PREFACE. LXXI
mais aux yeux de l'homme pleinement libre et ingénu , toutes les nuances se confondaient. C'est ce qui explique pourquoi les monuments abondent pour montrer qu'en général les colons et les esclaves étaient considérés comme d'un état égal. Non seulement ils sont revendiqués en cas de fuite (1), mais ils sont châtiés, flagellés (2); on les met sans cesse en opposition avec la classe plébéienne (3); on les appelle môme esclaves dans des lettres d'affranchissement (4) et dans les chartes (5) ; et de môme que la libéralité de leur maître peut les élever, par l'émancipation , à l'état d'homme libre (6) , de même son caprice les arrache au sol natal et les transplante contre toutes les lois hors de ses domaines. « Chilpéric, dit Grégoire de Tours, étant » retourné à Paris, aux calendes de septembre^ or- » donna d'enlever plusieurs familles appartenant » aux maisons fiscales, et de les mettre en des cha- » riots pour faire partie de la dot de sa fille Ra- » gonthe, qui allait épouser Rocarède , fils du roi » d'Espagne (an 584). Comme plusieurs pleuraient » et ne voulaient pas s'en aller , il les fit jeter en
(i) Append.adMarculf. Ca/?. i et o2. Flodoard, Uist. rem. lib. II, c. 19.
(2) Passi'm dans les Capit. (Baluze, t. II, p^ 56 au chap. g.
i^Z) Sidonius Appol.,\\y. V. ép. ig.
(4) Saint-Remy daus son test, affranchit certains colons, et veut que les autres restent en servitude (Flod. Hist. rem., 1. I . c. i8).
(5} Donation à l'église de Salzbourg, dans Ducange.
(6) Sidon. Appollin. lib. V, ép. ag.