d'urée correspondaient à 40» de température
Et "W. Moos (1) prétendit que la courbe de l'excrétion de l'urée était parallèle à celle de la température dans les maladies surtout dans la scarlatine. Ces résultats si simples et si précis devaient laisser dans l'esprit un doute profond, car les phénomènes vitaux ne se montrent pas d'habitude avec la régularité mathématique qu'on voulait leur attribuer.
Cependant Huppert (2), se basant sur ks tableaux de Traube et de Jochmann et sur ses observations personnelles, admettait lui aussi, une augmentation d'urée proportionnelle à l'élévation de la température. Il cherchait à prouver que cette excrétion exagérée d'urée, indéniable quand on faisait porter l'observation sur un espace de temps très-long, était encore plus évidente quand on faisait des examens fréquents, quand, par exemple on prenait la température toutes les deux heures. Il concluait de recherches faites avecReysel (3) sur un pneumonique, que dans la fièvre on brûle plus d'albumine, et que cette albumine vient de l'économie au lieu de venir des aliments comme dans Tétat de santé.
Certes les assertions de ces auteurs reposaient sur un fait vrai, indiscutable, l'augmentation fréquente de l'urée dans les états fébriles. Cette augmentation, Naunyn prouva que chez les animaux elle pouvait atteindre le double de la quantité normale ; mais comment expliquer les cas dans lesquels une fièvre considérable s'accompagne d'une faible augmentation d'urée ?
(i) William Moos. On the action of patash, soda, litliia, lead, opium and calchium on the urine. Americ. Journ. LXXXVII, p. 384-388. April, 1861. Cité par Lorain, p. 551, t. I. Éludes de médecine clinique.
{2) Hnppert. Sur l'élimination de l'urée dans ses rapports avec la température du corps dans les affections fébriles (Arcliiv der Heilkunde, n» 1, l86o).
(3) Huppert et Reysel. Ueber den Stickstoffs ^^Einsatz beim Fieber. Archiv. der Heilkunde, p. 329, 1869.
Ces faits existaient cependant, ils étaient déjà connus de Huppert et ils suffisaient pour infirmer sa théorie.
Fallait-il donc abandonner cette idée séduisante qui fait de l'élévation de la température dans la fièvre le résultat de la combustion des albuminoïdes, cette idée pour laquelle Senalor (1) luttait si brillamment.
Alors un nouvel élément fut introduit dans la question. Jusque là on n'avait tenu compte que de l'urée dans les dosages d'urine qui avaient été faits; les travaux de Schottin, Hoppe, Oppler (2), appelèrent l'attention sur un groupe de composés plus ou moins riches en azote, moins faciles à doser que l'urée, et dont les proportions varient notablement d'un cas à l'autre, sur les matières extracLives, en un mot. Peut-être jouaient-ils un rôle important dans le processus fébrile?
Il semblait prouvé qu'ils étaient le résultat d'une combustion moins complète que l'urée, et représentaient des produits intermédiaires entre les matières albuminoïdes et l'urée. D'ailleurs ces extractifs semblaient moins solubles, moins faciles à éliminer que l'urée. N'y avait-il pas là un danger pour l'organisme ?
M. Gubler dans ses cours à l'hôpital Beaujon appelait déjà dès 1855 l'attention sur les matières extractives et l'albumine dans les fièvres (cité par A, Robin).
Chalvet (3), vit bien tout l'intérêt que pouvait comporter cette étude, et il exposa ses vues dans un travail remarquable. « Il était naturel, dit-il, de penser que dans l'adynaniie les combustions organiques étaient parfois insuffisantes pour trans-
(1) Sénator. Nouvelles contribution à l'étude delà lièvre, in-8, 208 pages, Berlin, 1873. — Centralblatt, n» 6, p. 84, 1873. — Rev. des se. méd. de Hayem, t. III, p. 5 59, 1874. — et Lorain. Médecine clinique, 1874, t. I, p. 548.
(2) Voir H. Hirtz. Thèse de Strasbourg, n*» 209, 1870. Essai sur la fièvre en général.
