OPINION DES AUTEURS
l. — Partisans de l’emploi de l’eau de mer
dans la tuberculose pulmonaire
Mario est un des premiers à publier des observations de phlisiques traités par l'eau de mer (en ingestion)., Les doses sont d'enviren 200 à 390 grammes par jour: le régime fortiliant est en même temps ordonné. Chez cinq de ses malades une amélioration notable s'ensuit ; un seul n'a vu aucune modification de son état, 1 s'agissait dans ce cas d’une phtisie avancée. « Si celle médicalion ne guérit pas, elle retarde la marche du processus morbide, dont elle atténue fortement les conséquences générales sur lorganisme. Enfin il est permis d'espérer que chez certains sujets elle pourra enrayer complètementle mal.»
Le docteur BONNaL (d'Arcachon), dès TSST, emploie les injections d'eau de mer; il utilise eau de mer pure, pui-
sée au large et à une grande profondeur, filtrée ; les doses $ cp)
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varient entre 15 et 2) grammes. Les injeclions sont pratiquées au nombre de deux à trois par semaine. Dans le premier el le second degré de la tuberculose, l'auteur enregistre d'heureux résultats : dès le deuxième ou le troisième jour du traitement, reprise de l'appétit et régularisalion des fonctions digestives, élévation de la tension artérielle el de la tonicité musculaire, relour du sommeil, disparition des sueurs nocturnes, amélioration locale el vénérale.
«Chez les malades avancés à tuberculose ouverte, je n'ai jamais obtenu que des améliorations de durée variable. » Bonnal associe à la médication marine les autres médications antituberculeuses.
Dans une communication plus récente (Journal de médecine de Bordeaux, 1907), Bonnal résume sa longue pratique de l’eau de mer qu'ilemploie surtout en injection, mais aussi sous forme de pain maritime et d’eau dé mer dans le lait (2 à 3 cuillerées par jour chez les enfants). Les doses élevées de 50 cc. lui semblent plutôt nuisibles, provoquant fièvre et malaise: celles de 15 à 25 ce. qu'il injecte sont basées sur la quantité de sel consommée par l'organisme, en tenant compte du chlorure de sodium des aliments. L'auteur continue à se servir de l'eau de mer pure; lisotonisalion lui paraît une altération de l'eau purement marine ; elle entraîne l'injection d'une quantité d’eau trop considérable eLinutile aux lissus, provoque une hydrémie passagère, des troubles de la circulation et des réactions violentes.
La médication marine agil surtout dans la tuberculose par son action sur l'appareil digestif. L'auteur recommande concurremment avec l’eau de mer les diverses autres médicalions. «Les supprimer serait une faute... En un mot l’eau de mer en injections sous-cutanées,
véritable opothérapie légitime, est une force dont l'action biologique peut se résumer ainsi :
»Le milieu marin, ferment vital, rétablit le travail diges- Uf dans toute son intégralité. Une bonne digestion fait le bon chyle, le bon chyle fait le bon sang, le bon sang le bon tempérament, d'où la santé parfaite. »
QUINTON reprend la méthode des injections d'eau de mer, mais il ramène cette eau à la même concentration moléculaire que notre plasma.
L'eau de mer qu'il emploie est celle de l'Océan Atlantique (1) caplée au large à 20 ou 30 kilomètres de la côte, de préférence en face d'une côte déserte, à une profondeur d'environ 10 mètres. Cette eau est diluée avec une eau de source très pure dans la proportion de 83 parties d'eau de mer pour 190 d’eau de source. Le mélange est réparti dans des ampoules stérilisées auparavant à l'autoclave à 120 degrés. Cette eau de mer ainsi rendue isotonique doit être injectée dans les trois semaines au plus qui suivent sa caplure.
La méthode primitive de Quinton, telle qu'elle est exposée dans son livre « L'eau de mer milieu organique », est caractérisée par des doses très massives (500 à 600 gr.; un centième ou un centième et demi du poids du corps du malade). L'eau de mer employée était une dilution de deux parties d'eau de mer dans cinq parties d'eau disüllée. La réaction produite par Pinjection était très vive: céphalée, élévation thermique atteignant parfois 40 degrés, soif vive, insomnie, maux de cœur. L'amélioration
toutefois survenait au bout de quelques jours.
