PRO
» L'importance d’une eau salubre, pour le maintien de la santé des équipages, a été mise en relief par l’origine de trop d’épidémies, pour qu’il soit nécessaire d’insister longuement sur ce point. Les rapports de fin de campagne des médecins de la marine étaient, avant la généralisation de J’emploi des appareils distillatoires, remplis de doléances à ce sujet. L'apparition des épidémies de scorbut, de dysenterie, de typhus des vaisseaux, était aussi habituellement rapportée par eux à la pénurie, mais surtout à la mauvaise qua- Jité de l’eau, qu’à l'encombrement, à l'humidité ou au défaut d’air. |
» À l’origine de la navigation, alors que les côtes n'étaient jamais perdues de vue, l’approvisionnement en eau potable ne s'étendant pas au-delà d’un jour ou deux, les récipients employés à terre, pour la contenir, étaient aussi ceux que l’on embarquait pour ces excursions, qui représentaient assez bien le petit cabotage de notre temps; mais lorsque le génie explorateur de l’homme se fut ouvert par l'invention de la boussole, la voie des expéditions lointaines, il fallut bien, ne pouvant compter sur la ressource précaire des eaux pluviales, s’approvisionner d’eau pour un mois ou deux, quelquefois plus, qui séparait deux relâches successives. C’est probablement alors que l’usage des récipients en bois, usage qu’une routine opiniâtre a perpétué si longtemps dans une partie de notre marine marchande, fut généralement adopté; c’est alors aussi, qu’effrayés par les épidémies qui décimaient leurs navires, les capitaines accusèrent, à bon droit, la qualité de l’eau que buvaient leurs équipages, et provoquèrent des essais de conservation ou de purification, qui devaient aboutir aux deux innovations les plus importantes que l’hygiène navale moderne ait réalisées: l'emploi des caisses à eau et la distillation de l’eau de mer.»
Il nous paraît difficile de mieux démontrer l’importance
de l’eau en hygiène navale, importance que d’ailleurs, nous osons le croire, personne n’essaiera de contester.
Nous n’insisterons donc pas davantage sur ce point.
C’est l’eau, essentiellement considérée comme boisson à bord, qui doit seule nous occuper.
Nous étudierons tout d’abord les qualités d’une eau potable; ces notions acquises, nous passerons en revue les divers moyens d’approvisionnement d’eau douce : eau douce naturelle, eau douce artificielle distillée. Nous terminerons enfin par quelques considérations sur les modes de conservation de l’eau à bord.
Eaux potables. — Caractères, composition, analyse.
L’eau est le produit de la combinaison de deux gaz: hydrogène et oxygène, dans la proportion de deux volumes du premier, pour un volume du second. Elle constitue alors l’ean chimiquement pure, le protoxyde d’hydrogène. Telle que, elle n’existe pas dans la nature; elle est plus ou moins chargée de gaz, de matières minérales et de substances organiques très variables en nature et en quantité. C’est justement la nature et la quantité de ces principes étrangers (qu’en raison de leur rôle nous n’appelons pas impuretés), qui font une eau potable. Les expériences de Boussingault et de Chatin, le goître endémique, l’altération de la santé chez les populations où les eaux sont trop pures, prouvent surabondam-
etre ment ce que nous avançons. La question se réduit donc à rechercher la qualité et la dose de ses substances.
Caractères.— L’annuaire des eaux de France caractérise ainsi l’eau potable:
«Une eau peut être considérée comme bonne et potable quand elle est fraîche, limpide, incolore, inodore; quand sa saveur est très faible, qu’elle n’est surtout ni désagréable, ni fade, ni salée, ni douceâtre; quand elle contient peu de matières étrangères; quand elle renferme suffisamment d’air en dissolution; quand elle dissout le savon sans former de grumeaux et qu’elle cuit bien les légumes.»
1° Fraîiche.— Température varie avec les saisons. En hiver, l’organisme repousse d’instinct les boissons froides; dans les régions tropicales, l’ingestion d’une quantité modérée d’eau à une basse température agit non seulement en humectant, mais encore en modifiant l’état de nos organes.
2° Limpide.— La filtration même ne retient pas assez les matières organiques que contient une eau bourbeuse.
3° Incolore.— Une coloration verte ou vert-jaunâtre sous un faible volume est due à des animaux microscopiques.
4 Inodore.— L’odeur que peuvent présenter certaines eaux longtemps renfermées ne doit rappeler en rien celle de l’acide sulfhydrique ou des produits de putréfaction.
5° Saveur.— La saveur doit être faible, à peine perceptible, indéfinissable. La fadeur indiquerait la non aération; un goût plus prononcé, un excès de substances minérales.
APS DRE 6° Peu de matières étrangères. — 0 gr. 50 à 0 gr. 60 de résidu fixe par un litre d’eau.
7 Aérée.— Elle doit contenir par litre de 25 à 50 centimètres cubes de gaz formés d’acide carbonique, d’azote et d’oxygène.— Ainsi aérée, l’eau se digère facilement, est légère; privée de gaz, comme l’eau distillée, elle pèse sur l’estomac, est lourde.
8° Les caraëtères dus au savon et à la cuisson des légumes sont des caractères vulgaires qui suffisent cependant à montrer que l’eau n’est ni trop:calcaire, ni séléniteuse.
Composition.— En général, on peut dire que puisque les matériaux dissous sont absorbés par l'organisme animal: toute substance qui aura son représentant dans l’économie, doit devenir par cela même utile, sinon nécessaire; que toute substance, au contraire, qui ne sera pas propre à entrer dans la composition de nos tissus sera inutile et quelquefois dangereuse.
Les substances dissoutes sont gazeuses, minérales, organiques.
Gaz.— En contact avec l’atmosphère, l’eau en dissout les éléments avec le degré de solubilité de chacun d'eux et sa pression propre. Acide carbonique, azote, oxygène.