(3) Noie sur les altérations des humours par les matières dites extractives. Soc. de Biol., 1867.
former la plus grande partie des déchets en urée, et qu'il se faisait alors des produits intermédiaires représentés par les matières extractives des urines. »
Cette supposition était rationnelle, car ces modifications de l'uropoiése « correspondaient habituellement à une aggravation des états organiques et des troubles fonctionnels. »
Il ne restait plus, par conséquent pour résoudre le problème qu'à doser les matières extractives dans les urines et à voir si la faible augmentation d'urée que l'on constate dans certaines fièvres graves n'était pas compensée par une augmentation de la proportion des principes extractifs. Chalvet (l),fit ce dosage, et plusieurs fois, il trouva les extractifs moins abondants dans l'urine qu'à l'état normal. Fallait-ildoncabandonner cette voie? Chalvet, ne le crut pas^ il chercha dans le sang les extractifs qui manquaient dans l'urine, et, dans plusieurs cas, il les trouva en proportion considérable. Il se crut alors en droit d'admettre que l'urée est un diurétique naturel qui facilite l'éliminalion des principes extractifs et la dépuration du sang.
Sans nous arrêter à discuter la valeur problématique de cette hypothèse, nous devons constater que Chalvet avait fait faire un pas important à la question, sans cependant la résoudre. Si l'on voulait établir une relation entre l'élévation delà température et la quantité des matières azotées détruites, ce n'était plus seulement l'urée qu'il fallait doser, c'étaient tout les produits excrémentitiels contenant de l'azote; bien plus, il ne fallait pas porter son attention exclusivement sur les urines, il fallait aussi chercher dans le sang des résidus de la combustion des tissus.
Deux ans plus tard, parut en Allemagne un travail très-im-
(t) Çhalvet. Des matières extractives dans les maladies. Gazette de» hôpitaux, 1868.
— Loc. cit. Soc. biol , 1867.
portant de Unruh (1). Cet auteur, après avoir donné une analyse succincte des travaux de ses devanciers, se posa les questions suivantes :
1° L'excrétion de l'urée et des autres matières azotées de l'urine augmente-t-elle en proportion de la température ?
2" Se fait-il pendant la fièvre une rétention dans l'organisme de ces matériaux de combustion, analogue à la rétention d'eau signalée par Leyden?
3° Quel est le phénomène initial, l'élévation de la température, ou l'oxydation des substances contenant de l'azote ?
4° Enfin (la question posée par Senator), la chaleur produite par la combustion exagérée des albuminoïdes suffit-elle pour expliquer la température souvent si élevée des maladies fébriles ?
Ainsi, Unruh abordait de front les questions qu'avaient tenté de résoudre ses devanciers, puis il se demandait si l'augmentation des matières azotées de l'urine n'était pas simplement la conséquence de l'hyperthermie.
Il examina les urines de 25 individus atteints de maladies fébrilesavec crises, et, comparant ces dosages aux résultats que lui avait donnés l'examen d'autres individus sains, vivant dans le même milieu et de la même nourriture que les fébricitants, il trouva que dans toutes les observations il y avait eu excrétion exagérée non-seulement de l'urée, mais encore des autres principes contenant de l'azote, notamment de l'acide urique et de la créatinine.
Chez des individus non fébricitants, mais en inanition partielle, il avait trouvé 17 gr. 460 d'urée par jour, soit 0 gr. 3835 par jour et par kilog. de poids du corps.
Chez les fébricitants, le chiffre de l'urée s'éleva de 1 fois 06
(1) Unruh. Ueber Stikstoffausscheindung bel fieberhaften Krankheiten, 1869. Virchow's. Arch. f. pat. Anat., t. XLVIII, p. 227, 1870.
à 3 fois 07 la normale. Cependant, il y eut quelques faits exceptionnels.
Un malade atteint de fièvre récurrente, qui présentait une température de 40°,8 le soir et de 38^,2 le matin, rendit 6S gr. d'urée par jour.
