PREFACE. LXXXV
les revenus les meilleurs des seigneuries (1); d'autant que les sous et deniers en quoi consistaient assez souvent les canons, avaient alors une valeur
ché qui, pendant des siècles, a formé en quelque sorte le droit public du Sangterre, commence à rencontrer au sein même des populations, une opposition qui grandit incessamment et qui , très certainement, le fera un jour complètement disparaître de cette contrée ; mais ce bienfait doit être l'œuvre du temps. La paix qui règne depuis un quart de siècle, a permis à la justice d'exercer sur les populations du Sangterre une action plus immédiate et mieux sentie. Les coalitions entre habitants, les faux témoignages, les crimes contre les personnes et les propriétés ont pu être plus facilement constatés, et une répression sévère a plus d'une fois donné au pays de salutaires exemples. Des routes nouvellement ouvertes traversent le Sangterre en sens divers , facilitent les échanges et les relations, et amènent avec les contrées voisines des froissements qui poliront le caractère abrupte et sauvage des habitants. Mais ce qui hâtera surtout la décadence du droit de marché , c'est le changement important qui survient insensiblement dans la position sociale des habitants du Sangterre. Dans quelques années, cette position sera, on peut le dire, complètement retournée. Autrefois le Sangterre était possédé par des propriétaires qui demeuraient hors du territoire et dans les villes voisines : ceux qui cultivaient la terre n'en étaient que les fermiers. Aujourd'hui une grande partie de ces fermiers sont devenus propriétaires, leur nombre tend à s'accroître chaque jour, et tous doivent voir avec défaveur et chagrin l'existence d'un droit qui restreint et diminue leur propriété. On peut donc prédire sans crainte d'être plus tard démenti par l'expérience, que lorsque le territoire du Sangterre appartiendra en totalité aux cultivateurs qui l'habitent , le droit de marché repoussé par l'intérêt universel, aura cessé d'exister.
N. B. Le Sangterre est situé dans l'arrondissement de Montdidier et il s'étend aussi un peu dans celui de Péronne.
(i) Argou,t. I, p. 146.