(1) «Ce n'est que faute de mieux que lon pourrail recourir à celle de La Manche, toujours trouble, où à celle de la Méditerranée,
trop riche en magnésium » (Robert Simon).
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Quinton se rallie bientôt à une nouvelle méthode qu'il expose dans un travail fait en collaboration avec ROBERT SIMON et présenté à l'Académie de médecine par le professeur Chauffard, le 6 juin 1905. Une nouvelle communicalion et un article de la ÆRevue des Idées réunissent 19 cas de tuberculose pulmonaire à des degrés variables pris sans choix aucun dans quelques cliniques médicales parisiennes. La dose préconisée est de 100 cc. tous les deux jours environ, la première injection ne doit être que de 50 ec. Rarement on élèvera la dose à 200 ec.; si on ne gagne rien à dépasser 100 cc., on perd en descendant à des doses de beaucoup inférieures: «le sérum isotonique n'agit pas à doses homéopathiques.» Les injeclions doivent être continues pendant plusieurs mois: on les fait dans le tissu cellulaire à la fesse (elles sont ainsi complètement indolores). À l'abdomen les efforts de toux risqueraient de-provoquer La douleur.
Ces 19 malades n'ont suivi, au dire des auteurs, aucun traitement adjuvant, sauf deux, qui ont reçu l’un des injections trachéales d'huile eucalvptolée, l'autre des injections sous-cutanées de cacodylate de gaïacol. La plupart n'ont point quitté leurs occupations habituelles, un seul à fail en même temps une cure de repos; par contre, $ d’entre eux étaient soumis à un travail excessif. 17 sont restés à Paris, deux seulement ont effectué une partie de leur traitement à la campagne. Aucune suralimentalion n'élait prescrite, on recommandait simplement aux malades de guider leur alimentation sur leur appétit, sans jamais le forcer. Ces 19 malades se répartissent en ‘9 tuberculeux du premier degré, » du second, » du troisième.
Les auteurs étudient avec beaucoup de détails l'effet du traitement surles principaux symptômes de la maladie.
NAN A.ËTAT GÉNÉRAL : l°Appélil.—L'inappétence habituelle des tuberculeux, qui aggrave tellement le pronostic, cesse de la troisième à la sixième injection au plus tard ; l'appélit s’éveille, augmente et va jusqu'à un besoin impérieux : « Nombre de nos malades au cours du traitement en arrivent à ne plus sortir sans s'être muni d'un sandwich ou de pain et de chocolat avec lequel ils apaisent leurs fringales. »
2° Digestion. — Les vomissements cessent, les fonclions intestinales se régularisent, la céphalée digestive s'atténue.
3° Asthénie. — Dès la deuxième ou quatrième injec-
lion, ôn assiste au retour des forces: la marche soutenue devient possible ; les malades éprouvent une euphorie remarquable. Celte amélioration se maintient plusieurs mois.
4 Facies. — Le facies du tubereuleux se modifie, surtout à la première et à la deuxième période : la transformation est telle, que Simon déclare n’avoi pas reconnu au premier abord des malades, traités par lui pendant quinze jours et qu'une absence d’un mois lui avait fait perdre de vue.
»° Sommeil. — Le sommeil profond et réparateur remplace, dès la troisième injection, Pinsomnieel les cauchemars si pénibles pour le tuberculeux. Les sueurs nocturnes disparaissent en même temps, sauf, toutefois, dans un seul cas.
B. ACTION SUR LE POIDS.—Avantle début du traitement, SSH. des malades perdaient du poids (9 gr. 4 en moyenne par jour): dès les injections d'eau de mer, non seulement cette chute s'arrête, mais elle est remplacée par une augmentation (13 gr. 7 par Jour) qui continue le plus souvent plusieurs mois après la cessation du traite-
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ment (9 gr. 1 par jour. Dans quatre cas (un du deuxième et trois du troisième degré) la chute continue, mais ralentie.
C. ACTION SUR L'ÉTAT PULMONAIRE : |° T'oux el expectoration.— Dès les premières injections, dans un tiers des cas, au plus tard dès la huitième, la toux devient de plus en plus rares: l'expectoration, qui était purulente, passe à l'état muqueux et disparait ensuite. Cette améloration a fait défaut dans trois cas du troisième degré. Elle à persisté plusieurs mois dans les autres cas.
