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claves les plus laborieux et les plus intelligents 5 il leur donna une existence plus libre et des terres à cultiver. Mais il les attacha au sol, eux et toute leur race par les liens d'un bail perpétuel (i), combiné avec quelques restrictions d'une pleine liberté.
Or, ce fut là un progrès considérable; les esclaves durent l'accepter avec reconnaissance; s'inquiétant peu de savoir si le microscope du légiste y voyait quelques anomalies. En effet, le colonat ne traite pas l'agriculteur en esclave; il lui ouvre les portes de la vie libre^ il fait de lui une espèce de client.
Il ne le condamne pas à la dure existence du manouvrier, c'est une industrie qu'il lui demande. Il lui laisse la jouissance delà terre; il lui en abandonne tous les produits, moins la part dominicale. En un mot, il l'élève au rang de fermier, ou de cultivateur à mi-fruit.
Et l'on s'étonnerait que le colonat fut venu comme palliatif de la grande propriété^ comme intermédiaire entre l'esclave qui recule devant le travail et le maître qui languit devant ses richesses improductives?
Cette transition de l'esclavage à l'état meilleur du colon à culture perpétuelle, s'est faite mystérieusement. C'est que, dans les campagnes, les métamorphoses qui s'opèrent dans l'état des personnes et des choses, n'ont pas l'éclat bruyant des révolutions
(i) On sait que les baux perpétuels lurent connus des Romains (Caius iast. lib. III, n" 1 43; Gordien ,1. 3, G. loc.
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conduites par les cites. La législation a trouvé un beau jour le colonat en possession de la société; alors elle a dû le reconnaître et formuler ses lois; elle s'en est môme servie comme d'une base de l'impôt.
Le colonat une fois donné par les besoins de la culture, dut voir ses rangs s'accroître et se peupler par plus d'une misère sociale.
Diins une société où l'homme libre était réduit à se vendre comme esclave (1), plus d'un ingénu dut se vendre ou se livrer comme colon. Les lamentables récits de Salvien nous ont montré celte dégradation de la liberté. Les lois ne veulent pas dire autre chose quand elles parlent de contrats et de prescription. Ainsi, l'esclavage avait formé la première couche du colonat ; la liberté malheureuse forma la seconde (2).
La prescription dut particulièrement s'appesantir sur les fermiers héréditaires ou perpétuels, dont, je le répète, Rome eut beaucoup d'exemples (3). Les possessions héréditaires et perpétuelles peuvent dégénérer de deux manières : ou le détenteur oubliant l'origine de la chose^ finit par se persuader qu'il en est propriétaire; ou le propriétaire fi-
(i j Ulpien, ]. 7, D. de liberali causa et Pothier, Pand,, t.III, p. gi et suiv.
(2) Les colons étaient exempls dos charges extraordinaires qui accablaient les citoyens (Constant. , !. I, c. de Agricol).
(3) V., Suprà, les conseils de Colunielle. J'ai cité les textes sur les baux perpétuels.