WEST MAÏ4 STREET WEBSTER, N.Y
ser d’ici à quelques temps. Il n’est guère possible, dans un Royaume où les capitaux sont si abondans, et la main d'œuvre et le travail! à si bas prix, que l’agriculture qui a fait dernièrement des progrès aussi extraordinaires, puisse rétrograder. Des millions d’acres cultivables y sont encore en friche. L’Irlande seule, si la moitié de ses terres seulement était cultivée, pourrait rendre l’Angleterre indépendante de l'univers. Il s’est élevé en Angleterre une lutte d’intérêts durant laquelle l’égoïsme des propriétaires a attiré sur leurs têtes une juste rétribution, et a précipité incidemment l’émancipation du commerce des colonies. Les partisans de la protection auraient pu s’assurer cinq ou six c. par qr., ce qui aurait donné de la fermeté au marché, et contenté les Canadiens pendant quelques années encore : et notez que cette somme aurait été en grande partie payée par le producteur. Mais ils ont mieux aimé tout risquer, et ils ont tout perdu., Si les rentes sont diminuées, les taxes devront l’être aussi; et il n’est nas donné à l'esprit humain de prévoir les conséquences qui résulteront d’un tel état de choses. Si l’Angleterre est heureuse et prospère, si l’Irlande est régénérée, et si l’Ecosse ne devient pas une autre Manchester, la Grande-Bretagne ne dépendra pas longtemps de létranger pour procurer la subsistance à sa population : elle ne peut continuer longteraps dans cet état, car hélas! combien triste est le sort d’un pays où la culture du sol, première destinée de l’homme, est subordonnée à d’autres occupations. D’après le recensement de 1841, il parait qu’un million et demi d'hommes étaient employés aux travaux de l’agriculture, et plus de trois millions engagés dans le commerce. Allouant pour les artisans et les trafiquans qui sont employés exclusivement par les agriculteurs, la balance est encore très forte contre ceux qui trouvent leur subsistance dans la culture du sol: et ces millions qui ne produisent et ne: pourront jamais rien
produire pour leur subsistance, il faudra suppléer à leurs besoins, en tirant sur les ressources [e l’étranger; car nous regardons comme un fait certain que la surabondance de céréales versées dans les ports d'Angleterre, depuis la famine qui est la cause des bas prix actuels, produira aussi une panique agricole ; et qu® la diminution naturelle des productions qui est le résultat d’un manque de confiance dans la fertilité du sol, augmentera encore en raison de l’absence de toute confiance dans les marchés. Mais les prix ne pourront longtemps rester dans l’état de baisse où ils se trouvent actuellement, car les approvisionnemens de l’étranger qui ont été stimulés par la perspective d’une disette continue, ralentiront. Dans Pintervalle, il peut arriver que le cultivateur en AngJleterre soit ruiné, et il faudra des années pour le relever de ses pertes, et lui faire une meilleure position. La récolte ordinaire dans le Royaume-Uni, déduction faite de la graine de semence, rapporte environ 400,000,000 de minots; et comme en 1847, il a été importé près de 100,000,000 minots de grain et de farine, le déficit général doit avoir été de près de vingt-cinq pour cent. Avant la famine, les importations avaient rarement atteint le chiffre de vingt millions de minots de grain et de farine de toutes sortes. En 1848, les importations s’élevèrent à soixante millions, eten 1849, à quatre-ving-neuf millions, malgré de bonnes récoltes de blé, ce qui démontre toute la violence du choc, et la lenteur avec laquelle on s’en est relevé. Ainsi donc, bien que les densandes. soient plus fortes dans la Grande-Bretagne pour le présent, nous ne devons pas négliger de mettre ordre à nos affaires dans la provision de quelques changemens, et nous hâter de profiter des instans pour ouvrir à nos produits des marchés plus certaias et plus nombreux. |
Si nous nous sommes étendu aussi longuement sur la
question des marchés britanniques, c’était pour faire voir l: peu de sureté, et le danger qu’il y a pour nous de compter exclusivement sur ce marché que nous avons, comme colons, considéré, jusqu’à ce jour, comme sufisant amplement à tous nos besoins. Nous croyons que la révocation du tarif élevé établi par la loi des céréales est un bienfait public; c’est au retrait de ces lois que nous devons celui des lois de navigation. Nous n’avons jamais dû compter sur la continuation de ce tarif protecteur ; et comme la confiance est la base du commerce, mieux vaut pour nous que le St. Laurent soit une bonne fois mis à l’épreuve sans aucun avantage artificiel, et que son importance et sa valeur soient pleinement constatées, que de continuer à vivre sous un système qui donne lieu aux folles spéculations, à l’ivresse commerciale, et aux réactions qui en sont les suites inévitables.