2° Dyspnée. — La dyspnée notée dans sept cas est très améliorée, sauf chez trois cavitaires. « Un malade, qui ne pouvait faire plus de cinquante mètres sans arrèt, marche une heure dé suite. »
3 Lésions. — Chez les tubereuleux du premier degré, le murmure vésiculaire devient plus ample: les frottements, les râles humides, enfin les craquements disparaissent « parfois avec une rapidité surprenante. »
A la deuxièn@e période, si la malité, le souffle et les craquements ne varient pas, les râles humides au contraire, les frottements diminuent ou s'évanouissent, le murmure vésiculaire auwmente. La moitié des tuberculeux eavitaiaires sont en partie améliorés : assèchement inattendu de leurs cavernes, disparilion des quelques frottements. A noter Loutefois que dans deux cas, l'un du premier, Fautre du second degré, des frottements pleuraux se sont'installés au cours du traitement.
D. Fièvre. — Les injections d’eau de mer provoquent chez les tubereuleux fébricitants la même ascension thermique que Îles injections de sérum artificiel. Cetté élévalion de Lempéralure (5 dixièmes à 1 degré 112) dure de deux à six heures ; mais le lendemain la tempéra- Lure descend au-dessous de ce qu'elle était avant l'injec- Uon. L'élévation thermique diminue d'amplitude avec la
répétition des injections et bientôt le malade devient apyrétique. Cette légère réaction thermique ne doit point effrayer, car les autres symptômes, tels que sueurs nocturnes et frissons quotidiens, sont améliorés par le traitement marin.
£. HémoprYsie. — Sar 19 malades, 13 n'avaient jamais présenté d'hémopiysies avant le traitement ; aucun n'en a eu ni pendant, ni après. Des six hémoptoïques traités, quatre n'ont plus eu d’expectoration sanguinolente pendant le traitement; les deux autres l'ont vue diminuer sensiblement. Après cessation du traitément, l’amélioration a persisté, sauf chez deux femmes qui ont présenté pendant leurs règles, l’une une hémoptysie, l'autre des crachats teintés.
«L'injection marine n'a jamais suscité d’hémoptysie, elle n’a agi sur ce symptôme que pour l'améliorer. »
En résumé: « 1° La thérapeutique parail posséder aujourd'hui, avec l'injection sous-cutanée d’eau de mer isotonique, un traitement de la tuberculose pulmonaire digne d'attention. Cetle puissance semble, à elle seule, au moins égale à celle des trois cures associées d'alimentation, d'aération et de repos, elle leur est souvent supérieure. On pourra juger par ce fait de importance sociale qu'est susceptible d'acquérir la méthode.
» 2 Aucune contre-indication générale n'apparait jus-\ qu'ici, dans les diverses formes de la tuberculose pulmonaire, à ce procédé thérapeutique nouveau : il ne pourrait y en avoir que d’individuelles.
» 3° Son efficacité dépend de son applicalion méthodique, définie en délail plus haut el que nous résumons encore: injections de 100 ce. environ, tous les deux ou
trois jours pendant trois IOIS AU MOINS, avec, surveil-
PT UE lance ensuite et reprise des injections S'il le faut. » (R. Simon).
PaGano, en 1904, publie l'observation d'un tuberculeux au début de la troisième période, fébricitant, expectorant de nombreux bacilles de Koch, dans un état de dénutrition avancée, que l'on a traité par les injections d’eau de mer pure ou iodée, d'abord de 5 ec., puis de 30 el enfin de 15 à 20 en movenne.
MarmEu rapporte dans le Progrès Médical (décembre 1904) quatre observations de tuberculeux cavitaires et note comme résultat immédiat la disparition des sueurs, la réapparition de Fappétit, la diminution de l’expectoration et l'amélioration des signes stéthoscopiques. Il insiste sur la sensation d’euphorie qui ne fait jamais défaut. L'auteur n'a pas toutefois suivi ses malades pendant un très long temps. Cet effet de l'eau de mer s’'expliquerait par une sorte d'action anliseplique à lPégard de l'élément infectieux et par l'apport de substances minérales bien nécessaires à lorganisme déminéralisé du tuberculeux.
