‹ De l'échange et du louage (volume 2)Chapitre 13 sur 125 · PREFACE. XXIII · texte numérisé non relu

PREFACE. XXIII

OÙ un entrepreneur, qui ne cultive pas lui-même, remplace par des machines économiques le véritable fermier qui travaillait de ses mains, expulse l'homme comme un rouage inutile dans son industrie, s'attache surtout à anéantir le petit propriétaire cultivateur, pour le supplanter, à défaut d'instruments mécaniques, par des journaliers mercenaires et sans lendemain. Tout cela peut être le beau idéal de l'art agricole. Quelques lords déjà bien opulents peuvent, par hasard, gagner un peu plus de revenu dans cette spéculation d'un seul contre une classe d'hommes qu'on pourchasse pour le faire descendre jusqu'au prolétariat. Pour moi , je préfère l'état plus modeste de nos champs. Là, de faux dehors ne cachent pas de profondes misères; là, l'amélioration croissante du sort de nos cultivateurs présage la prospérité plus réelle qui attend notre agriculture; elle tranquillise l'observateur sur l'avenir d'une population intéressante et chère à la patrie. C'est bien assez des maux que la classe ouvrière des villes nous tient en réserve. Quant à nos campagnes si dédaignées de nos voisins, nous pouvons vivre exempts des inquiétudes qui préoccupe leur parlement.

L'Irlande, l'un de leurs trois royaumes, offre à un plus haut degré l'exemple de ces causes malfaisantes dont je parlais tout à l'heure, et qui compromettent l'élan de la classe agricole. Dans ce pays cependant se trouvent réunis par la nature tous les éléments de la prospérité sociale; une race

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d'hommes belle et vigoureuse^ une population féconde et douée des plus heureux inslinels, une terre Icrtiic et pittoresque, un climat favorable à la végétation et qui connaît à peine les gelées, les sécheresses, les grêles, les inondations (1). Et pourtant l'infortune de ces cultivateurs est si grande qu'elle serre le cœur d'une douleur infinie, et l'on est tenté de désirer pour elle l'esclavage du paysan russe ! Le tableau en a été tracé avec la chaleur d'une ame généreuse et la vérité d'un profond observateur, par M. Gustave de Beaumont, dans son beau livre de V Irlande. Déjà un savant économiste, que j'ai plus d'une fois cité, M. de Sismondi, avait sondé la profondeur de cette plaie. Leurs récits contiennent plusieurs traits qui se rattachent à notre sujet et qu'il faut rappeler.

Un lord d'Angleterre sait, par la tradition et par les comptes de son intendant, qu'il est propriétaire en Irlanded'une terre immense. Sans entrailles pour les colons qui l'exploitent, car ils n'ont ni la même origine ni la même religion que lui; sans affection pour ce domaine^ car une révolution peut, d'un jour à l'autre^ lui enlever ce que la conquête lui a donné; il ne cherche qu'à retirer d'Irlande la plus forte somme dç revenu, au risque d'épuiser la terre et de ruiner ceux dont les mains la travaillent. Cette rente énorme , qu'on appelle rack rent, et qui mérite ce nom affreux^ car elle est, pour ainsi

f^ij M- tic Si'^Illontli, p. 26 1.

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