Chez un pneumonique mort dans le collapsus, on ne trouva que 13 gr. d'urée. Un autre malade qui, pendant deux jours, eut une température de 40", rendit seulement 17 gr. d'urée. Un individu atteint d'iléotyphus n'eut que 16 gr. 8 d'urée, mais il était dans un état fort grave.
C'étaient là des exceptions trop peu sérieuses pour infirmer la règle, qui restait celle-ci : dans les processus fébriles, il y a habituellement une augmentation de l'excrétion de l'urée.
Le chiffre de l'acide urique était plus difficile à préciser. En moyenne, la quantité de ce produit contenue dans l'urine d'un fébricitant dépassa légèrement la normale (1 fois et 6centièmes). Au commencement de la fièvre, la proportion d'acide urique était moins élevée qu'à la période moyenne et l'augmentation était seulement de quelques centigrammes. Le chiffre le plus élevé fut 2 gr. 169, c'est-à-dire, 3 fois 36 le chiffre normal ; mais il y eut des cas où l'on constata une diminution absolue de l'acide urique, malgré une température de 40°.
Lacréatinine parut généralement plus abondante, ainsi que Munch (1) l'avait déjà signalé, mais le dosage exact ne put toujours être fait, faute d'une base normale. Dans un cas, avec une température de 40°, 8, il y eut une augmentation presque insignifiante de la créatinine, dans un autre avec 41°, il y avait 3 fois plus de créatinine qu'à l'état normal. C'est donc approximativement, que Unruh pouvait admettre que l'augmentation de la créatinine est proportionnelle à celle de l'urée.
En tenant compte de ces chiffres et de la petite quantité d'azote contenue dans les autres produits, l'auteur conclut que (1) Munch. Allg. med. central Zeitung, vol. XXVIH.
le chiffre total de l'azote éliminé pendant la fièvre est compris entre 1 fois 5 et 2 fois la normale, au minimum 1 fois 06, au ' maximum 3 fois.
Les anciens admettaient que l'urine fébrile est rare et foncée, Naunyn (1) et Senator (2) avaient (■■onclu de leurs recherches, que la quantité d'urine rendue par un fébricitant est exagérée; Unruh trouva presque toujours une diminution de l'excrétion urinaire, et ne rencontra une augmentation légère que dans les cas de fièvre peu vive et passagère.
Après ces recherches préliminaires, l'auteur était en mesure de répondre à la première question qu'il s'était posée. Il constatait que dans la fièvre le i^apport, entre l'élévation de la température et l'augmentation de l'urée et des azotés, n'est pas constant. « Si, disait-il, la théorie de Huppcrt est vraie, dans les maladies terminées par crise, l'urée doit baisser subitement tandis que dans celles qui se terminent par lysis, sa diminution doit être graduelle. ;> Or, si l'on constate une légère diminution du chiffre de l'urée à la fin d'une pneumonie, le jour où il y a des sueurs abondantes, on observe toujours après la crise une élimination nouvelle qui peut dépasser celle de l'acmé, et cette excrétion épicritique ne dépend pas de la résolution des exsudais, puisqu'elle se montre aussi bien dans des maladies où il n'y a pas d'exsudats, la fièvre typhoïde par exemple (Unruh).
Lorsque la fièvre typhoïde entre dans le stade de rémission la (juantité d'azote rejetée par les urines peut baisser, mais c'est parce que l'organisme épuisé par la continuité et l'intensité de la fièvre ne peut plus fournir en quantité suffisante les matériaux d'oxydation.
Après avoir donné l'analyse détaillée et très-intéressante
(1) Naunyn. Beitrâge zur Fieberlehre, 1870.
(2) Senator. Beitrâge zur Lelire von der eigenvarme und den Fieber. Archiv's Virchow, 69, t. XLV, p. 351.
d'un grand nombre de faits, Unruh résume en quelques propositions les résultats obtenus :
i" On trouve surtout au commencement de la fièvre, une élimination de matières azotées souvent peu considérable, malgré une température très-élevée, tandis que ces mêmes substances atteignent une proportion considérable dans les jours suivants où la température est la même.
2" L'azoturie est plus intense pendant la défervescence que pendant l'acmé.
