OBSERVATION Î
Tuberculose pulmonaire 1‘ degré. — Sept injections d'eau de mer. — Diminution du poids. — [fvperthermie, signe de congestion du sommet.
M... Fernand, 16 ans, domicilié à Montpellier, garçon de courses, . entre à l'hôpital Suburbain, le 20 février 1908, salle Fouquet, n° 17, dans le service du professeur Grasset. | Antécédents hérédilaires. — Père mort, il y a quelques jours, à 37 ans, alcoolique et probablement bacillaire. Mère morte à 33 ans .d’affeclion utéro-ovarienne : hystérectomie. Frère âgé de 13 ans,
bacillaire.
Antécédents personnels. — Rien à signaler.
Début de la maladie. — Le malade mal nourri, malingre, se mel
à maigrir vers l’âge de 13 ans ; il est alors envoyé à la campagne,
y passe un an, en revient bien portant. Aussilôl mis en apprenlissage (garçon des courses), il continue à être mal nourri, se surmène, maigrit à nouveau. Il commence à lousser, perd ses forces ; en septembre et octobre quelques crachats parfois teintés de sang, quelques douleurs thoraciques à droite, dyspnée d'effort. Il ne cesse son travail que fin janvier 1908.
Il entre à l'hôpital, le 20 février 1908, dans un état d'amaigrissement considérable : pommeltes rouges, face excavée, fièvre irrégulière, obscurilé et nombreux râles sur toute l’élendue des deux poumons ; on diagnostique une tuberculose aiguë. Les erachals sont abondants avec bacilles de Koch. Pas de sang. Malgré cet aspect très alarmant au début, la plupart de ces symplômes s'améliorent, la fièvre à Lype irrégulier persiste cependant jusqu'au 15 mars, incomplètement influencée par la cryogénine. Le malade engraisse de près de 4 kilos en 20 jours: 16 mars, 42 kil. 500; 5 avril, 46 kil. 300, sous l'influence de la suralimentalion (viande crue), grand air et huile de foie de morue.
Le 6 avril, jour où nous commençons le traitement par l'eau de mer, nous notons l’état suivant :
Bon tube diges!if, pas de vomissements, pas de diarrhée. Pas de dyspnée, toux légère le matin seulement, quelques crachals jaunàtres sans bacilles de Koch. Pas de douleur thoracique, urines normales.
Pas de fièvre. Tension 11 ; pouls 90. Très bon état général.
Etat thoracique. — Poumon droit. En avant : Au sommet, submatilé, vibralions exagérées, respiralion diminuée, frottements, quelques râles, transmission des bruits du cœur.
En arrière : Sommet : submalilé, respiralion un peu rude, bronchophonie. A la base: submatité, quelques frottements.
Première injection d’eau de mer isotonique 50 ce. le 7 avril. La température qui, les Jours précédents, ne dépassait pas, le soir, 36%, s'élève à 372; le lendemain elle est normale. Les injections sont continuées environ lous les deux jours au taux de 100 ce., les 9, 13, 15, 17, 20, 2? avril. Après chaque injection, la tempéra- Lure s'élève le soir; fait curieux, l'élévation va Loujours s’accentuant : 37°? après la première el la deuxième ; 37°3 après la troisieme ; 37° 4 après la quatrième ; 37°6 après la cinquième ; 378 après la sixième; 38° après la septième. D'autre part, au lieu de revenir le
| — 39 — lendemain complètement à la normale, comme. après les premières injections, la température dès la cinquième injection s'élève aussi le lendemain soir, presque au même degré que le jour même de l'injection. Dès la cessation du traitement, la température revient à la normale, le malade est à nouveau apyrétique.
Chaque injection est suivie d'un léger malaise disparaissant le lendemain.
Le poids, qui élail en augmentalien progressive au début du traitement {5 avril, 46 kil. 300), continue celte ascension quelques Jours (IT avril, 46 kil. 700) ; mais, dès la troisième injection le poids diminue ; le 26 avril, il est de 46 kilos. Le traitement une fois suspendu, l'ascension du poids reprend (10 mai, 46 kil. 200).
L'état pulmonaire n’est pas amélioré durant la période des imjec- Lions, nous constatons même une augmentalion de signes au sommet droit : la congestion y paraît intense, nombreux râles comme dans les états préhémoptoïques. Affaiblissement des forces, légère diminution de l'appétit.
C'est tout cet ensemble : chute de poids, élévations thermiques progressives tendant à pérsister, aggravation des signes stélhoscopiques faisant craindre une Spor sie qui nous oblige à cesser les injections d’eau de mer.
Le malade a présenté au début de mai, dans le service, une légère fièvre typhoïde de courte durée, qui ne paraît pas avoir aggravé l'état pulmonaire. Le malade est perdu de vue.
REMARQUES. —Ce cas paraissait devoir être un des plus favorables à la méthode de Quinton, les lésions pulmonaires étaient peu avancées, et surtout l'état général était en très bonne voie d'amélioration. Le malade avait, par la suralimentation, le repos et le grand air, augmenté de 4 kilos en vingt jours.
Rien n'étant changé à cette cure hygiéno-diététique, les injections d'eau de mer, suivant la technique de Quinton, pendant quinze jours, loin d’accentuer cette amélioration, semblent au contraire avoir été plutôt nuisibles. Les courbes du poids et de la température en sont la preuve ;
M po UTRE celte dernière en particulier est intéressante. Non seulement chaque injection est suivie d'hyperthermie Île SOIT même — fait connu depuis bien longlemps — mais cette hyperthermie s'accentue de plus en plus et tend à devenir persistante, transformant ainsi notre tuberculeux antérieurement apyrétique en un tuberculeux fébrile.
Cette observation a presque la valeur d’une expérience de laboratoire, puisque, le traitement marin une fois suspendu, tout paraît revenir à la normale : la fièvre cesse, le poids tend à reprendre son ascension, tout comme avant le début de l'expérience.
À noter encore les phénomènes congestifs survenus pendant le traitement au sommet droit.