La proportion d'acide carbonique des eaux telluriques est plus forte que celle des eaux météoriques: les premières dissolvant non seulement l’acide carbonique de l’air, mais encore celui que dégagent les matières organiques qui se décomposent dans leur sein ou sur leurs bords.
Cette abondance d’acide carbonique les rend sapides, légères, stimulantes et devient une bonne condition en ce qui concerne l'hygiène.
L'’oxygène et l’azote constituent l’aération de l’eau que nous avons déjà dit être nécessaire. Quant aux autres gaz tels que: hydrogène sulfuré, hydrogène phosphoré, etc. qui pourraient se trouver accidentellement dans l’eau, leur puanteur est un préservatif suffisant.
Matières minérales.-— Parmi les substances minérales que contiennent les eaux douces, on peut citer: des sels de chaux, des traces de sels magnésiens et alcalins, de la silice.
La chaux existe sous forme de carbonate, de sulfate et quelquefois de chlorure, d’azotate ou de phosphate. Le car-
bonate de chaux dissous, grâce à l’acide carbonique, existe donc à l’état de bi-carbonate. L'utilité des sels calcaires pour la constitution du système osseux est aujourd’hui reconnue (observation de Boussingault, sur un jeune cochon); le carbonate de chaux ne devra donc pasêtre considéré comme un élément nuisible, pourvu que sa proportion ne dépasse pas un demi gramme par litre. Ce qui précède doit s Appas intégralement au phosphate de chaux.
Le sulfate de chaux à une dose supérieure à 25 centigr. par litre, fera passer l’eau dans la catégorie des eaux crues et la fera rejeter comme telle.
Le chlorure de calcium ne peut être considéré comme inoffensif que s’il existe en quantité infinitésimale, ce qui est heureusement le cas le plus ordinaire.
Les eaux contenant de l’azotate de chaux sont généralement de très mauvaise qualité.
Les sels calcaires sont fournis le plus souvent aux eaux douces par la dissolution d’une roche, la dolomie, carbonate double de chaux et de magnésie; rien d'étonnant donc à ce que des sels magnésiens se dissolvent aussi et se trouvent en rapport avec la quantité des sels de chaux dissous. La dose du sel magnésien dépassant 20 centigrammes par litre, pro-
AE duit une eau purgative qui rentre dans la classe des eaux minérales.
M. Grange a voulu démontrer que les populations buvant des eaux à traces de magnésie étaient souvent atteintes de goître et de crétinisme. Nous n'avons pas ouï dire que les populations de Paris et de Rodez, bien qu’alimentées par des eaux semblables, soient affligées de l’une de ces deux infirmités.
Les sels de potasse se trouvent en faible quantité. Ils sont dus à la désagrégation lente des roches.
À l’état de carbonate ou d’un autre sel soluble, ils produisent des doubles décompositions avec le chlorure de sodium. Les sels de soude sont en plus grande quantité que ceux de potasse.
Les métaux alcalins peuvent se présenter dans les eaux, sous la forme d’azotates dus à l’action de l’acide azotique, produit soit par l’union directe des éléments de l'air, soit par la combustion lente de l’ammoniaque.
Il est à peine utile de faire remarquer qu’au point de vue hygiénique, les. sels alcalins sont d’un excellent effet; leur influence et leur rôle dans l’économie est assez connue. Toutefois un grand excès, comme chez les eaux saumâtres, rendrait l’eau non seulement désagréable mais encore malsaine. |
L’acide silicique, le brome, l'oxyde de fer, l’alumine et l’iode achèveront la liste des matières minérales dissoutes. On n’en trouve guère que des traces. M. Chatin attribue à l’iode le rôle important de préserver les populations du goître et du crétinisme. |
Au sujet de la quantité de ces diverses'matières minérales que tous les traités de chimie disent ne pas devoir être su-
périeure à 0,50 où 0,60 par litre, il nous a paru bon de citer
en partie l’article eau (Hygiène) du dictionnaire de Dechambre :
Casse En ce qui concerne les matières minérales solides, il est certain qu’un total élevé de sels dissous, comme il existe dans l’eau de mer ou dans quelques eaux dites minérales, rendrait l’eau d’un usage dangereux pour la santé, mais justement, il est de tradition de ne pas employer ces eaux en boisson ni pour aucun usage domestique ou industriel. Jamais, dans les eaux naturelles, on ne trouve une proportion de sels véritablement inquiétante, si l’on considère qu’il est peu d'individus qui boivent plus d’un litre d’eau par jour et que, dans les circonstances habituelles, aucun de ces sels n’est dangereux à petite dose.
» Au point de vue qui nous intéresse, on peut réunir aux sels que l’eau a pris aux profondeurs du sol, ceux beaucoup plus suspects qui lui viennent de la surface, ou se forment dans les eaux superficielles par l’évolution des oxydations de matières organiques, sels alcalins ét ammoniacaux, nitrates, phosphates, sulfates.
» Or, voici les doses sous lesquelles se sont présentés les divers sels dans un essai tenté par Tiemann et Preusse sur une eau incontestablement sale et dont par cette raison, personne ne se servira jamais, l’eau d’égout.