3° Dans toutes les maladies qui se terminent par une crise, il y a une élimination exagérée d'azote, qui succède à la criçe, et la quantité rejetée pendant l'apyrexie dépasse souvent celle qui est excrétée pendant la fièvre; toujours cette quantité est supérieure à la normale.
4° De mauvaises conditions de nutrition avant la maladie peuvent, à elles seules, malgré une température très-élevée, faire descendre au minimum cette élimination ;
5° L'azoturie peut être plus intense dans des maladies à fièvre peu intense, mais avec sueurs abondantes, que dans des maladies à fièvre très-intense et continue.
Lorsqu'il s'agit d'expliquer l'élévation du chiffre de l'urée après la crise des maladies fébriles, Unruh se demande s'il faut admettre une rétention dans les tissus des matériaux de désassimiiation incomplètement brûlés pendant la fièvre, ou bien si cet état qui suit la fièvre ne diffère pas de celle-ci seulement par l'absence d'élévation thermique.
Celte deriiière opinion était celle de Leyden (1), pour qui la défervescence s'expliquait surtout par une déperdition considérable de calorique.
(1) Leyden. Température dans l'épilepsie et les maladies convulsives. Virchovs Archiv fur path. Anal, und Physiol. Bd. XXVI, p. 545,
-r-Traube. Annalen des Charité Krankonhauses zur Berlin.
Unruh admet plutôt la rétention des matériaux azotés dans les tissus ; ces détritus seraient entraînés au moment où l'urine devient abondante.
Une pense pas, comnie Senator, que la quantité de calorique dégagée par l'oxydation des matières azotées puisse suffire à expliquer la température fébrile. Il a trouvé des élévations thermiques sans augmentation des oxydations, et des oxydations exagérées sans élévation thermique; il croit donc que, dans quelques cas, l'élévation thermique peut précéder l'oxydation des matières azotées.
Cet important travail se termine par les conclusions suivantes :
i" Dans la fièvre, l'excrétion totale de l'azote est augmentée, et est en moyerne une fois et demie celle de l'état normal à jeun;
2" L'augmentation de l'excrétion d'azote n'est pas proportionnelle à l'élévation de la température ;
3" Dans la crise, l'évacuation des matières azotées est augmentée^ mais, en même temps, pendant l'acmé, il y a rétention des produits d'excrétion et d'oxydation incomplète, comme Leyden le pensait, et rétention d'eau;
4° Dans quelques cas, l'élévation de la température est primitive et l'azoturie ne se produit que secondairement;
5' La chaleur dégagée par l'oxydation des substances azotées ne suffit pas pour expliquer la température souvent excessive de la fièvre.
Si nous avons fait une analyse si détaillée de ce mémoire, c'est que nous y avons trouvé plusieurs idées qui ont été développées et confirmées par les travaux récents.
Naunyn fit aux conclusions d'Unruh.plusieurs objections, et après quelques expériences sur des chiens, il crut avoir prouvé que l'urée augmentait proportionnellement à la température; puis il chercha à démontrer qu'une augmentation primitive de
la chaleur, comme celle que l'on produit en chauffant un animal, suffit pour augmenter la quantité d'urée.
Malgré les efforts de Naunyn et de quelques autres auteurs, la théorie ancienne, qui faisait de l'augmentation du l'urée, presque l'équivalent de l'élévation de la température, devait bientôt tomber, car elle était en opposition évidente avec les faits cliniques.
En France, des études très-intéressantes ont été faites sur ce point; elles ont été inspirées par deux maîtres dont les noms reviendront souvent dans cette étude, M. Gubler (1) et M. ïïirtz (2), de Strasbourg.
En 1872, M. Charvot (3), analysant les caractères des urines au moment de la crise et de la convalescence des maladies fébriles, conclut de la façon suivante :
« Dans la période aiguë des pyrexies, au moment où la température atteint son acmé, où le pouls est le plus fréquent, la
quantité d'urine rendue en vingt- quatre heures diminue
Cette diminution porte surtout sur la quantité d'eau; les urines sont foncées et trèç-chargées. La somme des matières fixes est cependant diminuée d'une façon absolue; mais, comme elle est dissoute dans une plus faible quantité d'eau, l'urine est plus concentrée et la quantité de ces substances fixes est relativement augmentée. On n'a qu'à jeter les yeux sur toutes nos
(1) Gubler. Albuminurie. Dict. encycl. des sciences médicales. Paris. Thèses de ses élèves '(Charvot, Hœpffner, Pouilhoux, Bordier, Robin, etc.), passim.
