COMMERCE AVEC LE ROYAUME-UNI
Les modifications apportées dans nos relations avec la mère-patrie, résultat des changemens qui ont bouleversé tout récemment sa politique commerciale, ont opéré une gr” ade révolution dans nos sentimens politique et commerciaux à l’égard de nos frères de la Grande-Bretagne, sentimens qui n’auraient jamais atteint le degré d’intensité qu’ils ont pris, si l’on n’eût pas renversé l’ordre du progrès commercial. Si l’Angleterre eût d’abord enlevé les restrictions imposées à notre enfance, les liens mutuels qui les unissent se seraient relachés graduellement, sans choc ni déchiremer*, résultat d’une juste appréciation de Aos positions relatives. Nous avons obtenu de grandes faveurs de la mère-patrie ; nous devons lui en être reconnaissans ; et nous ôsons nous flatter que nous apprécions tout le bien qu’elle entendait nous faire. Si nous avons souffert de la politique vacillante de ceux qui ont jusqu’à ce jour présidé à nos destinées, nous y fesons allusion bien plus pour justifier notre conduite, que pour en faire un sujet de plainte contre ceile que nous avons ain.é avec plus de ferveur peut être que de sagesse. Si nous passons nos jours à regretter les temps de notre tutelle coloniale, et à faire des vœux pour le rétablissement du système de protection; si nous commettons un suicide politique en suscitant ici des partis pour attaquer ou défendre la politique anglaise ; si nous prétendons taxer les millions dans la Grande-Bretagne au profit des miliers du Bas-Canada; si nous voulons nous appauvrir nous mêmes, ou retarder notre marche en avant, dans le but d’enrichir ceux qui sont déjà assez riches, nous n’agirons alors que comme de mendians opiniâtres, des id'1ts ou des fats politiques.
11 faut à l’Angleterre pour sa propre consommation, année commune, près de 10,000,000 de minots de blé de plus
qu’elle ne produit elle même, ou 2,000,000 de barils de fleur ; par conséquent, comme marché pour nous, elle marche de pair avec la Nouvelle-Angleterre. La quantité moyenne annuelle de blé étranger importé pour la eonsomration dansle Royaume-Uni pendantles seize années finigant avec l’année 1845, a été peu au-dessous de neuf millions et demi ; or, comme en 1846, environ 4,600,000 aeres de terre en moyenne ont été semés de blé, lesquels ont produit en moyenne 142,200,000 minots ou au-delà de trente minots par acre, tonte amélioration dans la récolte jusqu’à concurrence de deux minots par acre, fera cesser la demande, et tout déficit dans la même proportion la doublera. Or maintenant comme l’excédent de blé disponible dans les ports voisins de l’Europe, dans la Baltique et la Mer Noire, dépasse rarement 18,000,000 de minots dont la valeur mise à bord au port d’embarcation est d’une piastre environ par minot; que la qualité en est à peu près égale au meilleur blé du Canada, de POhio ou de Genessee ; et que le fret est à peu près le même que s'il étaitexpédié d'Amérique, chaque fois qw’il y aura une demande pour la consommation en Angleterre, disons de 30,000,000 minots de blé comme ce fut le cas pendant les cinq années de 1838 à 1843, des chargemens considérables auront lieu et seront expédiés d'Amérique ; mais aussi, chaque fois que la récolte sera bonne, comme dans les six années de 1841 à 1847, période durant laquelle le déficit n’a varié seulement que de 230,000 à 1,000,000 de minots, ce commerce méritera à peine qu’on s’en oceupe. Remargnons, cependant, que dans un pays comme la Grande Bretagne où les eapitaux sont ahondans, la consommation considérable, les spéculations nombreuses, la récolte incertaine, et l'enjeu si fort qu'un seul jour orageux fait passer des millions de louis des mains d’un
courtier dans celles d'un autre, Pimportation ne pent ja-
mais être strictement assimilée aux besoine actuels du
pay:
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eter men mou buts de l nent fois « Les risqu des a oblig mant teux bon n prisoi catiot entre ci-des
