‹ De l'eau de mer dans la tuberculose pulmonaire et dans la gastro-entérite infantileChapitre 20 sur 47 · II. — Ingestion · texte numérisé non relu

II. — Ingestion

Cette méthode, plus ancienne que celie des injections, était déjà préconisée par Lalesque, en IS25, et surtout par Marion, à Montpellier, en 1882. La dose employée par lui était de 200 à 300 grammes par Jour.

Bonnal fait parfois ingérer à ses malades du pain à l'eau de mer et donne aux enfants deux à trois cuillerées d'eau de mer dans le lait.

C'est surtout Carles qui s'est fait le défenseur de cette méthode. Les doses sont d'un quart à un demi-verre ; l'eau de mer, au lieu d’être donnée pure, est souvent coupée d’eau d'Evian ; et ainsi les phénomènes diarrhéiques du début sont souvent atténués.

Barrère à son tour donne à ses dyspeptiques tuberculeux 200 à 300 grammes d’eau de mer par jour, un de ses malades est allé jusqu’à la dose d’un litre (0bs. XXVII de sa thèse). |

L'ingestion produirait les mêmes effets que l'injection, mais aurait l’avantage de ne donner ni réaction thermique, ni hémoptysies (Carles).

A ne nous en tenir qu'à la méthode des injections, nous trouvons, d'une part, des différences dans la composition de l’eau de mer employée ; d'autre part, des doses bien variables.

L'eau de mer est tantôt employée à l’état pur, tantôt ramenée à l’isotonie. Cette dernière modification réaliset-elle un avantage? R. Simon et Quinton prétendent qu'ainsi les injections sont moins douloureuses et l’absorplion plus rapide. Or, dans les observations où l'eau de mer pure a été employée, la douleur ne paraît pas plus grande qu'avec le plasma de Quinton. Dans l'observalion VI de la thèse Vedy, l’eau de mer filtrée provoque un peu de douleur; on la remplace par l'eau de mer isotonique ; la douleur persiste.

En effet, si la concentration de l’eau de mer pure est beaucoup plus forte que celle de l'eau de mer isotonique,

CE. es la douleur qui peut résulter de cette concentration est bien compensée par la quantité beaucoup plus considérable d’eau isotonique qu'il faut injecter pour obtenir le même effet et par la durée de cette injection.

L'action sur l’état général est-elle différente ? Nous avons relaté la longue expérience de Bonnal qui, depuis plus de 20 ans, n’a qu'à se louer, dit-il, de l’eau de mer pure. » injections d'eau de mer filtrée de 20 cc. donnent en » semaines une augmentation de 5 kil. 900 ; 4 injections de plasma de Quinton, chez le même malade, n'augmentent le poids que de 1 kil. 200 en 1 mois.

Les doses préconisées sont aussi bien différentes. Elles vont depuis 1 ce. Jusqu'à 100 {méthode de Quinton), en passant par les doses moyennes (15 à 25 ce., Mongour, Carles, Vedv). « Cette question d’une dose suffisante est tout à fait importante », dit Robert Simon ; 1l compare à ce sujet les injections d’eau de mer avec celles du sérum antidiphtérique. Quelques ce. de sérum de Roux n'ont aucun effet, une dose de 10 ou 20 cc. sauve le malade.

C'est par cette différence que Robert-Simon, Quinton, Fumoux expliquent les insuccès que publient Mongour, Carles, Vedy, L.-G. Simon et Pater.

Fumoux, dans sa thèse, divise les auteurs en deux groupes : ceux qui ont suivi la méthode de Quinton et ceux qui se sont adressés à une méthode différente.

Les premiers n'ont eu que de bons résultats, les seconds sont justement les adversaires de l’eau de mer.

Cette classification nous paraît bien hasardeuse : Mongour n'est-il pas rangé parmi ceux qui n'ont pas employé la méthode de Quinton, alors qu'un grand nombre de ses malades recoivent 50 ce. de plasma de Quinton tous les deux jours ?

Le malade de l'observation XVI (ën thèse Vedv) reçoit

AU OR EN 8 injections de 100 ce. ; aucune amélioration ne survient. Peut-on dire que l'échec est dû à une technique différente de celle de Quinton ?

La thèse de Vedy est citée par Simon à la Société de thérapeutique comme tout à fait démonstrative des effets de l'eau de mer. Or, en dehors de quelques observations de Lalesque, ce n'est point la méthode de Quinton, qui est employée dans les observations personnelles. Sur 5 observations de Vedy, la première comprend ? injecuons d'eau de mer pure (10 ce.) puis 4 injections de plasma de

Quinton (20 cc.). F:

Dans les observations IT et IV nous trouvons deux et trois injections de 20 ce. d'eau de mer filtrée. Enfin les malades des observations ITet V ont absorbé l'eau de mer par la bouche. Cela n'empêche pas les partisans de la méthode Quinton de considérer Vedy comme un des leurs etde s'appuyer sur les heureux résultats qu'il publie. D'autre part, n'avons-nous pas signalé de mauvais résultats chez les auteurs qui ont employé strictement la méthode de Quinton.

On à beaucoup reproché à L:-G. Simon et Pater leurs doses minimes (1 à 5 ce.). L'eau de mer, a-t-on dit, n’agit pas à dose homéopathique. Mais ilne faut pas oublier d’une part que ces doses sont celles relatives aux nourrissons. Et comment se faire partisan, pour ces derniers, de doses plus considérables, quand on voit les réactions fébriles si intenses, la diminution du poids, le coup de fouet donné à la tuberculose par ces doses que les auteurs ont intenüonnellement réduites avec prudence.

Une autre objection faite par Robert-Simon, Fumoux et Quinton, — c'est l'insuffisance de la durée du traitement. Robert-Simon rappelle.dans son livre l'observation d'un tuberculeux cavilaire qui est très amélioré par les

NÉ PSE injections ; survient une hémoptysie, le médecin cesse le traitement, le malade décline et meurt au bout d'un certain temps. Robert-Simon attribue à la-cessation du traitement ce déclin rapide et regrette que le médecin traitant se soit laissé influencer par l’idée « toute théorique » que l’eau de ju mer provoque des hémoptysies. Son exemple nous parait. mal choisi; car, malgré Robert-Simon, n'avons-nous pas élabli l'influence souvent congestive de cette médication ?

Bon nombre d'observations sont d’ailleurs à l'abri de ce reproche : les injections sont poursuivies assez long- it temps et le résultat n'en est pas meilleur. Comment oser continuer le traitement lorsque à la suite des injections nous voyons, comme dans nos trois cas personnels, l’état s'aggraver, le poids diminuer, le malade refuser à grands cris le traitement ?

Comment ne pas s'arrêter lorsque après chaque injection le malade s’étouffe, présente une dyspnée continuelle etentre en asystolie (Mongour, Obs. XXIII de la thèse Vedy).

Peut-on en conscience adresser pareil reproche à L.-G. Simon el Pater qui, sous l'influence de quelques injecbons à peine, voient leurs tuberculeux s’acheminer rapidement vers la mort.

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