(2) Hirtz (M.). Article Chaleur. Nouv. dict. de médecine et de chirurgie pratiques, t. VI, 1867.
Article Cme. Ibid., t. X, 1869.
Article Fieore. Ibid., t. XIV, 1871.
Article Fièures inlermillenies. Ibid., t. XIX, 1874.
Passim. Thèses de ses élèves (Hip, Hirtz, Sliel, etc.).
(3) Charvot. Température, pouls, urines, dans les convalescences de quelques maladies aiguës. Thèse de Paris, 187?.
analyses pour constater que la quantité totale d'urée rendue en vingt-quatre heures est en général diminuée dans la fièvre et parfois réduite à des chiffres très-minimes, comme dans la pneumonie Les urines fébriles sembleraient, au contraire, être caractéi'isées par une augmentation de la somme des matières extra ctives.
0 Dans la convalescence, les urines qui, au moment de la crise, commençaient à augmenter, sont excrétées en telle quantité que la plupart du temps il existe une polyurie de la convalescence. On note en même temps une augmentation souvent considérable de l'urée et des matières salines. La quantité des matières extrjictives diminue en raison inverse de l'abondance ds Turée, ce qui semblerait prouver que l'oxydation des substances azotées estplus parfaite. »
L'auteur termine en disant :
(( C'est la somme des matières extractives qui semble être proportionnelle à l'élévation de la température. »
Dans la thèse de M. Gharvot se trouvaient plusieurs exagérations.
M. Hœpffner (1) reprenant l'étude des urines dans la fièvre conclut que l'urée n'est pas la mesure exacte de la fièvre mais que cependant la quantité d'urée est ordinairement accrue. Il pense que l'augmentation subie par les matières extractives estplus constante et plus réelle. Si les matières extractives diminuent dans l'urine d'un fébricitant, il croit que ces matières sont retenues dans le sang et que le malade est menacé d'une intoxication par sa propre subtance, d'une véritable autoseptie.
M. Fouilhoux (2) soutient à peu près les mêmes doctrines et
(t) Hœpffner. De l'urine dans quelques maladies fébriles. Thèse de Paris, 1872.
(2) Fouilhoux. Des variations de l'urée dans les maladies. Thèse de Paris, 1874.
il établit que dans la fièvre il y a souvent antagonisme entre la quantité d'extractifs et la quantité d'urée. L'élimination qui se fait par la sueur et par les liquides pathologiques lui parait susceptible de rendre la relation moins sensible entre la marche de la température et l'azoturie.
Nous aurions encore à citer un assez grand nombre de travaux, mais nous arrivons à l'étude si remarquable de M. Brouardel (1) où nous trouvons dès la seconde page ,1a phrase suivante: « Que l'on trace la courbe des oscillations thermomélriques et celle des oscillations de la quantité d'urée, on verra que, si dans les premiers jours d'une maladie fébrile ces deux tracés subissent en général une élé\ation simultanée, le parallélisme cesse bientôt et que, plus la maladie se prolonge, plus les discordances s'accusent.»
Si nous examinons tous les faits contenus dans les ouvrages quenous venonsde citer, sinous cherchons à les coordonner et à en tirer des conclusions positives, nous pouvons tout d'abord nous trouver embarrassés en présence des assertions qui se heurtent et se contredisent à chaque pas. Nous devons donc de suite établir nettement les conditions dans lesquelles nous nous placerons pour juger la question d'une façon impartiale.
Premièrement, nous nous souviendrons de l'importance du procédé de dosage employé, fait sur lequel nous avons déjà tant insisté au début de notre travail.