» Le résidu desséché à 100° de cette eau renfermait pour 100,000 parties :
Joulate de ChHAUR ICO UE REC M RES 65 1 M DORASSES EE ET TER ASUS 32
» Carboñate dé-chaux:.. ue Ten 31 — MACON TRE DRE 8 — 1e POUPEE D ANR 1,5
» Chlorure de:sodium ant et tome me 38
— DOTASSIU M AIRES D 1
NA De » Nitrate d'ammoniaque .......... VAE 3 RUB Cha APE Le RENE Aa 19 DO CO MSSERR ANRA ML ASR RE LCR EE #5 » Matières organiques non volatiles à 100°. 21,5 Os nt DE)
» Il, y a donc dans cette eau 40,5 parties pour 100,000 ou 0 gr. 405 par litre de carbonates de chaux, de magnésie, de fer. Y en eût-il le double, auquel cas la limite de solubilité des carbonates même dans l’eau chargée d’acide carbonique serait à peu près atteinte, cela ne ferait pas un gramme par litre de sels absolument inoffensifs. On à même pensé que le carbonate de chaux, dans l’eau, est bon à quelque chose, à former les os. L’eau est dure sans doute, mais il n’y a guère que le savon qui s’en aperçoive, avec les chaudières des machines à vapeur. En réunissant les sulfates, on obtient 0 gr.97 par litre, équivalant à 0 gr. 53 d'acide sulfurique; or, un adulte élimine environ 2 gr. de cet acide par 24 heures dans les urines. Bien que le tiers des sulfates soit représenté par le sulfate de potasse, ilest peu admissible que cette faible dose produise des accidents, au moins à la suite d’un usage momentané. Il n’est pas aussi certain que l’usage habituel et prolongé d’une eau chargée de sulfates soit également indifférent; des observations ont été apportées qui, tendant à prouver le contraire, méritent d’être prises en considération et, à tout le moins, d’être discutées. j
» Mais que l’on veuille bien réfléchir d’abord que nous avons pris pour exemple un cas extrême, une eau que chacun repousse. Les nitrates sont peu accusés pour eux-mêmes; la thérapeutique les emploie à beaucoup plus hauté dose que celle qui est exprimée ici, et sans arrière pensée, comme le faisait remarquer Grellois. Quant au sel de cuisine, bien que divers hygiénistes le prennent comme mesure de l’impureté des eaux, il est clair que 0 gr. 58 par litre disparaissent devant la quantité de ce sel que nous ingérons
LAGNSE tous les jours avec intention... Il n’y a probablement qu'un cas dans lequel il se trouve positivement, dans l’eau, des substances minérales nuisibles; c’est celui de l’introduction, accidentelle ou par malveillance, de sel.vénéneux dans cette boisson. On sait, malheureusement, que ceci n’est pas une pure vue de l'esprit; il existe un grand nombre de faits d’'empoisonnement qui reconnaissent cette provenance. Ce sont d’habitude les sels de plomb, empruntés d’ailleurs aux tuyaux de conduite, que l’on retrouve à l’origine des accidents. »
Matières organiques. — Le sol imprégné par tant de matières organiques les cède aux eaux naturelles qui les dissolvent. Une eau potable ne doit en renfermer que des quantités insignifiantes. Odeur désagréable, putréfaction, transformation des sulfates en sulfures, accaparement de l’oxygène par lacombustion lente, tels sont quelques-uns des inconvénients de ces matières. À ces substances, que nous appellerons inorganisées, s’ajoute le danger des substances organisées. Nous ne ferons que citer en courant:les œufs des entozoaires : douvehépatique, botriocéphale, filaire de Médine, ankylostome duodénal, hœmopis sanguisuga, etc., dont la présence passe souvent inaperçue et qui ne peut être guère révélée que par le microscope.
Analyse.— Nous ne devons ici, étant donné le point de vue spécial auquel nous nous sommes placé, qu’indiquer les méthodes analytiques qui sont ou pourraient être mises à la disposition du médecin de la marine embarqué. La détermination et la recherche des différents sels quenous avons cités sont assez connues: azotate d'argent pour les chlorures, azotate de baryum pourlessulfates, etc., pour que nous puissions nous dispenser de nous étendre sur ce sujet.
Comme procédé qualitatif, le plus commode et le plus
DRE Arr
expéditif (siles feuilles d'armement portaientl’appareil hydro timétrique) serait l’hydrotimètre de Boutron et Boudet. Ce n’est pas là un appareil bien gênant: un petit flacon, une burette de Gay-Lussac, une solution alcoolique de savon emportée de France, seraient un luxe que pourraient se payer les navires armés, qui tiendrait peu de place et rendrait de grands services. Le mode opératoire n’est pas si délicat, qu’un médecin, même peu habitué à ces sortes d'expériences, ne puisse s’en tirer fort bien. L'observation d’une mousse persistante, la lecture de degrés sur la burette seraient les seules difficuliés qu’eût à combattre le praticien et qu'il vaincrait aisément, nous en avons la conviction.
L'appareil hydrotimétrique existant à bord, nous n’aurions pas été réduit au procédé élémentaire suivant, que nous citons, non pas comme originalité (loin de nous cette prétention), mais pour montrer à quels moyens primitifs on doit souvent recourir.
Chargé d’analyser l’eau distillée de la machine, qui était livrée à la consommation de l'équipage, nous eumes l’heureuse chance de posséder, à bord, du chromate jaune de potasse, luxe inédit sur les autres navires (1). Pensant que le chlorure de sodium devait être le sel le plus abondant, nous nous contentâmes de doser celui-ci à l’aide dela réaction fort connue du chromate de potasse et de l’azotate d'argent. Nous prîmes donc à la cuisine une pincée de sel le plus sec possible, dont nous pesâmes 0 gr. 10 avec les tré- buchets dela pharmacie (par un jour de calme). Ces 0 gr. 10 furent dissous dans 50 gr. d’eau distillée pure, et après avoir versé une solution de chromate de potasse, nous comptâmes le nombre de gouttes d’une solution d’azotate d’argent, qu’il fallait pour faire apparaître la coloration rouge. Nous avions
(1) Ce sel avait été acheté pour la coloration des tubes du sondeur Thompson.