pays. Le blé west expédié. avec profit en Angleterre que lorsque le blé y est d’une qualité inférieure, ou qu’on a besoin d’un blé plus sec ou. d’une meilleure qualité pour le mélanger; d’ailleurs, les chargemens de blé offrent de grands risques, car il est sujet à ‘ s’échauffer, ” et en conséquence, on n’en expédie que peu comparativement de l'Amérique. Les facilités que nous avons pour moudre le grain; la valeur qu’on trouve ici pour les rebuts ; et le mode plus sûr, plus facile et plus économique de l’expédier, lorsqu’il est converti en farine, nous donnent un avantage marqué sur les marchés anglais, chaque fois qu’il y a une demande subite pour la consommation. Les producteurs du continent sont trop appauvris par les risques ruineux qu’entraînaient pour eux (sous l’opération des anciennes lois des céréales) le marché où ils étaient obligés de vendre leurs produits, pour devenir tout à coup manufacturiers de farine ; et en dépit des avantages doueux du travail des serfs qu’ils emploient, des vaisseaux à bon marché, et des matelots nourris comme on nourrit les prisonniers d’une géole, excellence de nos communications intérieures, l’accroissement rapide des relations entre la Grande-Bretagne et l'Amérique, et les avantages ci-dessus assureront, nous le pensons, la préséance à cette dernière sur les marchés anglais chaque fois qu’elle trouvera profitable d’y expédier sa fleur. Ainsi, quoique la Grande-Bretagne ait importé, en 1843, de la fleur et du blé dans les proportions relatives d’un baril de fleur à trente minots de blé; en 1847, (époque de la grande famine), la proportion des mêmes importations fut d’un baril de fleur à six minots de blé. Sur les 3,600,000 barils de fleur importés dans le Royaume-Uni en 1847), les Etats-Unis en expédièrent 2,487,086, et le Canada environ 500,000 ; la majeure partie du déficit fut sans doute expédiée indirectement de l’Amérique, par la voie d’Halifax, St. Jean et autres ports; mais des 21,000,000 mi-
me
ta
nots de blé que l’Angleterre importa dans la même année 3,000,000 seulement furent expédiés de l'Amérique. Bien que les importations de blé, en 1848, aient peu varié
* de celles de l’année précédente, il y eut une diminution
d’un million de barils dans la fleur; et les Etats-Unis n’expédièrent qu’un vingtième de la fleur et un dixième du blé qu’ils avaient exporté dans la Grande-Bretagne en 1847, savoir, environ 180,000 barils de fleur et 250,000 minots de blé. Durant l’année expirée le 1er septembre 1849, ces exportations s’élevèrent de nouveau à environ 1,000,000 de barils et 1,000,000 de minots. La fleur importée dans le Royaume-Uni dans l’année expirée au mois d’août 1849, le fut par les Etats-Unis pour les onze seizièmes ; le Canada exporta presque tout le reste. En 1845, l'Angleterre reçut son approvisionnement de fleur presqu’exclusivement par la voie du St. Laurent. Ainsi les Etats-Unis expédièrent dans la Grande-Bretagne durant les années finissant au mois de septembre.
1845... 35,355 bbls. fleur, 2,010 min. blé 1847......3,150,689 4,015,134 1848... 183,533 251,622 1849......1,118,116 1,091,385
Prenons les trois principales céréales des Etats-Unis, et nous trouvons que toute leur exportation a été comme suit :
Fleur, bbls. Blé, min. Blé d’inde; min. Farine blé d’inde, bbls.
En comparant les recettes britanniques avec les chargemens américains, on éprouve beaucoup de difficultés, à cause des différentes époques auxquelles les états annuels sont dressés, (janvier et juillet). Près de quatre millions de minots de blé d’inde, et trois cents milles barils de farine de blé d’inde sont exportés des Etats-Unis
nots 1846; suite en 1! accr prou inté
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aux Indes Occidentales et sur d’autres marchés étrangers. Les exportations du blé d’inde des Etats-Unis dans la Grande-Bretagne, commencèrent en 1844; on verra par le tableau qui suit le développement et les proportions qu’elles prirent, comparativement aux importations
totales du Royaume-Uni.
Importations totales du Royaume-Uni. Ezpédié par les Etats-Unis. Farine de Farine de Blé d’inde, min. blé d’inde, quia. Blé d’inde, min. blé d'inde, barils. 1841. 296,512 89,073 29 1845... 443,024 135,688 1 1846... 5,694,888 . 151,910 1,192,680 50,165 1847...28,866,496 1,448,837 15,526,525 713,083 1848...12,694,168 234,114 4,581,367 106,350 minots 1849...18,298,264 inconnu. 12,729,626 86,058 do
Cette dimunition dans les importations de blé d’inde dans la Grande-Bretagne, en 1848, est due sans doute aux immenses quantités qui en furent importées en 1847; car la position que cet article a pris en 1849, tandis que Pimportation du blé et de la fleur n’a pas même atteint le chiffre auquel elle était parvenue dans l’année qui a précédé la famine, prouve l’effet puissant que l’introduction du blé d’inde exercera par la suite sur la consommation du blé en Angleterre.