Mathieu proteste contre les doses énormes (500 cc.) de plasma marin employées par Quinton à cette époque. Un malade de 50 kilos doit recevoir au plus 900 cc. d'eau de mer isotonique pendant toute la durée du traitement. La dose moyenne pour l'adulte est de 50 ce. tous les deux Jours. Les injections sont faites au niveau de la paroi abdominale avec une eau composée d’une partie d’eau de mer pour deux parties d’eau stérilisée.
FoURNEL fait, à l'Académie de médecine, une communicalion sur 24 tuberculeux pulmonaires auxquels sont injectés tous les deux jours 100 ce. de sérum marin, pendant trente où quarante jours. Reprise de l'appétit, arrêt des vomissements, diminulion de la toux et de l’ex-
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pectoration, augmentation du poids, sont les symptômes observés, surtout chez les tuberculeux à la première période. | Vepy, sous l'inspiration du professeur Arnozan, consacre sa thèse inaugurale à l'étude de l'eau de mer chez les tuberculeux. Il rapporte 24 observations, assez dissemblables d'ailleurs, tant par le mode d'administration de l'eau de mer que par les doses et les résultats ; 9 observalions communiquées par le professeur Mongour sont assez défavorables à la méthode: nous en reparlerons en analysant ultérieurement la communication du professeur Mongour lui-même ; 5 observations de Lalesque, d'Arcachon (méthode de Quinton pure), montrent une amélioration notable ; 5 observations de Carles signalent: un heureux effet chez 2 tuberculeux du premier et du deuxième degré, l'absence de toute modification favorable chez 3 tuberculeux avancés ; les injections sont faites à la dose de 20 ce. Les » autres observations recueillies dans le service du professeur Arnozan concernent 2 cas traités par ingestion de 200 cc. de plasma de Quinton, et 2 autres traités par l'injection d’eau de mer filtrée, non isotonique. Dans 3 cas, l'amélioration est durable; dans F, elle est passagère, et nulle dans 1 autre cas. L'auteur conteste toute nature spécifique à la médication marine ; elle n’agit sur les symptômes fonctionnels qu'indirectement, en relevant l'état général. « Si elle fait du bien aux
prétuberculeux et aux tuberculeux à lésions non ramol- | lies, elle est sans effets chez les tuberculeux en voie de fonte caséeuse et chez les cavitaires. »
CARLES résume, dans la Province Médicale (1905), les résultats qu’ila obtenus par le traitement à l'eau de mer: « Chez les tuberculeux au début, les injections souscutanées d’eau de mer nous ont permis d’oblenir presque
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constamment un relèvement de la force musculaire, un retour où un accroissement de l'appétit, une diminution de l’expectoration, une amélioration des divers signes stéthoscopiques et une élévation du poids qui à atteint, chez un de nos malades, jusqu’à 7 kil. 100 en deux mois. Etant donné les conditions déplorables d'aération dans lesquelles se trouvaient la plupart des sujets auxquels nous faisons allusion, on ne peut s'empêcher de considérer les injections d’eau de mer comme un adjuvant des plus précieux dans le traitement des tuberculoses ecommencçantes. »
A un stade plus avancé (2° et3° degrés), les malades semblent n'avoir aucun bénéfice à espérer des injections souscutanées tant aux petites doses de 10 à 20 ce., selon la pratique de Bonnal (d'Arcachon), qu’à celles de 100 et de 200 cc. recommandées par Quinton : « Le plus souvent elles donnent des résultats déplorables, tandis que, même à ces périodes, l’eau de mer en boisson donne des rémissions importantes. »
L'eau de mer en ingestion a donné, en effet, à l’auteur de bons résultats. Dans 8 cas de tuberculose à la première el à la deuxième période (sur 10 cas traités), l'appé- Lit a été un des symptômes les mieux influencés ; l'état général s’est remonté, lexpectoralion est devenue minime. Même chez des bacillaires avancés une rémission assez importante est survenue (dans ? cas sur 4).