ASE ainsi une liqueur titrée, sachant que 30 gouttes, par exemple, saturaient 0,10 de sel marin. Quand nous aurons dit que les gouttes étaient comptées sans compte-goutte et au bouchon, il sera aisé de comprendre le peu de précision de ce procédé qui, malgré tout, erreurs admises, nous a permis de juger fort approximativement la quantité de chlorure.
Approvisionnement d'eau douce naturelle.
Un navire en campagne emporte avec lui l’eau destinée à la consommation de son équipageou la fabrique au moyende sa machine à vapeur. Dans ce chapitre, nous ne nous occuperons que de la première.
Les eaux douces prises en provision peuvent être de différente sorte:
1° Eau de pluie.
2° Eau de neige.
3° Eau de glace.
4 Eau des ports.
5° Eau des relâches.
1°Eau de pluie. — À moins de pénurie et d’impossibilité absolue, cette eau doit être rejetée. Bien que riche en gaz, fortement aérée, elle est lourde, fade, difficile à digérer et cause fréquemment des flux de ventre.
M. Courbon a attribué l’extrême fréquence des diarrhées peu graves qui règnent quelquefois épidémiquement dans la
Plata à l’asage des eaux de pluie conservées dans des citernes. L'absence des sels rend facilement compte de ses qualités insalubres.
Fonssagrives frappe l’eau de pluie d'interdiction absolue et conseille une surveillance active, pour que « les hommes de l’équipage ne recourent à une boisson d’autant plus dangereuse, que l’eau de pluie tombant des régions élevées de l’atmosphère, présente au moment où on la recueille une température assez basse. »
Henri Buignet, à l'encontre de Fonssagrives, fait remarquer que des villes entières, telles que Cadix, Vienne, Constantinople, n’ont à leur disposition que des eaux pluviales, et la santé des habitants n’a pas eu à en souffrir.
En tout cas, éviter avec soin des appareils en plomb ou en zinc pour la conduite ou la conservation de l’eau de pluie: celle-ci, aussi bien que l’eau distillée, attaque ces métaux très facilement sous l’influence de l'air.
2° Eau de neige.— Pour les mêmes motifs que l’eau de pluie, l’eau de neige est considérée comme insalubre par Fonssagrives. Celui-ci conseille, dans le cas où une disette absolue forcerait à boire de la neige fondue, de la chauffer à une faible température pour ne pas faire échapper l'air qui y est contenu, de battre pour aérer et d’y ajouter une quantité de substances salines destinées à rapprocher sa composition de celle des eaux vraiment potables. Il accuse, en effet, l’eau de neige de manquer de sels, bien qu’elle soit riche en
gaz.
8° Eau de glace.— Dans les voyages polaires, on peut être amené à user de la glace fondue comme boisson. En se séparant des substances fixes par la congélation, l’eau se ; prive des éléments volatils et des gaz. Elle est donc encore
cie Offre
plus insalubre que les eaux de pluie et de neige. Cook remarqua chez son équipage le gonflement des glandes de la gorge après l’absorption d’eau de fusion de glace. Kéraudren, inspecteur du service de santé de la marine, dans les Annales d'hygiène de 1838, prescrit de ne boire cette eau que mélangée à de l’eau-de-vie ou du vin. Nous rappellerons enfin que le goître existe à l’état endémique chez les populations qui boivent de l’eau provenant de la fonte des glaciers.
M. Taulier, médecin de la marine, s'élève avec force contre ce qu’il appelle le préjugé qui fait repousser l’eau de glace ou de neige. Il cite à l’appui de son opinion de Saussure, Parry, Kennedy, Bellot et plusieurs de ses collègues de la marine. Pour sa part, il n’aurait jamais remarqué que ces eaux eussent en elles l’étiologie d’une affection spéciale.
: On comprendra aisément que, devant ces opinions si différentes, nous nous abstenions de conclure. Cependant il nous paraît logique, dans le doute, lorsque comme ressource extrème il faut faire usage de ces eaux, de les aérer et de les salifier ; alors Hippocrate, lui-même, qui regardait «les eaux de neige, de glace, et les eaux analogues comme les plus mauvaises pour quelque usage que ce soit», n'aurait plus rien à dire.
4 Eau des ports.— On a rarement recours, d’ailleurs, à cet expédient. Le navire en partance fait une provision d’eau qui est suffisante si son voyage n'excède pas quelques mois. Cette eau est puisée à des fontaines ou à des cours d’eau, dont la bonne qualité est connue et offre toute garantie de salubrité.
Nous donnerons ici quelques analyses des eaux des cinq ports militaires.
ZE Of ee
Eaux de la Ville et des environs de Brest.
Elles comptent parmi les plus pures des eaux potables.
Eaux des citernes de l'arsenal maritime de Brest.
Desré hydrotimétriques 45" Cr 0N895 Sels de chaux (sulfate et chlorure) . 00210 } 0.096 DÉS EMTAR TEE A EP ER ER O0 THON Carbonate de chaux............ traces AC EMICHADONIQUE" TC RAA NE 0 lit. 005
Eau de laiguade de Cherbourg (Eau de la Divette).
Degré hydrotimétrique..... 6° et 8° Matière silico-argileuse... . .::...., 00038 Matière organiqué..2:.,.1 SO OT 01155 Sels solubles (nitrates et chlorures). 0,0517 Le CRE ee A LION La eee 0,0227 ne Manesie ct ir Rte Ha O9S Fer et sels ammoniacaux ......... traces | Eau de l'arsenal de Lorient.
Chlorures de calcium, magnésium, s0-
CT A AT ARR NME ee DEL TS Sulfates de chaux et de magñésie ... 0,039 0.250 Carbonates de chaux et de magnésie . 0,029 | ? SINICOR RER Re 1e DAS Et Lo PAT 143. 0/008 Oxyrderdeten PME RRNR R TE 0,001 !
Aiguade de Rochefort.