En second lieu, nous remarquerons qu'un certain nombre de dosages ne donnent que des résultats absolument faux, attendu qu'ils ne portent pas sur toute l'urine des vingt-quatre heures, mais sur une quantité donnée du liquide excrété. Un fébricitant pouvant rendre de 200 à 3000 grammes d'urine, il est inutile d'insister sur les erreurs que pourrait donner ce procédé.
Ces réserves laites, si nous analysons les faits de Unruh, '
(1) Brouardel. L'urée et le foie. Archiv. de physiologie, 1876.
de Gharvot, de HœpfEner, de Fouilhoux, de A. Robin, etc., nous ne pouvons nous empêcher d'en tirer les conclusions suivantes: 1° Il n'y a aucune relation nécessaire entre l'élévation de Ja température et l'élévation du chiffre de l'urée, et parfois une température très-haute coïncide avec une diminution de la quantité d'urée.
2° L'urée ne représentant pas tout l'azote éliminé par l'urine, peut-on admettre, que l'augmentation des matières extractives soit assez forte, dans les cas où l'urée n'augmente pas malgré une haute température, pour rétablir la concordance entre ces deux manifestations de la fièvre, l'hyperthermie et l'azoturie ? II est permis de croire que le dosage de tout l'azote rendu par l'urine donne des cliiffres, qui se rapprochent plus de la courbe thermique que les chiffres de l'urée seule, car l'augmentation des extractifs a été signalée dans presque tous les cas de fièvre, où l'urée n'a pas varié sensiblement. Mais, il suffit de consulter les tableaux contenus dans les ouvrages que nous avons cités, pour voir que la courbe thermique et la courbe de l'excrétion azotée sont loin d'être exactement parallèles.
Ici, nous devons aborder un point délicat de la question. Si l'urée est peu augmentée, si les extractifs ne sont pas très-abondants malgré une élévation notable de la température, faut-il admettre que les extractifs, peu solubles et moins facilement éliminés que l'urée, se sont accumulés dans le sang, et qu'il en résultera des accidents graves d'autoseptic ? Généraliser ce fait serait téméraire, néanmoins il faut lui conserver une certaine valeur pronostique, et dire que souvent, une faible augmentalion de l'urée et des extractifs dans une fièvre à température élevée, est l'indice d'une rétention des extractifs dans le sang ou dans les tissus, et d'une intoxication imminente.
Si, d'autre part, l'élévation du chiffre de l'urée et des extractifs est considérable par rapport à l'élévation de la température. Démange. 8
leplussouvent on trouvera qu'il y a eu déperdition notable de calorique par des sueurs, ou par des diarrhées profuses.
La chaleur du corps n'est pas produite uniquement par la combustion des albuminoïdes ; tantôt ces principes sont détruits en grande quantité, tantôt ce sont les composés ternaires qui subissent une désassimilation exagérée. Il est donc difficile, théoriquement parlant, d'admettru que la courbe des excrétions azotées puisse être parallèle à celle de la température. S'il y a beaucoup d'azote dans Turine, on pourra conclure avec assez de raison que les principes quaternaires de l'économie ont subi une désassimilation active. S'il y a peu d'azote, avant de conclure que les albuminoïdes n'ont pas été brûlés, il faut voir s'il n'y a pas rétention dans le sang de principes extractifs difficiles à éliminer.
Nous n'essaierons même pas de chercher si l'élévation de la température dans la fièvre est capable à elle seule d'augmenter l'excrétion des matériaux azotés. Malgré les expériences de Bartels (1), de Naunyn (2) et celles de Schweich (3}, nous pensons qu'il est difficile d'assimiler à la chaleur fébrile réchauffement des animaux qu'on enferme dans une étuve. Il est possible comme le croit Unruh que l'hyperthermie puisse produire un certain degré d'azoturie, mais comment prouver que ces deux phénomènes, hyperthermie et azoturie ne sont pas également la conséquence de l'exagération des combustions?
(1) Barthels (G ). Température et urines. Deutsch. Archiv. f. Kliii. med. Bd., I, 1865.
) Naunyn. De l'excrétion de l'urée dans la fièvre. Clinique de Berlin,
Contribution à l'étude de la fièvre. Arch. f. Anat. Physiol. u, wiss, Med., 1869.