L'eau de mer en ingestion n’a le désavantage de déterminer ni poussées fébriles, ni hémoptysies comme le font parfois les injections. Elle est d'autre part plus facile à administrer et mieux tolérée. Elle. doit être absorbée à jeun. «Si non, elle perd une grande partie de ses vertus. » On la prendra à la dose d'un quart à un demi-verre, pure
st
ou coupée d'eau d'Évian, une demi-heure avant les deux principaux repas.
LALESQUE (d'Arcachon), après avoir publié en 1905 deux cas de tuberculose très améliorés par la méthode de Quinton et communiqué à Vedy pour sa thèse 3 observalions avec égal succès, reprend la question dans un article du Journal de Médecine de Bordeaux (septembre 1906). Il établit tout d’abord que la elimatothérapie prime téut dans le traitement de la tuberculose : mais ‘souvent il y a lieu de faire appel aux adjuvants ». La méthode de Quinton n’est que « le traitement complémentaire » ; la cure climatique, forestière ou marine reste le «trailement fondamental ». « De toutes les médications adjuvantes de la tuberculose confirmée à évolution chronique, elle (la méthode de Quinton) est certainement la plus puissante et la plus fidèle à ce jour. »
Lalesque emploie la méthode de Quinton telle qu'elle est préconisée par cet auteur. Le sérum marin donne les meilleurs résultats à la première période, mais, à l’encontre de l'opinion de Carles, l’existence de cavernes n'est cependant pas une contre-indication. De grands cavitaires, de vrais phlisiques ont vu sous l'influence des injections «une restauration inespérée de leur état général et parallèlement une détente marquée des phénomènes locaux, alors que la cure climatique, depuis des mois, était restée indifférente. » La cure sérothérapique produit ses meilleurs résultats chez les malades où prédomine « la déchéance nutritive avec lésions circonserites du poumon, quel qu'en soit le degré. » L'auteur s'attache enfin à démontrer qu'il n’y a pas de rapport de cause à effet entre l'injection d’eau de mer el l'apparition d'hémoplysies chez les tuberculeux, comme Pont prétendu
2 ES Mongour et René Laufer. Pour lui lhémoptysie n'est pas une contré-indication à l'emploi du sérum marin. Fumoux, dans une thèse très documentée (Paris 1907), résume les divers travaux publiés sur la question. [eroit pouvoir expliquer par une différence de technique les résullats contradictoires publiés par les différents auteurs. « D'un côté, nous avons toute une série de recherches effectuées suivant la méthode de Quinton ou une méthode voisine ; les résultats en sont remarquables et à peu près constants. De l’autre, la méthode employée pour les injections a été totalement différente : les résultats sont devenus nuls ou inconstants. » L'auteur publie dix observations nouvelles, dont six dues à Lalesque (d'Arcachon), ettoutes suivies d'amélioration très notable et généralement persistante, tant de l’état général que de l’état local. Pour lui, l'hémoptysie n'est pas une contre-indication à la cure marine, « l'injection marine n'agit sur ce symptôme que pour l'améliorer ou le supprimer »...« Dans la tuberculose fébrile la médication sous-cutanée marine est essentiellement favorable. » Il n’est pas jusqu’à la tuberculose cavitaire qui ne soit souvent modifiée. « Les doses doivent être de 100 cc., les intervalles de trois à qualre jours au plus, la durée du traitement d'au moins un mois el demi. Dans la tuberculose cavitaire ainsi que dans toutes les formes graves, cette durée peut être augmentée et atteindre plusieurs mois consécutifs »... « Si nous comparons aux résultats donnés par la climatothérapie ceux que l’on obtient avec la simple injection d'eau de mer, nous voyons que, sans aucun traitement adjuvant, à Paris, en plein hiver, chez des malades pauvres, mal nourris, mal atrés, astreints à un travail pénible, le traitement sous-cutané marin amène une restauration de l’état général, puis local, absolument remarquable, et les
SES Re résultats supportent hardiment la comparaison avec les bénéfices que l’on obtient par la cure climatique. »
BARRÈRE, dans sa thèse sur « l’eau de mer en ingestion dans les dyspepsies » (Thèse Bordeaux, 1907), relate, à côté de nombreuses observations de dyspepsies hypersthéniques, hyposthéniques gastro-intestinales, dix observations de dyspepsies chez des tuberculeux, traitées par lingestion d’eau de mer. Deux de ces cas sont empruntés à la thèse de Marion, dont nous avons déjà parlé; deux sont dus à Carles; les autres ont été recueillis par l’auteur dans le service du professeur Arnozan.
