PREFACE. LXIX
résolue, et que ces démembrements du domaine royal se furent convertis en fiefs héréditaires sous la réserve de la foi et de l'hommage à la couronne, ce fut là un autre fractionnement de la propriété, et le plus grave de tous j car il eut pour conséquence le fractionnement de la souveraineté même, identifiée avec la propriété du fief.
Mais au milieu de ces crises diverses, que devint la condition des cultivateurs?
11 se passa bien du temps avant qu'elle ne s'améliorât. La conquête trouva sur le sol des campagnes les esclaves et les colons héréditaires qui l'habitaient presque exclusivement (1). Elle aussi, elle connaissait des esclaves attachés à la glèbe 5 car ses lites n'étaient que des cultivateurs forcés des domaines appartenant à la classe guerrière ( 2 ). Incapables d'entrer dans les distinctions subtiles des légistes romains entre l'esclavage et le colonat, les Francs confondirent probablement deux conditions inégales, et les regardèrent du même œil (jne les lites germains qu'ils traînaient à leur suite (3). C'est ce qui explique pourquoi , à partir de cette époque, les colons sont en général opposés aux hommes libres, et assimilés par le nom et par les traitements aux esclaves (4). Il est vrai que la dis-
(1) M. Sismondi, t. I, p. 197 à 19g.
(2) M. Aug. Thierry, p. 1 16.
(3) M. Guizot, t. IV, p. 261, aôa.
(4) Ducange, v" Colonus. Il cite les titres anciens et les autorités. Je lis dans le testament de Saint-Remy (Flodoard, Hisi. f΀m.)(i Tu, sancta baeres mea, Remensis ecclesia, colonos quos