(3) Schleich.Sur la manière dont se comporte la production de l'urée quand on élève artificiellement la température du corps. Archiv. exp. Path. etPharmacol., IV, p. 82-106, 1875. Analyses dans R. S. M. de Hayem, t. VII, p. 481.
Rapport de l'azoturie avec les autres éléments de la
fièvre.
L'élévation de la température n'est pas toute la fièvre. En même temps que la chaleur du corps augmente, les éléments subissent dans leur nutrition des modifications profondes, les échanges moléculaires sont troublés, la circulation est accélérée, les sécrétions sont modifiées, les forces abattues, etc. Une analyse de l'état fébrile, qui ne tiendrait pas compte de ces éléments serait nécessairement stérile et sans valeur. Sans avoir la prétention d'étudier à fond les rapports de l'azoturie avec la nutrition, la circulation et les sécrétions des fébricitants, nous devons au moins les indiquer.
On ne connaît pas encore exactement les rapports de l'excrétion azotée avec le poids des malades atteints de fièvre. On sait seulement que certains fébricitants conservent leur poids malgré des températures élevées, tandis que d'autres le perdent. Botkin (1) a pensé que l'augmentation des liquides ingérés dans la fièvre pouvait être la cause d'une véritable augmentation de poids.
Cette conclusion est assez singulière, car Layton (2), élève deMonneret, a constaté que dans la fièvre typhoïde et l'état fébrile, le poids baissait pendant la période de fièvre, et augmentait pendant la convalescence : cette conclusion est aussi celle de M. Sautarel (3), élève de Lorain. Si ces assertions sont exactes, il suffit de comparer la marche ordinaire de l'azotu-
(1) Botkin (de Saint-Pétersbburg). De la fièvre, trad. franc, par A. Georges, Paris, 1872.
(.2) Layton (Thomas). Etudes cliniques sur les causes qui altèrent le poids corporel de rhomme malade. Thèse de Paris, n» 123, 1868.
(3) Sautarel. Examen du poids du corps comme moyen ds contrôle clinique. Thèse de Paris, 1869.
rie à celle de la perte de poids, pour voir que les deux phénomènes ne sont pas absolument connexes.
A priori, le fébricitant qui vit de sa propre substance doit perdre du poids, mais comme d'après Leyden, il se fait dans ses tissus une rétention d'eau, la perte réelle peut se trouver masquée, d'autant plus qu'à cette rétention d'eau s'ajoute parfois une rétention passagère des excréments, qui sont ici un des termes importants de la question (Leyden) (1).
Le rapport de l'excrétion des matières azotées avec l'amaigrissement réel des malades, nous fournit l'occasion d'examiner une théorie ingénieuse de Senator (2).
Cet auteur expérimentant sur un chien, et faisant le bilan de la recette et de la dépense, arrive en analysant les déchets rejetés par les excrétions à cette conclusion : que, dans la fièvre, la proportion de graisse brûlée n'est pas supérieure à la normale tandis que la proportion des albuminoïdes est quadruplée. Il résulterait de ce fait, que dans la fièvre, l'économie s'appauvrirait en albuminoïdes, et deviendrait proportionnellement plus riche en graisse.
Les faits invoqués par Senator sont trop peu nombreux pour que l'on puisse regarder cette proposition comme absolument démontrée,
Eq effet, Liebermeister (3), l'adversaire de Senator (4), a
(1) Leyden. Untersuchungen ûber das Fieber. Deutch Archiv fur Klin. med., Bd V, 3, 18t59 et Bd VII.
(2) Senator. Nouvelles recherches sur la production de la chaleur et les échanges nutritifs. Reichert und Du Bois Reymond's Archiv. fiir Anat. Hftlfte, I, 1874.
(3) Liebermeister. Recherches sur les changements quantitatifs dans la production de l'acide carbonique chez l'homme. Deutches Archiv f. Klin. med. Bd VII, 1870. — Bd VIII, 1871. — Bd X, 1872; analyse in revue médicale de Hayem, t. I, p, 63, 1873,
Klinische Untersuchungen uberdas Fieber (Prafer Vierteljahrschrifft, 1865, Band I, Seit I. Deutsch. Archiv 1865 und 1866, Leipsig.