Degré hydrotimétrique. 27° Chlorures 0,1139; résidu salin par litre 0'gr. 39, formé de sulfates et de carbonates calciques et magnésiques d’alumine, de silice et de fer, sans matières organiques.
Cette eau est très chargée de gaz carbonique.
Eau de Toulon.
Volume’de d'acide carboniquen enr 2e 01166 Volume de l'azote et de l’oxygène........ 9, 9000 Sulfatercaciquen rm ee 1. %060200% Carboratercaléiquer tie PL Aer 0,0800 Sulfate de magnésie.......... debate 0,0600 Carbonate!magnésique 25.7 2e MOOD EE SALCE EP AR Re RAT EE NOR 0,0015 Alumine et fer (avec traces de phosphate). 0,0100 Cllorure decalciunte 2107 ... 0,0400 Matières-organiques. 9. .:02402.ù 0,0000 0,2800
Ces analyses sont tirées de la chimie de M. Hétet, pharmacien en chef de la marine. Dernièrement, le laboratoire de chimie de l’hôpital maritime fut appelé à se prononcer sur la valeur de plusieurs sources de Toulon. Nous extrayons de tous les résultats celui qui a rapport à la source Saint- Antoine, qui alimente la Ville et la marine:
Degré hydroimétrniques cererone RTS Rés id TOTAL dev ee ONE R Re ee 0:r292 Matières organiques et produits volatils par INCMeTANONAdUTÉSIAR EE, CORRE 0,046 Matières organiques par permanganate. . 0,00027 INÉÉPALOS LR ON Te Re Er faibles traces Chlorures Si, Peer 0,0246 Atideisuliurique anbyrire No eee 0,036
4° Eau des relâches.— Pour les relâches habituelles, où l’eau a pu être minutieusement analysée, les mêmes ob-
servations sont à faire que pour celles de la France. Il est évident qu’un navire pourra faire-sa provision d’eau là où toute une ville civilisée s’alimente. Ce n’est pas cependant là le cas qui se présente toujours. Le navigateur arrive quelquefois dans un pays où la civilisation a peu ou pas pénétré ; s’il doit y faire sa provision d’eau, c’est à ses propres moyens, faute de renseignements, qu'il devra faire appel pour juger de la valeur de l’eau. Le règlement du 16 août 1851 oblige, dans ce cas, le médecin-major à déguster et étudier lui-même chimiquement l’eau qu'il va livrer à la consommation.
Quatre sources d'informations peuvent être interrogées par lui: les conditions physiques de l’aiguade, source, ruisseau ou eau stagnante, la nature des organismes qui y vivent, les propriétés organoleptiques de son eau, son analyse physico-chimique.
Conditions physiques.— Hippocrate écrivait, il y a 23 siècles, sur ce sujet, une admirable page qui peut encore être prise comme guide: « Les eaux dormantes, soit de ma- »rais, soit d’étang,sont nécessairement, pendant l'été, chaudes, »épaisses et de mauvaise odeur; n'ayant point d'écoulement, »mais étant alimentées continuellement par de nouvelles »pluies et échauffées par le soleil, elles deviennent lourdes, »malsaines et propres à augmenter la bile...
»Je regarde de telles eaux comme mauvaises pour tous »les usages; les plus mauvaises, après celles-là, sont celles » qui proviennent ou de rocher, ce qui leur donne nécessai- »rement de la dureté, ou d’un terroir dans lequel sont des »eaux chaudes, du sel, du cuivre, etc.; les meilleures sont »celles qui coulent des lieux élevés ou des collines de terre.» Il faut ajouter aux eaux à proscrire celles qui contiennent une trop grande quantité de détritus organiques, dont l’in-
Lea Of A fluence pernicieuse s’est fait plus d’une fois sentir sur nos colonnes en Algérie, Cochinchine et Sénégal.
Nature des organismes qui y vivent. — On peut tirer de la nature, de la végétation et des animaux qui se développent dans les eaux des indications précieuses, au point de vue de Jeur salubrité, et que les médecins, forts en histoire naturelle, pourront mettre à profit. Le cresson de fontaine, les véroniques sont les signes d’eaux excellentes ; les patiences, les roseaux, les ciguës, d’eaux médiocres; l’arundo phragmites caractérise les plus infectes.
La présence des mollusques est un bon renseignement, d’après M. Gérardin; ceux-ci ne vivent pas dans les eaux infectes. Les algues vertes sont, en général, plus utiles que nuisibles ; elles mettent en liberté l’oxygène de l’acide carbonique dissous dans l’eau, et contribuent ainsi à l'oxydation des impuretés organiques. Les algues bleu-verdâtres ne sont pas plus offensives. Ces deux espèces seraient cependant dangereuses si, par le retrait sur le bord et la dessiccation, elles venaient à se putréfier; elles ne sont guère, somme toute, que désagréables à la vue et mécaniquement gênantes.
: Malheureusement, les débris de cette végétation et de ces animaux peuvent donner aux eaux des propriétés funestes.
Les infusoires, par exemple, fournissent des générations successives, dont les cadavres tombent au fond du liquide et se putréfient, après avoir vécu au contact des végétaux microscopiques, mucidinies, conferves, palmelles, etc. C’est surtout dans les aiguades mortes et stagnantes que ce phénomène se produit. Il ne faut y recourir qu’en cas de nécessité absolue, et séulement après les avoir filtrées si elles sont de qualité médiocre, et après les avoir filtrées et transformées en thé, si elles sont décidément mauvaises. Ragot, qui a consigné, dans son rapport sur une campagne de 4 années dans
l’Indo-Chine, des recherches hydrologiques plemes d’intérêt, rapporte que l’eau de Manille, fournie par une lagune. riche en plantes et en mollusques fluviatiles qui flottent à sa surface, est très malsaine, et, qu'à plusieurs reprises, l'équipage de l’Erigone éprouva sa mauvaise qualité.
