‹ De l'avenir et de l'influence des canaux du Canada [microforme]Chapitre 7 sur 24 · AMELIORATION DU ST. LAURENT DANS L'ORIGINE · texte numérisé non relu

AMELIORATION DU ST. LAURENT DANS L'ORIGINE

A venir jusqu’à l’année 1822, le Bas-Canada possédait le contrôle absolu du St. Laurent ; puis, il a jouis du contrôle virtuel. de ce fleuve jusqu’à l’époque de lunion en 1841; mais une fausse politique semble avoir présidé, pendant nombre d’années, aux conseils de ceux qui dirigeaient son commerce. Le canal de Lachine fut unique objet de la sollicitude du gouvernement ; et la législature avarnÇa plus de £100,000 pour cet ouvrage, de 1822 à 1829. Les dimensions furent celles d’un canal pour le passage de bateaux ; et la confection des travaux militaires sur la même échelle, par la voie de l’Outaouais et du Rideau jusqu’à Kingston, détourna l’attention publique, et fit oublier l’idée d’amélio .-r la voie principale. La province inférieure qui possédait alors plus de richesse et une plus forte population, aurait dû prendre l'initiative dans cette grande entreprise ; mais la voie du Rideau déjà ouverte; et ces malheureuses “ considérations militaires ?” qui ont toujours été un obstacle à notre avancement, accréditèrent l’opinion qu’il fallait abandonner Pusage de notre beau fleuve, par le motif que les occupans de la rive opposée pourraient peut-être un jour détruire la voie commune qui alimentait les deux pays.

. Une autre supposition moins favorable, c’est que voyant la grande échelle sur laquelle le Haut-Canada avait construit le canal de Welland, et celle qu’elle proposait pour le St. Laurent, la législature du Bas-Canada voulut décourager un projet qui tendait à ouvrir les lacs jusqu’à l’océan, et à enlever à la province :inférieure les avantages résultant du transbordement des produits et marchandises Les commissaires du Haut-Ca-

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nada n’hésitèrent pas à lancer cette accusation en 1826 ; mais sans manquer à la charité, on peut dire avec justice, que le Bas-Canada a trop compté sur les besoins de la province supérieure, et n’a pas assez apprécié le commerce croissant des régions qui bordent les grands lac de Pouest,—commerce qui a non seulement éclipsé tout le commerce d'importation et d'exportation de Montréal et de Québec, mais dont la valeur a excédé tout le commerce. d’exportation étrangère aux Etats-Unis par tous ses ports de mer.

Ou commença d’abord à construire les canaux militaires. de l’Outaouais sur la même échelle que celle du canal que l’on construisait alors à Lachine, savoir :—pour le passage des bateaux du port de 100 tonneaux. Après avoir construit trois écluses d’après ce plan (sur lu section Grenviile,) on doubla l’échelle, et l’on aggrandit les écluses de manière à donner passage aux steamers ou bateaux du port de 200 tonneaux. Ces trois petites écluses existent encore à l’heure qu’il est sur une chaîne de quaran'e écluses plus grandes, neutralisant ainsi tous les avantages qu’on attendait de cet élargissement ; —monument qui atteste la centralisation impériale, et la fausse politique ou l’impuissance de l'influence coloniale, et qui justifie pleinement la dépense faite depuis par la province pour l’amélioration du St. Laurent. Une autre cause saillante qui a fait échouer les routes du Rideau et de l’Outaouais, c’est la nécessité d'employer la vapeur pour une navigation aussi insignifiante, Le léger tirant d’eau (quatre pieds et demi), et les dimensions étroites des écluses de Grenville nécessitaient le transbordement à Kingston et Montréal, L’absence d’un chemin de halage jeta le commerce de transport entre les mains des grandes compagnies ; le commerce descendant (qui est bien la plus forte proportion) suivit les rapides du St. Laurent ; mais pour ramener les bateaux, il fallut avoir

recours aux propriétaires des bateaux à vapeur. Ce.systême qui exigait des arrangemens et des capitaux considérables, entraîna nécessairement le monopole à sa suite, lequel, tout en énrichissant les marchands de transport, contribua rapidement à la construction du canal Erié. Si l’on eût d’abord construit le canal du Rideau sur une échelle qui eût permis le passage aux vaisseaux qui naviguent sur les lacs, où si l’on eût fait un chémin de halage comme celui qui existe sur le canal Erié, de manière à donner à tout équipeur qui possédait une paire de chevaux la faculté de se servir de ce chemin, il est tout probable que l’on n’aurait pas encore entrepris les travaux du St. Laurent. Cependant nous n’avons rier à regretter sous cé rapport ; l’argent a été dépensé ‘“ pour les fins militaires ” tout aussi avantageusement qu’il l’aurait été partout ailleurs ; et il est douteux que cettc route pût longtemps fournir un volüme d’eaux suffisant pour suppléer aux besoins d’un commerce étendu.

