vigueur jusqu’à la mise en opération de l’acte de 1842. Il est vraiment étonnant qu'aucune somme de protection, ou que la législation même la plus ingénieuse ait pu maintenir sur pied un commerce aussi hérissé d’entraves et de restrictions. Cependant, le commerce passé du St. Laurent a progressé d’un pas ferme et. d’une manière satisfaisante, en dépit des inconvénients qui ont peut-être plus que contrebalancé la protection excentrique dont il a joui. En passant en revue ce commerce depuis l’établissement de la paix, on trouve en 1820, que le tonnage arrivé par le fleuve, s’est élevé au chiffre de 150,000. De 1820 à 1830, l’opération des actes du commerce, l’imposition d’un droit de dix chelins sterling par voyage sur notre bois, et la réduction de treize chelins sur celui de la Baltique, l’ouverture des canaux de l’Erié et du Champlain, et la mauvaise récolte de 1823 tournèrent la balance contre notre commerce ; le tonnage néanmoins s’accrut de cinquante pour cent, tandisq'e l’accroissement correspondant à New-York, durant cette période, ne fut que de cinquante pour cent. De 1830 à 1840, les ravages de la mouche à blé dans le Bas-Canada,'la ré-admission des produits américains sur les marchés des Indes Occidentales, les récoltes plus abondantes qu’à l'ordinaire en Angleterre de 1831 à 1836, la rareté et la non-exportation de produits américains entre 1832 et 1839, et nos propres troubles politiques entravèrent le commerce du St. Laurent ; cependant, l’accroissement du tonnage fut près de

cent pour cent, tandis qu’à New-York, il était de moins de soixante pour cent. Depuis 1840, notre fleur et notre bois ont éprouvé les derniers coups de la législation impériale ; cependant nous ne doutons pas que les rapports de 1850 ne montrent un accroissement marqué sur notre position en 1840. N’ayant heureusement plus à redouter à l’avenir les éventualités d’une législation convulsive propre à nous alarmer ou à nous ruiner, nous pouvons maintenant adopter un système appuyé sur une base aussi solide, prospère ou durable que la fertilité de notre sol ; et le suivre avec cette persévérance intelligente, et cette industrie au moyen desquelles on vient à bout de surmonter toutes les difficultés. |

Les lois de navigation et les actes relatifs aux possessions britanniques, en imposant des restrictions à notre commerce, eurent l’effet de décourager la marine coloniale ; et en nous interdisant la faculté d’importer ou exporter, excepté dans une certaine classe de vaisseaux dont pas un ne se trouvait dans le St. Laurent entre le premier janvier et le premier mai, ces lois donnèrent le monopole de nos frets à un nombre limité de vaisseaux engagés dans notre commerce. Sans aucune inquiétude sous ce rapport, ces vaisseaux ne se donnaient nullement la peine de se procurer des chargemens ailleurs ; et ne pouvant faire plus de deux voyages dans la saison, leurs dépenses et profits annuels se réglaient exclusivement sur ces deux chargemens en Canada. Tant que nos importations n’ont pas dépassé les besoins de notre propre consommation, il est évident que les quatre-cinquièmes des frais de voyage de l’allée et du retour retombaient sur nos bois et notre farine. L’admission des vaisseaux étrangers dans nos ports nous aurait été d’un grand secours de temps à autre; mais vû le mauvais état de la navigation du fleuve au-dessus de Montréal, ce désavan-

tage dévait continuer à maintenir les taux élevés du fret et à diminuer nos exportations.

L'état de choses actuel offre un aspect bien différent ; la vallée du St, Laurent et les contrées de l’ouest qui bordent ses eaux, sont recherchées par les passagers et les effets qui aflluent de toutes les parties de l’Europe en Amérique depuis l’ouverture de nos canaux ; la route la plus facile et la plus économique pour y parvenir, étant celle de Québec. L’arrivage de sept vaisseaux de Brême dans le St. Laurent, durant la suspension temporaire des lois de navigation, en 1847, suffit pour indiquer la route que prendra à l’avenir l’émigration européenne pour se diriger vers l’ouest,

Jusqn’à présent, nous nous sommes bornés à considérer l’effet que la législation impériale a produit sur le commerce du St. Laurent, Comme la nature de nos relations commerciales avec les Etats-Unis a exercé une influence importante sur le commerce du St. Laurent, jetons un coup d’œil rapide sur ses progrès et ses fluctuations, ainsi que sur notre propre législation coloniale à cet égard. Notre commerce régulier avec les Etats-Unis a commencé avec le traité signé à Londres en 1794: et en 1801, un tarif uniforme dût nécessairement être adopté par nos deux législatures. Ce commerce se bornait dabord aux productions naturelles des Etats-Unis, les actes impériaux ayant prohibé pendant longtemps l'importation par terre du thé et de plusieurs autres articles. Pour encourager l’exportation des produits des Etats-Unis par la voie du St. Laurent, la libre importation de ces articles fut autorisée sans aucunes à restrictions, jusqu'a ce que l’acte du commerce du Canada passé par le parlement impérial en 1822, eût imposé des droits sur ces articles. En 1820, néanmoins, le Haut-Canada imposa très imprudemment un droit protecteur élevé sur les pro-

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duits des Etats-Unis, excepté ceux destinés poux l’exportation, et un droit de tonnage très onéreux d’un chelin sur les vaisseaux américains, en même temps qu’il exemptait les vaisseaux britanniques de payer un droit de tonnage de trois deniers seulement pour les phares. Ce dernier droit fut enlevé par le gouvernement impérial en 1825, époque ou l’on égalisa les droits de tonnage ; et dans la même année, l’on permit l’importation par terre de tous les effets que l’on aurait pu importer par mer des pays étrangers, c’est-à-dire, des articles ‘ énumérés.” Après avoir de nouveau permis Pimportation libre des produits des forêts et des céréales en 1831, les législatures locales, prenant leçon de Pexpérience, eurent soin de n’apporter aucune entrave au commerce du St. Laurent jusqu’après l’union. A cette époque, l’acte impérial de 1842 imposa un droit sur les produits des Etats-Unis ; nous eûmes la gaucherie de suivre la même politique, “ pour la protection de l’agriculture,” exceptant seulement la fleur et le blé ; et le même principe fut adopté dans les tarifs de 1848 et 49. Nous avons maintenant imposé un droit d’environ 20 pour cent sur les produits agricoles des Etats-Unis,—le blé et le grain seulement exceptés.

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