‹ De l'échange et du louage (volume 2)Chapitre 17 sur 125 · XXX PREFACE · texte numérisé non relu

XXX PREFACE

possessions perpétuelles que la féodalité avait concédées nux vassaux. Les vainqueurs, en effet, non contents de dépouiller les grands rebelles^ changèrent aussi les tcnures des vilains, et les rendirent précaires au profit des nouveaux propriétaires anglais et protestants, qui prirent la place des propriétaires nationaux. Ainsi donc, le paysan irlandais est entièrement exclu de la propriété, et cependant il f\mt qu'il travaille la terre, ou bien qu'il mendie, ou qu'il meure de faim. Mais comment trouver une piace à occuper sur ce sol, couvert de mjriades de familles prolétaires et chargé d'une population exubérante , que la misère semble féconder? C'est de tenter l'avidité du propriétaire et de ses traitans par l'appât d'un fermage plus élevé; c'est d'ouvrir une concurrence effrénée, qui donne l'accès du sol à ceux qui mettront la mise la plus forte. Il est vrai que le fardeau écrasera probablement le téméraire qui aura voulu le porter. Mais qu'importe! il aura vécu une année, et puis il verra ce qu'il faut faire pour gagner du temps.

Ce système de folle-enchère , quelque déplorable qu'il soit, n'est pas nouveau dans l'histoire du bail; il existe dans les vastes possessions de la compagnie anglaise des Indes. On sait que dans l'empire indo-britannique, comme dans toute l'Asie, la terre appartient au souverain, qui est censé l'avoir concédée moyennant une redevance qui forme l'impôt. Le premier possesseur, ne voulant ou ne pouvant pas cultiver par lui-même, sous-loue par petits

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lots à des preneurs qui eux-mêmes sous-affcrment assez souvent. On comprend qu'à chacun des degrés de cette hiérarchie d'engagements, chaque cédant ne manque de faire sa part aussi bonne que possible; de sorte que lorsque le bail arrive au cultivateur, il ne reste plus pour sa part que des travaux à faire sans bénéfices à espérer. Le paysan, ou rijot , placé sous ce triple étage de spéculateurs , n'est là que pour payer (quand il peut payer) tous les frais de la spéculation. C'est en vain qu'un heureux climat rend la vie de l'homme facile, et que la terre prodigue à pleines mains ses plus riches dons!! le rijot, exténué par un labeur infructueux, soufïre comme le paysan irlandais, et par les mêmes causes : par la compétition d'une fourmilière de cultivateurs affamés, qui se disputent le coin de sol qui recevra leur misérable cabane et leur chétive industrie : par une concurrence désordonnée, qui force le travail à se réduire à l'obole! ! (1)

Que conclure maintenant de ces aperçus ? C'est que le bail à ferme , instrument de travail appliqué à la propriété foncière , est tour à tour impressionné par les conditions qui alTectent la propriété même et par l'état de ceux qui la cultivent. Effacé par l'esclavage dans les pays où la grande propriété et la servitude se donnent la main, il reparaît avec la liberté. Mais de l'état dans lequel se trouvent les classes libres qui le mettent en

(i) Journal des Débais du 12 août 1840.

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action, dépend la question de savoir s'il est entre leurs mains un instrument de progrès, ou l'effort inutile d'un travail désespéré. Quelque faible que vous supposiez l'élément démocratique, si les propriétaires du sol considèrent les cultivateurs comme des auxiliaires^ et non pas comme une matière qu'on exploite, ne désespérez pas du travail libre , protégé et encouragé. La condition du fermier, tenant d'abord le milieu entre le journalier et le propriétaire, deviendra peu à peu une transition pour prendre part, à force de travail et d'économie, à la propriété. Les baux emphythéotiques ou à longuesannées, réglés avec équité, et sans le contact d'avides proxénètes, lui en faciliteront surtout la voie. Ces baux prédominent ordinairement lorsque la constitution aristocratique du sol, aspirant à la perpétuité dans les tenures foncières, reflète son principe jusque dans les possessions précaires; ils sont avantageux pour les preneurs, et, en les attachant à la terre, ils récompensent suffisamment leurs travaux d'amélioration, et les préparent à une honnête indépendance (1).

Supposez maintenant à la place d'un état aristocratique; une société où règne une démocratie sage et puissante. L'impasse de toutes les carrières lucratives ne forcera pas la population à se ruer ex-

(i) Consulter mfia (N° 3i et suiv.) l'histoire et les règles ile^rerapliythéose, on verra le rôle important que ce contrat a joué dans le bas»empire et dans le moyen-âge.

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clusivemeiU sur la terre, comme un essaim d'oiseaux aifamés. La liberté éclairée par rinlérèt, donnant à chaque profession une moyenne raisonnable de bras, l'agriculture sera à l'abri d'un encombrement étouffant,, et pourvoira sans parcimonie à la nourriture du paysan. La grande et brusque inégalité des fortunes fera place à une gradation mesurée des classes aisées, et la propriété moyenne et petiteservira de point d'appui aux cultivateurs, qui la recruteront incessamment. Du reste, les longs baux ne s'harmonisent plus avec l'organisation démocratique du droit de propriété et ses tendances au mouvement. Cependant le fermier redoublera d'efforts et de soins pour que son bail satisfasse le propriétaire, et que ce dernier lui accorde pour le bail prochain une confiance justifiée par une bonne gestion.

Mais, quelle que soit la constitution de la société, et soit que les baux soient prolongés ou à court terme, si un sentiment hostile existe entre les propriétaires du sol et les cultivateurs, si les haines de religion, les différences d'origine, les souvenirs de conquête et de confiscation, etc., etc., établissent l'animadversion entre deux classes qui doivent marcher unies, le bail à ferme, loin d'être un asile assuré pour le travail, deviendra une source d'iniquités et de déceptions. Ce ne sera plus ce contrat de bonne foi dont parlent les jurisconsultes ! ! les plus mauvaises passions s'y donneront rendez-vous. On verra la supercherie s'organiser pour combattre l'avidité spoliatrice; l'un mettra la force dans la

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