En 1827, le Bas-Canada prit pour £25,000 de parts dans le canal de Welland, qui était alors en voie de construction,—démarche qui fait également honneur à la libéralité de la législature, et à la persévérance de ceux qui en avaient projeté la construction; en 1831, la législature vota £10,200 “ pour mettre les bateaux en état de remonter les Cascades, etc.” En 1833, tandis que le Haut-Canada, après avoir surmonté, au moyen du canal de Welland, les obstacles que présentait la chute de Niagara, s’occupait des moyens d’enlever la seule barrière formidable dans l’étendue de sa jurisdiction, qui s’opposât à une jonction avec l’océan, par la construction du canal de Welland,—le Bas-Canada nomma une commission pour s’enquérir de la convenance de seconder les efforts de la province ‘supérieure ; mais on en resta là,—aucun argent ne fut voté, —et les troubles qui éclatèrent subséquemment dans cette province eurent l’ef-

fet d’ajourner le règlement de cette question jusqu’après lP’union.

CANAL DE WELLAND,.

Peu de temps après la fin de la guerre américaine, le Haut-Canada s’occupa de l’amélioration du St. Laurent, de sa position, et des disputes existantes entre les deux provinces ; il voulut aussi régler sa part des droits prélevés sur les importations pur mer;—de là le désir de s’ouvrir un passage jusqu’au littoral de la mer. De 1818 à 1824, la législature vota £4000 pour faire un relevé des obstructions qui s’opposaient à la navigation du St. Laurent dans l’étendue de ses limites; et c’est durant cette dernière année, que la compagnie du canal de Welland obtint sa charte.

Cette fameuse entreprise fut commencée en 1818 par quelques habitans du district de Niagara, qui nivelèrent le banc de rocher qui sépare les eaux qui se déchargent dans le St. Laurent au dessus et au dessous de la chute de Niagara. Ils n’avaient pour guider ou diriger leurs efforts, ni personnages officiels, ni ingénieurs célèbres, ni grands commerçants, ni chefs politiques distingués ; tous, à l’exception d’un seul, étaient des cultivateurs et marchands de campagne, résidant dans le Township de Thorold, et naguère camarades de l’intrépide général Brock. Ils n’avaient sous les yeux aucun précédent dont Pheureuse réussite pût les encourager ; et un peuple quatre fois plus nombreux, et qui commandait le commerce .de cet océan Atlantique qu’a peine un seul de ces hommes avait jamais vu, venait d’entreprendre la construction du canal Erié. Il n’y avait alors qu’un seul bateau à vapeur sur le lac Erié ; les lacs Huron et Michigan n’étaient connus seuleméht que des sauvages et des trafiquans de pelleteries. Buffalo, ville de 4000 âmes,

n'était encore qu’un village ;et Chicago et Milwaukie n’existaient alors qu’en embrion. Tout le commerce audessus de Niagara, avec sa nappe d’eau de 13,000 lieues carrées et ses 1000 lieues de côtes, n’employait que quarante voiles dont deux seulement du port de plus de cent tonneaux. Et cependant, il n’en est pas moins vrai, que c’est sous des auspices aussi frêles et aussi modestes qu’on trace l’origine de cette politique qui a depuis renversé les barrières élevées par la nature qui s’opposaient aux relations commerciales de l’Amérique centrale du nord avec l’univers entier ; et les personnes qui, les premières, prirent part à cette entreprise .ont vécu assez longtemps pour voir des centaines de palais flottans poussés par la vapeur, et plus de cinq cents voiles sillonner les eaux des grands lacs de l’Ouest. Ces personnes ont vu le tonnage de 1818 se décupler,—la population des bords du lacs s’accroître avec une merveilleuse rapidité,—et une émigration partir de son sein, à la recherche de l’or de la Californie, faire les deux tiers du tourdu globe dans un vaisseau bâti sur les lacs, pour coloniser des régions conquises autrefois par l'Espagne.