Les eaux du Cambodge sont tellement surchargées de matières organiques, qu'après trois filtrations successives elles donnent un précipité caractéristique par le chlorure d’or. Cette eau est la cause d’une endémie (aussi fatale aux Annanites qu'aux Européens), de la dysenterie, qui est d'autant plus commune et plus grave, qu’on en boit davantage.
À Saïgon, l’eau saumâtre des arroyos est si riche en matières organiques que, malgré l’alunage, la clarification, la désinfection, l’aération, la distillation, l’épuration, on a dû renoncer à la rendre potable. Les navires sont obligés de s’approvisionner au puits d'Adam, situé sur les bords de l’arroyo chinois qui mène à la ville de Chollen.
Certains médecins pensent que la nature de l’eau est la
seule cause de la dysenterie endémique dans ces pays.
Quant aux maladies qui peuvent provenir des bactéries ou microbes contenus dans l’eau, voici ce que dit à ce sujet Leroy de Méricourt: « L'eau est un élément essentiel de bonne hygiène sur les bâtiments marchands, et néanmoins, dans beaucoup de cas, l’eau sur laquelle les navires flottent, même au milieu des rivières chargées de matières organiques de l’Inde et dela Chine, l’eau, disons-nous, est puisée le long du bord pour la consommation journalière. Il n’y a donc pas lieu de s'étonner de la fréquence des maladies et du haut degré de mortalité des marins aux Indes-Orientales par suite du choléra, de la diarrhée, des fièvres typhoïdes, de la dysenterie. On a vu, dans une seule nuit, la moitié d’un équipage, et même plus, être couchée sur le flanc. Un navire, avec 600 hommes à bord, à pu demeurer 6 semaines au
MAGIE mouillage sur la rivière Hooghly, pendant la chaude saison de 1858, exempt de toute atteinte de choléra, tandis que cette maladie sévissait à bord de tous les bâtiments qui l’entouraient. L'eau distillée était, il est vrai, donnée à volonté à bord de ce navire. »
Propriétés organoleptiques; analyse physicochimique.— Nous avons déjà parlé des propriétés organoleptiques en général; nous ne les répèterons pas ici. Il fautles compléter par une analyse physico-chimique. À ce sujet, l'instruction sur les analyses qualitative et quantitative de l’eau potable, contenue dans le formulaire des hôpitaux militaires (1884), est un guide à la fois complet et remarquablement pratique.
Recherche des sels minéraux. — 1° En faisant bouillir pendant 8 à 10 minutes l’eau que l’on examine, sielle setrouble considérablement, c’est une preuve qu’elle contient un excès de bicarbonates. Une goutte ou deux de teinture alcoolique de bois de campêche colorent en violet l’eau renfermant du bicarbonate de chaux.
2° Les eaux séléniteuses fournissent, par l’évaporation, un résidu abondant.
3° Les eaux chargées de substances salines donnent un précipité abondant par l’oxalate d’ammoniaque (chaux), lPazotate d'argent (chlorures), le chlorure de baryum (sulfates) ; elles dissolvent difficilement le savon, et font des grumeaux avecce réactif. ;
4 La présence des iodures estrecherchée par l’amidon et l’acide azotique. «
9° La présence des sels ammoniacaux est décelée par le réactif de Nessler, qui fournit un précipité brun, et par le réactif de Bohly, qui donne un précipité blanc.
Lee) Rae
Recherche des matières organiques. — Lorsqueles eaux contiennent une forte proportion de matières organiques, le résidu de leur évaporation noircit plus ou moins quandon le chauffe dans une capsule de platine; ce phénomène est dû à leur carbonisation. |
On peut également reconnaître ces matières à la coloraton brune que prend à leur contact une solution étendue de permanganate de potasse; cette réaction, basée sur l’affinité de l'oxygène pour les matières organiques, sert À un procédé de dosage de ces substances.
Essai hydrotimétrique. — On désigne sous le nom d’hydrotimétrie une méthode d’essai à la fois pratique etrapide, destinée à faire reconnaître la bonne qualité des eaux, et notamment à déterminer la quantité de sels de chaux et de ma-. gnésie qu’elles contiennent. Elle est basée sur cette remarque que, si l’on verse une solution alcoolique de savon dans l’eau chargée de sels terreux et que l’on agite, il ne se forme de mousse persistante que lorsque les bases de ces sels ont été entièrement combinées avec les acides gras du savon.
La liqueur d’essai se prépare en dissolvant, à chaud, 100 gr. de savon blanc de Marseille dans 1600 gr. d'alcool à 90°; on filtre eton ajoute 1000 gr. d’eau distillée.
Cette liqueur d’essai s’altérant facilement, on l’essaie ellemême en seservant d’une dissolution de 0,50 d’azotate de ba-
ryte dans Î litre d’eau distillée. Les instruments $e composent: 1° de l’hydrotimètre ou burette, gradué de telle sorte que 23 de ses divisions égalent 2 centim. cubes et #/,,; le 0 de l’échelle est placé sur le second trait, et non sur le premier comme dans les burettes ordinaires. Néanmoins, quand on remplit l'instrument, il faut que la liqueur affleure jusqu'au premier trait, par la raison que la quantité de liquide qui dé-
LS POSE passe ainsi le 0 est employée à produire une mousse persistante et n’est pas décomposée par les sels de l’eau que l’on analyse; 2° un flacon gradué de 10 en 10 centim. cubes; 3° une pipette graduée en dixièmes de centimètres cubes.
Dans l'essai de la liqueur hydrotimétrique, 40 centim. cubes de la solution d’azotate de baryte doivent donnerune mousse persistante avec 22° hydrotimétriques. Si le nombre des degrés est inférieur, il faut étendre d’eau la liqueur savonneuse dans la proportion de !}, de son volume par chaque degré qui n’aura pas été employé. Si le nombre était supérieur à 22, il faudrait ajouter de l’alcoolé de savon.