Comme l'avait déja montré Carles, l'eau de mer en ingestion ne produit pas de réaction fébrile : dans un cas il y eut une légère élévation de trois dixièmes de degré que le malade ne ressentit nullement. Une diarrhée réactionnelle plus ou moins forte suit les premières doses, mais elle peut être évitée par une sage graduation ou en coupant l'eau de mer d'une égale partie d’eau d’Évian suivant la méthode de J. Carles. Cette diarrhée doit faire rejeter ce mode de traitement dans les cas de tuberculose cachectique avec selles fréquentes.
Une fois cette diarrhée réactionnelle calmée, les troubles digestifs cessent ; la langue devient moins saburrale, l'appétit augmente (ce sont parfois de véritables fringales), les troubles gastriques (vomissements, renvois, crampes) diminuent. Chez trois tuberculeux, las courbe des poids montre pendant quatorze jours de traitement une augmentation quotidienne de 21, 100 et 140 grammes par jour, chiffres supérieurs dans leur ensemble à lPaugmentation quotidienne de 24 grammes signalée par Quinton chez ses tuberculeux. Malgré une amélioration passagère, rois des malades ont vu reparaître, en partie tout au moins, leurs troubles gastriques. « On peut expliquer cette
RATES recrudescence par l’évolution de la tuberculose pulmonaire.. Malgré le meilleur état des fonctions gastrointestinales, on n'a noté chez plusieurs d’entre eux (quatre) aucune atténuation de leurs symptômes pulmonaires. C'est une nouvelle preuve de l’action élective de l’eañ de mer sur l'appareil digestif. En agissant en premier lieu sur lui, elle permet une meilleure nutrition, et, par contrecoup seulement, un relèvement de l'organisme, une disparition partielle et momentanée des troubles pulmonai-
res. »
II. — Adversaires de l’eau de mer dans la tuberculose pulmonaire
L.-G. Simox et PATER voulant vérifier les bienfaits des injections d’eau de mer dans la thérapeutique antituberculeuse les expérimentent dans le service de leur maître Guinon, « toujours à petites doses et fort prudemment », chez cinq enfants porteurs de lésions tuberculeuses et cinq enfants exempts de toute tuberculose, mais atteints de gastro-entérite et d'athrepsie. Leurs cinq malades à lésions tuberculeuses pulmonaires, pleurales et ganglionnaires n'ont jamais présenté d'amélioration ni de leur état local, ni de leur état général : la diarrhée parfois greffée sur le mauvais état antérieur n'a Jamais diminué. Une réaction thermique le plus souvent très accusée, pouvant alteindre lrois degrés, suit Loute injection el a son maximum six heures après.
«La courbe des poids montre constamment une diminution parfois même brutale, en tous cas toujours progressive ; dans un cas même, où le poids allait en augmentant
avant et Jusqu'à la première injection, une baisse n’a pas tardé à se produire dès que les injections furent faites ; cette baisse s’est progressivement accentuée…
» Deux cas enfin se sont considérablement agoravés, lun jusqu'à la mort, l'autre jusqu'à un état des plus précaires et qui vraisemblablement a eu une issue défavorable. Dans ces cas une sorte de coup de fouet paraît avoir été donné au processus tuberculeux puisqu'une tuberculose pleurale primitive s'est rapidement compliquée de lésions pulmonaires à évolution aiguë et rapide et qu’une adénopathie trachéo-bronchique, tuberculose infantile banale, a engendré avec une brusquerie extrême une tuberculose granulique. »
Pour Simon et Pater on ne peut adresser à leurs observations aucun reproche, les malades ayant été choisis avec des lésions assez différentes et les injections ont été intentionnellement faites à des doses prudentes ne dépassant pas 10 cc. chez les grands enfants et 5 cc. chez les nourrissons. ,
Les auteurs croient faire œuvre utile, en publiant leurs résultats eten montrant les dangers qu'une pareille méthode peut présenter en thérapeutique infantile ; tout au plus pourrait-elle servir, par la réaction thermique qu'elle détermine, comme moyen de diagnostic de la tuberculose, et en cela elle constituerait peut-être un réactif plus délicat que les injections de sérum artificiel, qui, elles aussi, provoquent une ascension de la température (Hutinel). « Mais 1l y à loin de là à un traitement rationnel de la tuberculose.» -
\ MonGour dans la thèse de Vedy, puis ensuite dans une communication au Congrès internationnal de la tuberculose, publie les résultats obtenus dans les quarante-trois premières observations de tuberculeux traités par la
méthode de Quinton. Ses conclusions sont loin d’être favorables à la méthode.