Uber die Wirkungen der febrilen Temneratur-Steigerungen (Deutch. Archiv., I B, 1866). & & ^
(4) Senator. Loc. cit.
soutenu et soutient encore que l'augmentation de la chaleur est en rapport avec une production exagérée d'acide carbonique et par conséquent avec une forte désassimilation des composés ternaires.
Il serait difficile à l'heure actuelle, en présence des assertions contradictoires de Liebermeister et deSénator, de dire s'il existe quelque relation entre l'azoturie et la déperdition de Vacide carbonique dans les processus fébriles. Liebermeister tend à donner à la déperdition d'acide carbonique le rôle prédominant dans l'application des phénomènes de la fièvre. Senator est forcé d'admettre que parfois l'acide carbonique est exhalé en proportion supérieure à la normale, mais ce fait n'indique pas pour lui une combustion exagérée des composés ternaires. Se basant sur des analyses faites avec Zuntz (1) il admet que dans la fièvre l'acide carbonique est plus activement éliminé que dans l'état de santé, et que le sang s'appauvrit en acide carbonique.
Quoi qu'il en soit de l'explication, on peut admettre qu'il existe parfois dans la fièvre une augmentation de l'exhalation d'acide carbonique en même temps qu'une excrétion exagérée d'azote ; mais il est impossible d'affirmer que ces deux modes d'élimination suivent une courbe parallèle. îl serait plus rationnel de penser qu'ils se font d'une façon inverse, que l'acide carbonique augmente dans les excrétions quand l'azote diminue, si la température reste la même; mais ce n'est là qu'une supposition qui ne repose pas encore sur des faits. 11 y a là une lacune qu'il serait important de combler,
Le rapport de l'azoturie aVec l'excrétion de Veau ne saurait être établi d'une façon précise :
L'eau qu'élimine un fébricitant provient presque en totalité
(1) Zuntz et Rœhrig. Théorie de la régulation. Arch, f. d. gesammte Phyâiol., Bd IV, S. 235,Bonn, 1871.
— no —
des liquides ingérés, une três-faible quantité est le résultat de la combustion 'des hydrocarbures.
Pour Senator, la quantité d'eau éliminée dans la fièvre est augmentée ; Leyden au contraire prétend que l'eau est retenue dans les tissus, peu nous importe; mais il est un point qui doit nous arrêter un instant, c'est la relation qui existe entr e la quantité d'urine sécrétée et l'azote éliminé par cette voie.
Les anciens auteurs admettaient que les urines fébriles sont rares et foncées ; parmi les modernes, les uns ont admis des urines abondantes (Naunynet Senator), d'autres des urines rares (Unruch , etc. ) . Il est impossible de trop généraliser les résultats obtenus dans quelques examens. Il est des états fébriles dans lesquels il se fait par les selles ou par la sueur une grande déperdition d'eau : dans ces états les urines sont rares et foncées.
Dans d'autres états, certaines fièvres typhoïdes, par exemple, malgré une légère diarrhée, les urines sont peu diminuées et cela probablement parce que l'exhalation cutanée est suspendue.
Ces remarques ne ne sont pas sans importance, car la quantité d'urine excrétée peut influencer d'une façon sensible l'excrétion des matériaux azotés.
Lorsque les urines sont rares, malgré leur concentration et leur richesse apparente en produits organiques, on n'y trouve le plus souvent qu'une proportion d'urée et de matières extractives peu considérable et quelquefois même inférieure à la normale. Dans le rhumatisme articulaire aigu, malgré cette diminution delà sécrétion urinaire, le chiffre de l'azote excrété est toujours augmenté (Unruh, Charvot).
Au contraire, l'urine abondante des convalescents entraîne avec elle des quantités considérables d'azote , alors même qu'elle parait claire et aqueme. En somme, l'azoturie peut augmenter en proportion notable quand il survient au cours de la fièvre une polyurie passagère.