Pour essayer une eau potable d’après la méthode volumétrique, on dépose 20 à 23 gr. de l’eau à examiner dans un verre à expériences et l’on ajoute un centimètre cube environ de liqueur savonneuse. Si, après quelques instants d’agitation, l’eau prend une teinte opaline sans qu’il se forme de grumeaux, on peut faire directement l'essai. Dans le cas où il se forme des grumeaux, il faut étendre l'eau à essayer d’un volume d’eau distillée convenable, pour que cet effet n'ait plus lieu. On tient compte de cette eau ajoutée dans le résultat final. Il est essentiel de s'assurer que l’eau distillée que l’on ajoute ainsi marque 0 degré à l’hydrotimètre.
Tout étant disposé, on verse 40 centimètres cubes de l’eau à essayer dans le flacon, et on ajoute peu à peu, surtout à la fin de l’opération, la liqueur savonneuse. Dès que, par lagitation du flacon, on obtient une mousse persistante et épaisse, l’essai est terminé. Le chiffre ainsi obtenu indique le degré hydrotimétrique de l’eau. Supposons que ce degré soit de 15, on en pourra conclare: {1° que un litre de cette eau décompose 18 décigrammes de savon avant de pouvoir dissoudre ce corps; 2° que un litre de cette eau contient, à très peu de chose près, 18 centigrammes de matières terreuses fixes.
Nos
Des eaux réellement potables ne doivent pas marquer plus de 38 à 40 degrés hydrotimétriques; à 50° elle est très lourde sur l’estomac; au-dessus de 60°, elle est impropre à tous les usages domestiques. Nous avons déjà dit que, mal-
heureusement, cette méthode n’était pas applicable à bord, faute d'instruments.
Amendement de l’eau. — La nécessité où l’on est souvent de s’approvisionner d’eau douce plus ou moins impure, impose l'obligation d'indiquer les moyens de l’améliorer.
Fonssagrives en compte six: 1° la Réfrigération; 2° l’Aération; 3° la Salification; 4 la Dépuration; 5° l’Ebullition ; 6° la Correction.
Réfrigération.— Nous avons indiqué, dans les caractères généraux des eaux potables, cette qualité: être fraîche. Dans les pays chauds, on ne saurait trop veiller à cela. L’eau placée dans la cale s’échauffe, devient lourde et indigeste. La corruption de l’eau marche en raison directe de la température, et cette corruption peut aller jusqu’à produire des gaz susceptibles de déterminer l’asphyxie. Il faut donc que la cale à eau soit fortement aérée et ventilée; le charnier doit être entouré de toiles imprégnées d’eau, dont l’évaporation amène un abaissement de température. Sous le rapport de la fraîcheur de l’eau, la table des officiers est mieux partagée et ne laisse souvent même rien à désirer. Certains navires, les transports-hôpitaux entre autres, emportent dans leur flanc une provision de glace; de plus, chaque officier peut se munir de gargoulettes ou alcarazas en terre poreuse qui, lorsqu'elle sont bien faites, donnent à l’eau une température très fraîche. Enfin, il serait à désirer que tous les A avires fussent également bien partagés et possédassen
PUR A pcs tous un appareil à fabriquer la olace. En outre du bien-être que cet appareil apporterait à chacun, il offrirait cet avantage de permettre l’emploi de la glace comme médicament, nécessaire dans certains Cas.
Aération. — Ce n’est guère que pour l’eau distillée qu’on aurait à procéder à cette opération; nous verrons qu'avec les appareils actuels, l’aération se fait d'elle-même.
Salification. — À propos de l’eau distillée, nous reviendrons sur ce point.
Dépuration.— Nous empruntons à la thèse de M. Auguste Lefèvre, médecin de la marine, le passage suivant, qui nous paraît fort bien résumer tout ce qui à trait à ce sujet:
« Le procédé le plus élémentaire pour purifier une eau limoneuse serait de la laisser reposer; mais les matières en suspension ne se précipitent presque toujours qu’incomplètement et lentement. Pour atteindre plus promptement le même but, on a conseillé d’enduire la surface intérieure des réservoirs de pâte d'amandes pilées ; il se produit une sorte d’émulsion, dont l'huile s’unit aux matières terreuses, et, d’après M. Mauger, on agirait ainsi pour clarifier les eaux du Mississipi, tellement troubles, qu’il est impossible de. s’en servir sans cela. Dans la Haute-Egypte, on emploie au même usage les fèves, les haricots et les graines de ricin.
» En Egypte et en Chine, on se sert de l’alun pour clarifier les eaux troubles et ce procédé est devenu usuel chez nous, surtout dans la marine. Pour pratiquer l’alunage, on emploie tantôt l’alun finement pulvérisé et on en saupoudre là surface de l’eau, tantôt on y verse une petite quantité d'une solution de ce sel. Un’troisième moyen consiste à suspendre un cristal d’alun au bout d’un fil et à le promener en tous
Re + RP sens dans l’eau, jusqu’à l'apparition de flocons volumineux. Les Chinois renferment l’alun dans une tige de bambou percée de plusieurs trous, avec laquelle ils battent l’eau pendant trois ou quatre minutes. Lind vante l’alunage, d’après les observations d'Yves, pendant un voyage par terre de l'Inde en Europe. M. Grellois rappelle qu’il est fréquemment employé à l’armée d'Afrique et qu’il ne communique aucune saveur désagréable à l’eau.