Si nous cultivons le blé d’inde, comme de toutes les parties de l'Amérique d’où l’on exporte cet article, nous sommes le pays le plus près de la Grande-Bretagne, nous y trouverons un marché ferme et constant, car l’humidité du climat de l’Angleterre n’est nullement favorable à sa culture. Ilen est de même des provisions et des laitages. Quant à la fleur, principal article de notre commerce, nous devrions faire un effort pour lui donner entrée des marchés qui sont maintenant approvisionnés par nos voisins des Etats-Unis, ou partout ailleurs où nos vaisseaux désireront faire voile durant les mois d’hiver. Nous pouvons généralement obtenir sur les marchés de la Nouvelle Angleterre des prix avantageux, à moins qu’on n’y augmente les droits ; car notre position et nos moyens de transport à bas prix, ont pour nous l'effet de contrebalancer les inconvéniens du tarif. L’exemple de l’Etat de Rio de la Plata devrait nous apprendre, qu’un fleuve, quelque soit le nombre de maîtres qui prétendent dominer son cours, ne doit avoir qu’un
commerce, Nous poursuivons maintenant une politique insensée ; car possédant fortuitement la moitié inférieure de la vallée d’un fleuve qui est le débouché naturel d'une grande partie de l’Amérique du Nord, nous refusons le passage aux produits des terres qui sont arrosées par le même nuage; et par là, nous avons tellement appauvri cette moïtié, et l’avons laissée si dénuée de marine, que les exporiations de la partie supérieure de cette vallée ont franchi la barrière, et se servent maintenant des nombreuses voies de communication que nos voisins plus actifs ont établies et poussées jusqu’au bords de la mer, pour leur propre protection. Sans marine, et sans fret suffisant pour entretenir nos canaux, ou même tracer le chenal de notre superbe fleuve, nous suivons l’exemple du “ chien muselé qui ne veut pas que d’autres touchent à sa proie” en gardant un monopole qui ne nous est d’aucune utilité. C’est cette politique qui a bâti New-York, construit le canal Erié, ct empêché Québec de devenir le premier port de l’univers pour la construction des vaisseaux. Des importations et exportations sur une large échelle peuvent seules donner de l’emploi à un grand nombre de vaisseaux, et par là réduire les taux du fret ; et en fermant un passage destiné à l’écoulement des produits d’un monde entier, pour le restreindre aux minces proportions du commerce d’une province, nous avons forcé Pictou à recevoir ses approvisionnemens de fleur par New-York, et Québec ses approvisionnemens de charbon par Liverpool. Le grand fleuve St. Laurent, débouché d’une seule province, est resté bien en arrière de la petite rivière Hudson, débouché de plusieurs Etats. (C’est à nous d’ouvrir le St. Laurent et de donner un passage libre à tous ceux qui habitent sur ses rives ; car, comme colons, nos importations de la Grande Bretagne sont trop insignifiantes pour réduire les taux du fret; tandis que le com-
merce de la vallée du St. Laurent, sans distinction na-
tionale, avec la Grande Bretagne, avec les provinces du golfe, les indes et l’univers entier, deviendra le commerce d’un‘empire quine le cèdera en importance a nul autre sur ce continent ÿ
C’est ce commerce dont nous nous proposons maintenant de parler.