Que les Etats-Unis aient pu exporter 6,000,000 de minots de blé, et l’équivalent en fleur en 1845, 13,000,000 en 1846, 26,000,000 en 1847 ; et qu’ils soient retombés egsuite aux proportions de 13,000,000 en 1848, et de 6,000,000 en 1849, alors que la production du blé s’est constamment accrue dans ce pays pendant cette période, c’est là ce qui prouve l’élasticité merveilleuse et l’étendue de ses marchés intérieurs. Si le prix du blé est plus élevé en proportion que celui du blé d’inde, les Américains exportent le blé et consomment le blé d’inde ; s’il y a une grande demande de blé d’inde, ils tuent leurs pores et exportent le blé d’inde, car le lard est un article qui se garde bien. Si ni l’un ni l’autre n’est en demande, ils mangent l’excédant de leur blé, engraissent leurs porcs avec le blé d’inde, et expor-
tent le lard, comme ayant la plus grande valeu#sous un moindre volume. C’est ce que l’on verra, en comparant les exportations de ces deux articles, et prenant pour termes de comparaison deux années pendant lesquelles ils ont été en demande ou en baisse sur les marchés respectifs.
Recette du blé d’Inde et du lard expédié par le Mississipi à la Nouvelle Orléans, en 1847 et 1848.
Blé d’inde épluché, Farine de
et mis dans des sacs. Blé d’inde en épis. blé d’inde, bbls. Lard, lbs.
Les Etats Unis produisent environ 120 millions de minots de blé, et près de 600 millions de minots de blé d'inde. On peut estimer le surplus du blé pour l’exportation à vingt millions de minots ; quant au blé d’inde, la quantité en est illimitée. Ils exportent environ un million et un quart de barils de fleur, et environ un million de minots de blé sur d’autres murchés que ceux de la Grande-Bretagne ou de ses colonies de l’Amérique Britanique du Nord, savoir, en Europe, en Asie, en Afrique, aux Indes Occidentales, dans l’Amérique du Sud, et dans ies îles de l’océan; et comme la fleur manufacturée est l’article en demande sur ces derniers marchés, nous pensons que l’exportation de cet article de New-York, de la Nouvelle Orléans et du St. Laurent, aura souvent lieu sur
d’autres marchés que ceux de la Grand-Bretagne. Nous avons rapporté ces tables pour faire voir que la fleur amé-
ricaine n’est pas nécessairement restreinte aux marchés de l’Angieterre, mais qu’elle séjourne ici jusqu’à ce qu’il se présente une demande ; et que l’industrie canadienne peut trouver d’autres débouchés, si elle veut seulement se donner la peine de les chercher.
Nous inclinons par. conséquent à l’opinion que la Grande-Bretagne ne tirera pas régulièrement de l’Amé-
rent cette taux s’agi prix.
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rique un plus grand approvisionnement de fleur ; que ses meuniers préfèreront faire venir le blé du continent; que l’usage du blé d’inde diminuera la consommation du blé ; que l’Angleteterre produira elle-même en grande partie le blé dont elle a besoïn pour sa consommation ; que la quantité de blé d’inde expédiée de l’Amérique dans le Royaume Uni ira toujours en augmentant ; et que les chargemens auront lieu principalement par la voie du St. Laurent et du Mississipi, (et non par New-York,) attendu que cette voie n’offre qu’un seul transbordement, et diminue les taux dufret,—deux considérations très essentielles lorsqu’il s’agit d’un article d’un gros volume et qui se donne à bas prix. Sous le point de vue commercial, nous pensons que le commerce du blé d’inde avec la Grande-Bretagne deviendra plus important pour nos canaux que celui de toutes les céréales et provisions américaines expédiées dans ce dernier pays.
Les mauvais effets d’une famine ne se font pas sentir seulement dans l’année où elle a lieu; on s’en ressent encore plus tard par la défiance qu’elle inspire aux cultivateurs, et les moyens qu’elle lewr enlève de cultiver le sol avec avantage. Nous n’avems donc aucune confiance dans la continuation de la demande actuelle de nos céréales en Angleterre, demande qui, bien qu’elle ait éprouvé une baisse considérable, a néanmoins excédé la moyenne de la période qui a précédé cette famine. La révocation des lois des céréales augmentera sans doute la consommation, mais elle aura aussi l’effet d’augmenter la production ; autrement, malheur à l'Angleterre !
Que cette île, avec son climat variable et incertain, puisse soutenir la concurrence avec les contrées plus favorisées sous le rapport du climat, où le travail est à plus bas prix, et dont l:s icrres ne sont pas chargées de taxes aussi lourdes, c’e:1 là un problème qui n’est pas encore résolu, et qui n' ‘2vra pas moins nous intéres-