PRÉFACE. LXXXVII
» valent payer les baux de leurs maisons, et où les » propriétaires, d'un commun accord, leur deman- » dèrent le triple du loyer convenu. La populace » se précipita vers le palais du Temple, où logeait M alors Philippe, et, n'ayant pu être admise auprès » de lui pour lui exposer ses plaintes, elle résolut » de le soumettre par la famine , et elle empêcha » qu'on ne portât aucune provision au palais. Ce- » pendant le bruit s'était répandu qu'un riche * bourgeois, Etienne Bardel, avait suggéré celte » ordonnance, dont il comptait tirer de grands pro- » fits, comme propriétaire de maisons. La foule, sur ce » soupçon, quitte le voisinage du Temple pour se » porter en la maison de Bardel , près de Saint- D Martin-des-Champs, et la livrer au pillage. Phi- » lippe profita de ce moment de liberté pour met- )> tre ses archers en mouvement; les mécontents, » qui étaient sans armes, furent arrêtés par centai- » nés : les potences manquant pour leur supplice, » on en fit pendre à tous les arbres de toutes les » avenues de Paris» (1).
J'en ai dit assez pour montrer l'état de la population agricole avant la naissance de la féodalité et depuis l'établissement de cette forme de gouvernement. On l'a vue tomber dans un esclavage à peu près général; puis se relever enfin à la voix des seigneurs et du clergé, et obtenir les premiers bien-
(i) M. Sismondi, t. IX, p. 180, d'après le cont. de Nangis, p. 59, et Math. fFcslm, p. 436.
IXXXVIII PREFACE .
faits (le l'émancipation. Les historiens ont coutume de lixer au douzième siècle l'affranchissement des serfs. Cette date est arbitraire. Sans doute à cette époque le mouvement d'affranchissement prit une marche plus large et plus générale; mais il n'en est pas moins vrai que déjà au dixième siècle , dans l'obscurité de la vie féodale, dans la silencieuse enceinte des fiefs ruraux , il s'était réalisé sans tumulte et sans ostentation^ par des effets puissants et salutaires. La classe libre des agriculteurs avait fait son apparition ; elle était propriétaire, car les censives, les champarts^ etc., étaient devenus des tenures en toute propriété. Sans doute elle était encore soumise à de graves restrictions dans le droit de disposer; elle éprouvait plus d'une gêne et d'une entrave; mais il n'en est pas moins vrai qu'elle avait été mise en possession des premiers biens de la vie civile^ la liberté et la propriété.
C'est aussi à ce moment que les baux à ferme temporaires commencent à signaler leur apparition; je n'en ai pas trouvé d'exemples avant 1089 et 4100 (1); et en effet, avant celte époque, comment y aurait-il eu place pour des fermiers volontaires, lorsque les seigneurs seuls propriétaires du sol avaient dans leurs serfs des fermiers héréditaires et des cultivateurs forcés? Comment le bail temporaire aurait-il pu trouver des bras empressés, lorsque les concessions perpétuelles étaient un ai-
(i) Ducange, \° Fiima; infrà, n" 63 1.