Chez huit cavitaires il n'a constaté aucune modification de l'état général, ni de l'état local : « à aucun moment, les malades n'ont accusé un sentiment d'euphorie, tous m'ont prié de suspendre le traitement, dont ils appréciaient l'inefficacité. » Chez tous, dépérissement progressif, persistance de l’anorexie, hyperthermie après chaque injection. Six malades sont morts, deux ont été perdus de vue. |
Quinze tuberculeux au second degré, traités par des injections de 90 ce. renouvelées tous les deux jours pendant un ou deux mois, présentent un relèvement passaver de l’appétit, sans augmentation de poids, « dans cette forme hyperthermique, deux fois j'ai dû suspendre le traitement, chaque injection étant suivie de fièvre avec frissons prolongées et sueurs profuses... Pas un seul de ces malades ne peut être considéré comme sérieusement amélioré. »
Chez vingt tubereuleux du premier degré une ascension thermique survient dans quatre cas, trois à quatre heures après l'injection. Certains sont atteints d’hémoptysies. Quelques améliorations peuvent survenir, mais ni plus rapides, ni plus intenses qu'avec le seul traitement hygiéno-diélétique. :
Mongour publie une deuxième note à la Société de médecine el de chirurgie de Bordeaux, en 1907, puis à PAcadémie de médecine. Il a poursuivi ses premiers essais el mis quinze nouveaux malades en traitement. Voici les résultats concernant l'ensemble de ses cinquante-huit malades : Vingt-cinq malades doivent être éliminés pour insuffisance du traitement ; « presque tous, je dois le reconnaitre, ont cherché dans la fuite le moyen
CE her d'échapper à la douleur locale et à la fièvre provoquées par les injections. » Les trente-trois autres malades, qui ont suivi six mois au moins (« au prix de quels efforts !» dit Mongour) un traitement régulier, consistant en une injection de 20 à 30 cc. tous les quatre où cinq jours, peuvent être divisés en deux groupes distincts :
Groupe A: 18 malades n'ayant pas suivi d'autre traitement.
Tuberculose pulmonaire ‘au premier À vivants
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Tuberculose pulmonaire au deuxième vivants
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Groupe B : 15 malades ayant bénéficié plus ou moins de la cure d'air, de repos et de suralimentation.
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« Comme on le voit, les morts sont nombreux: les survivants sont en bien mauvais état: ils ne présentent aucune chance solide de guérison, même temporaire. Pour les deux groupes, tous les malades atteints de tuberculose fermée au début du traitement sont à cette heure en pleine tuberculose ouverte; je n'ai Jamais constaté la moindre tendance régressive des lésions.