En 1833, après avoir étendu la navigation du St. Laurent près de 350 lieues dans l’intérieur, par la confection du canal de Welland, le Haut Canada vota £710,000 pour l’améiioration du fleuve entre Prescott et la frontière Est de la province, cet objet étant ‘ de la plus haute importance pour les intérêts agricoles et commerciaux de la province,” tel qu’indiqué dans le préambule de l’acte. En 1834, la législature autorisa le magnifique emprunt de £350,000 pour cet objet, et décréta que

les écluses auraient 200 pieds de longueur sur 55 de lar-.

geur, avec un tirant de pas moins de. neuf pieds d’eau. En 1837, la manie des canaux fut portée à son comble

dans la province supérieure ; on autorisa le prélèvement:

d’une nouvelle somme de £245,000 pour l’achè vement

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permanent du canal de Welland, dont les écluses en bois tombaient rapidement en ruine ; et dans la session de la même année, le Haut-Canada vota la somme énorme de £930,000 pour les améliorations intérieures. Ces magnifiques “ résolutions” devinrent en partie illusoires par suite de la crise politique qui éclata bientôt après.

Lors de l’union des provinces en 1841, l’on vota, durant la première session, £1,319,182 sterling pour les canaux du St. Laurent et de Welland, le canal de la Baie de Burlington, et les havres du lac, et plus de £350,000 sterling pour d’autres améliorations. Le rapport favorable du comité, —qui contenait l’allocation allouée * pour amélioration du St. Laurent, est dû aux efforts du chef de ce parti, qui, sur le banc de rochers de Thorold, plus de vingt années auparavant, avait projeté l’annihilation des obstructions apportées au commerce par les chutes de Niagara. L’allocation pour l’achèvement des canaux du St. Laurent avait été mise de côté dans la susdite appropriation, et le sort de cétte navigation ne dépendait alors que d’un seul vote, et ce vote était hostile. Bien que les journaux n’offrent aucun indice de la lutte, il se livra à ce sujet un combat en comité, avec des chances di-

* En 1841, M. Harrison, après avoir obtenu £844,000 pour la confection de canaux, havres, glissoires et chemins, proposa la résolution suivante qui aurait eu l'effet d’ajourner l’amélioration du St. Laurent.

Resozu,--Que l’anélioration de la navigation du fleuve St. Laurent devrait être entreprise et achevée, aussitôt que le gouvernement de cette province pourra négocier et obtenir d’aucune compagnie ou compagnies privées, nn emprunt de pas moins de £500,000, à un taux réduit d’intérêt.

M. Merritt proposa les résolutions suivantes :--

ResoLu,—Que les grands lacs du Canada, et le flenve St. Laurent sont le débouché naturel vers l’océan des contrées qui bordent leurs eaux, et offrent de grauds avantages pour ouvrir des relations commerciales avec les pays lointains.

Resoru,—Que l’achèvement de ce canal (St. Laurent) conférerait les plus grands avantages à la grande masse des habitans du Canada, et serait avantageux pour tous; et que c’est en conséquence l’opinion de cette Chambre, qu’un emprunt de £500,000 soit prélevé et réalisé au moyen de débentures payables dans vingt ans, portant intérêt à un taux de pas plus de cinq pour cent, payable tous les six mois à Londres”?

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verses de succès ; et après plus d’un revers, la victoire fut finalement remportée par cette même patience, cette persévérence et cette énergie indomptable, au moyen desquelles on avait déjà réussi à mener à une heureuse fin l'achèvement du canal de Welland. Les résolutions proposées, rejetées, amendées et présentées de nouveau à plusieurs reprises dans ce comité, furent “‘ celles de 1841,” et non celles sur lesquelles le charlatanisme politique a dirigé l’attention publique à l’exclusion d’objets plus pratiques, lesquelles, bien qu’excellentes en elles-mêmes ne servent qu’à donner des pierres au peuple qui demande du pain,—substituent les théories gouvernementales aux comrmunications faciles—et sèment les fictions politiques là où l’on devrait ouvrir des marchés pour l’écoulement des produits du pays. Il est de fait, que tandis que la caisse provinciale a saigné par tous les pores pour ‘ des considérations politiques,” des administrations rivales ont retardé d’année en année, d'une manière inutile et criminelle, l’achèvement de nos canaux.

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