PRÉFACE. LIX
compte jusqu'à six mille esclaves (1) : Villarumne infinila spatia, familiarum numerum et nationes (2)! Voilà donc les plaies qui rongent l'Italie; d'immenses propriétés et des nations d'esclaves!!! et le mal s'étend jusqu'aux provinces (3).
Que faire cependant? la civilisation restera-t-elle impuissante? ne tentera-t-elle rien pour l'état qui ne sait rien faire pour se sauver? ne saura-t-elle pas franchir les barrières que lui opposent et une incessante corruption et des lois stériles?
Il y a dans l'histoire une vérité souvent confirmée par les faits: c'est que lorsque la classe moyenne manque, l'agriculture, faute de fermiers libres, retombe aux mains des esclaves.
Mais que peuvent des bras serviles quand le maître s'endort dans le luxe et la mollesse (4), quand il n'est pas là pour donner lui-même l'impulsion ?
Une seule combinaison peut assurer des résultats avantageux; c'est d'intéresser l'esclave à son travail par une part dans les profits, et par une somme plus grande de liberté : le principe de tout effort et de toute constance est dans ce double encouragement.
Les propriétaires durent le sentir. Alors le colonat prit naissance ; le maître choisit parmi ses es-
(i) Injrà, p. i5o.
(2) Tacite, Annal, lib, III, n» 53.
(3) Latifundia perdidere llaXiAvci. \ Jam vero et provîncias (Pline, lib. XVIII, c. VII).
(4) V., dans Tacite , la lettre de Tibère au Sénat, lib. III, c. 53, 54.