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» J'ai observé en cours du traitement des améliorations sans durée et telles qu'on les remarque au cours des thérapeutiques les plus invraisemblables et même sans thérapeutique. »
Mongour a constaté l'action hyperthermisante des injections d'eau de mer à toutes les périodes de l’affection, le retour et la production d’hémoptysies. Par suite «le sérum marin ne guérissant pas la tuberculose pulmonaire, il n'est peut-être pas sans danger d'exposer les malades à ces deux accidents. » L'hyperthermie a bien élé considérée par Quinton comme une réaction favorable; mais « celle opinion paradoxale est condamnée par lous les phtlisiothérapeutes qui cherchent dans la cure de repos le meilleur agent de sédation thermique. »
En somme, les quelques variations de poids et d’appélit constatées avec la méthode de Quinton — et que bien d'autres thérapeutiques peuvent procurer — compensent fort peu les accidents qui peuvent en résulter. « I 4 a donc heu de faire Loutes ses réserves sur la valeur du sérum marin comme adjuvant thérapeutique. »
René LAUrER, dans une importante discussion à la Société de thérapeutique sur le sérum marin (28 février 1906), déclare : « En ce qui concerne enfin la tuberculose pulmonaire, j'ai utilisé personnellement le sérum marin dans deux cas à forme torpide et apyrétique, où je me croyais particulièrement fondé à l'essayer sans danger ; et dans les deux cas, à la faveur d’une augmentation rapide de pression qu'a déterminée ce sérum injecté sous la peau à la dose de 0 grammes tous les quatre jours, J'ai observé des hémoptysies importantes après la troisième piqûre dans un cas, après la quatrième dans l’autre, alors que les deux malades n'avaient Jamais craché
le sang auparavant, el j'ai dû immédiatement cesser la
Homer médication. Les deux malades ont présenté en même temps des phénomènes d’excitation générale particulierement marqués pendant le jour qui suivait la piqûre. »
Dans le cours de la discussion, Laufer proteste contre le rôle de panacée qu'on voudrait faire jouer à l'eau de mer. « L'histoire se renouvelle sans cesse et il se passe actuellement pour l’eau de mer ce qui s'est déjà produit pour d'autres médications qui étaient censé tout guérir. Elles donnaient entre les mains de certains — dont l’enthousiasme d'ailleurs ne durait qu'un temps — des résultals mirifiques, alors que d’autres, exactement avec les mêmes moyens, n'obtenaient rien ou des déboires. Je fais allusion entre autres aux différents médicaments successivement employés dans la tuberculose et successivement délaissés. Chacun d'eux avait sa belle petite statistique du début, et on répétait, absolument dans les mêmes termes, ce qu'on nous dit de l'eau de mer, ce qu'on nous dira demain d’autres médicaments.»
Pour Laufer, une statistique de 19 cas de tuberculose telle qu’elle a été présentée par Robert Simon ne signifie absolument rien. Pour formuler une appréciation exacte il faut, d’une part un plus grand nombre de cas, et d'autre part des indications plus précises : « Quand on veut imposer une médication nouvelle, il faut démontrer d'abord, non seulement qu'elle n'est pas nuisible, mais encore qu'elle agit réellement dans les affections auxquelles on prétend lappliquer. Je veux dire que d'autres éléments n'interviennent pas pour expliquer les résultats qu'on apporte. Il faut démontrer en second heu que cette médication est supérieure à celles qu'on emploie dans les mêmes affections ; sinon à quoi bon l'introduction d'une médicalion nouvelle : dans la tuberculose pulmonaire, par exemple, on à obtenu et publié avec la simple
50e alimentation rationnelle et les moyens actuellement connus, soit chez les malades de dispensaires, allant et venant, soit chez les malades couchés des hôpitaux ou d’ailleurs, des résultats équivalents et même supérieurs à ceux que l’on rapporte à l’eau de mer. On est donc fondé à se demander dans quelle mesure l'alimentation, par exemple, au moins dans certains cas publiés, n'est pas intervenue pour amener les modifications attribuées uniquement à l’eau de mer, car je ne suppose pas qu'on prétende sérieusement que l'eau de mer puisse suppléer, à elle seule, à la cure hygiéno-diététique. Dès lors, quel avantage l'eau de mer offre-t-elle, je le répète, lorsque
les moyens ordinaires sont capables de donner el cela sans danger, sans risques — des résultats au moins
équivalents ? »
A la même séance, M. LE GENDRE regrette que les médecins qui ont employé avec succès le sérum marin au traitement des tubereuleux n'aient pas formulé les indications el les contre-indications de la méthode. « Dans toutes ces questions on ne saurait trop répéter que pour contribuer au progrès de la thérapeutique il ne faut pas demeurer dans le vague du traitement d'une maladie, mais exiger de ceux qui préconisent une médication, la limitation précise des cas dans lesquels elle est applicable, »
BARBIER fait lui aussi les mêmes critiques : « cette médicalion s'adresse-t-elle aux malades cachectiques, aux hypérexcitables, aux apyrétiques ou aux fébrieitants ? »