» La filtration à travers les substances poreuses est le meilleur moyen pour débarrasser l’eau des matières terreuses qu’elle contient. Smith y a eu recours pour lui enlever les matières putrides. Son appareil fut expérimenté pour la première fois à Brest, en j’an VI, à bord des vaisseaux la Convention et l Invincible ; en l’an VITT, au Hâvre, sur les navires le Géographe et le Naturaliste, destinés à une campagne autour du monde et en l’an IX, à Paris, en présence de tous les professeurs du Muséum. On désinfecta ainsi de l’eau provenant des pièces à eau alors en usage, celle d’un égout, . celle ayant servi à la macération des cadavres. Ces eaux sortirent claires et limpides comme les plus belles eaux de fontaine.
»Ayant reconnu que le charbon'était l'agent principal de cette purification, MM. Thaumur, premier pharmacien à Brest ; Réjon, à Rochefort, et Ducommun, chimiste à Paris, présentèrent. de nouveaux appareils donnant les mêmes résultats. Dans celui devenu réglementaire dans la marine, l’eau traversait des éponges, des toiles de crin, des couches alternatives de sable de mer et de rivière, de charbon et de cailloux.
» En 1827, M. Zéni, ingénieur de la marine, présenta un filtre à double courant, se nettoyant de lui-même etcomposé des mêmes substances. Les témoignages les plus favorables confirmèrent l'efficacité de ce filtre particulièrement pour
retenir le sédiment formé dans les caisses en fer, dont l'usage venait d’être adopté.
» En 1867,la Commission du ministère de la.marine, pour l'Exposition universelle, à appelé l'attention sur les filtres qui y figuraient, en rappelant combien il serait à désirer de pouvoir doter nos vaisseaux de ces appareils.
» Les filtres ne contenant pas de charbon n’ont, en général, qu’une action mécanique sur les matières en suspension. Le charbon animal, outre cette action, absorbe les gaz et retient certains principes nuisibles, tels que les sels de plomb, de cuivre et de mercure. Maïs on lui reproche de perdre son efficacité par l’usage et de pouvoir alors vicier l'eau qui le traverserait, et enfin d'exercer une action fâcheuse sur certains principes qu’il importerait de conserver, tels que l’oxygène et l’acide carbonique. J’ai déjà opposé à ce dernier reproche des faits tendant à prouver qu’il n’est pas fondé.
>Les filtres figurant à l'Exposition étaient ceux de la Compagnie des charbons silicatisés et ceux de la Compagnie des filtres Spencer, sur ‘lesquels on n’avait eu que des rapports. favorables. Les premiers devraient leur efficacité au charbon uni à la silice très divisée, telle qu’on la trouve, paraît-il, dans le minerai connu sous le nom de torbanchill. Ce corps joindrait aux propriétés ordinaires du charbon une action OXYdante qui détruirait les matières organiques, et l’acide carbonique en résultant augmenterait la rapidité de l’eau. De plus, la Compagnie assure que ces filtres, comme le charbon animal ordinaire, débarrassent entièrement l’eau des sels toxiques et autres qu’elle peut contenir. À ces propriétés importantes, ils joindraient l'avantage de se nettoyer par une chasse d’eau en sens inverse. Parmi les modèles figurant à l'Exposition, la Commission signale celui désigné sous Je nom de filtre-siphon, qui pourraits’appliquer d’une manière <ommode au charnier d’un navire.
2 Et el
» Le filtre Spencer a pour élément purificateur l’oxyde de fer magnétique, auquel le chimiste-inventeur attribue la pureté des sources provenant des terrains anciens. D’après lui, cet oxyde aurait la propriété de transformer l'oxygène en ozone et jouerait ainsi un rôle oxydant très énergique. Par son action, les matières organiques seraient brûlées en produisant de l’acide carbonique, les hydrogènes sulfuré et phosphoré seraient détruits ‘et l’eau débarrassée des sels métalliques et du carbonate de chaux en excès. En réalité, M. Spencer n’emploie pas l’oxyde de fer, mais bien une substance particulière qu’il fabrique artificiellement et qu’il désigne sous le nom de protocarbure magnétique de fer. Cette substance a l’aspect d’une grenaille métallique très fine, on la trouve en couches assez épaisses dans les filtres exposés. Enfin, M. Spencer attribue à son filtre la propriété de permettre la dissolution dans l’eau d’une certaine quantité de carbonate de chaux et de magnésie, ajoutée aprèscoup, dissolution qui se fait dans la nature, mais qu’on n’avait pu réaliser artificiellement jusqu’à présent. »
Ébullition. —L'ébullition détruit les matières organiques animales et végétales, précipite les sels calcaires et enlève l’air. C’est une ressource extrême que Bouchardat considère comme le moyen de purification des eaux le plus rationnel et le mieux éprouvé. Bien entendu qu'après cette opération cette eau devra être aérée.
Correction. — L'amendement ou correction de l’eau potable en hygiène navale a reçu le nom d’acidulage, quoique les substances employées ne soient pas toujours des acides. Cet acidulage est rendu nécessaire par l'alimentation même du marin, quiest souvent privée des acides végétaux qui doivent entrer pour une certaine part dans une bonne alimen-
M tation, et que dans nos pays on trouve combinés avec les autres éléments des fruits.
Le 21 juillet 1860, on alloua 5 millilitres de vinaigre par : homme et par jour, tant pour aciduler l’eau des charniers que pour la préparation de la moutarde et l’aspersion du bâtiment.
Dans les pays chauds, on accorde par jour:
Hau-de-vie 4.0 .,04.02. 025 tnilitrés Sucre-cassonnade.......... 10 grammes.
Vinaigré. ir MONS EAN CCE:
Les 2 centilitres de vinaigre sont remplacés par un demicitron et une demi-orange dans les pays où il est possible de s’en procurer. |
Il est bo d'observer toutefois que les acides ou lalcool peuvent changer le goût de l’eau, mais ne luienlèvent pas par là ses propriétés malsaines ou insalubres.
Approvisionnement d'eau donce artificielle.