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n'est donnée par Dieu qu'au travail inteiligcnL et aux habitudes parcimonieuses et morales. Accompagné de ces conditions qui tiennent à l'homme, le bail à ferme sera toujours un excellent instrument.
Aussi dans les provinces de France, où l'agriculteur possède ces vertus, plus communes chez lui qu'on ne le pense, s'opère-t-il un travail caché mais très réel, qui fait peu à peu passer les fonds de terre dans ses mains. Depuis 1825, époque à laquelle une grande mesure de la Restauration effaça les dernières traces des discordes politiques qui avaient affecté la propriété , de vastes spéculations se sont dirigées vers les biens fonds; des domainesétendus ont été démembrés par lots et vendus et revendus en détail 5 la propriété descendant de plus en plus de sa hauteur s'est mise à la portée du petit capitaliste. L'habileté de cette spéculation a été de comprendre qu'il y avait dans certaines provinces une classe moyenne d'agriculteurs mûrs pour devenir propriétaires, et n'attendant qu'une occasion favorable de confier au sol le fruit de leurs épargnes. Les paysans se sont alors montrés; ils sont accourus aux adjudications; ils ont fait concurrence; aux riches, et ils ont acheté plus cher qu'eux, parce que le cultivateur tire de la terre des ressources auxquelles ne peut prétendre celui qui ne cultive pas. Qu'est-il arrivé? beaucoup de fermes ont disparu, et ce sont les fermiers qui les ont acquises. Ce qu'ils possédaient pour autrui ils l'ont possédé pour eux-mêmes. Le propriétaire n'y a pas perdu,
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puisqu'il a tiré de ses terres une valeur presque double; l'agriculteur y a gagné, car il s'est installé comme maître dans les demeures qu'il occupait comme locataire. Ceci ressemble peu aux expéditions des agronomes anglais, qui ne suppriment une ferme que pour l'emboiter dans une ferme plus considérable^ chassant le malheureux colon, victime d'un système aristocratique appliqué à l'agriculture. Chez nous c'est tout le contraire; la suppression s'opère sans larmes et sans victimes. Que dis-je! ! elle profite à tous, à la propriété, au propriétaire, au fermier.
Ce premier pas fait, le paysan en a fait un autre. Quand un propriétaire non cultivateur a voulu donner sa ferme à bail, tous les cultivateurs se sont tacitement entendus pour n'offrir que le prix le plus minime, et la propriété est devenue pour son maître un être de raison. Celui-ci a dès lors été forcé de vendre; il a vendu en détail; il a vendu très cher, et ce sont encore les paysans qui ont acheté. Or, ici notez le bien! ce n'est plus seulement la ferme qui a été supprimée, c'est aussi le propriétaire non cultivateur. On l'a expulsé, non pas comme l'agronome anglais chasse le fermier, c'est à dire nu et sans asile, mais couronné de fleurs, ou pour mieux dire chargé d'argent.
Ces faits sont graves, ils méritent l'attention des économistes; mais je ne sais s'ils les connaissent, car je n'en trouve aucune trace dans leurs ouvrages. Us sont cependant incontestables; j'en ai vu
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des exemples de mes propres yeux, et je pourrais citer des propriétaires de mes amis qui, dans les Vosges, dans la Meurtlie, ont été ainsi éconduits. Au surplus, le voyageur qui va de Paris à Strasbourg peut s'enassurer en traversant la vaste plaine qui sépare le vignoble d'Epernay, de Châlons-sur- Marne. Dans celle étendue considérable, à partir de quelque distance après Epernay, il m'a été assuré par des habitants du lieu (et j'ai été à même d'en consulter plusieurs), qu'il n'y a guère de propriétaire qui ne soit cultivateur; qu'il serait presque impossible à celui qui ne cultive pas de ses mains, de trouver à acheter à un prix raisonnable et d'avoir un fermier. Le paysan obstrue les avenues de la propriété; il les garde avec jalousie ; il est fier de ces cultures verdoyantes, de ces prairies artificielles dues à son travail, qui là comme dans le reste de la Champagne ont changé tout l'aspect du pays, et l'ont demander à l'étranger étonné où est la Champagne pouilleuse ? où sont ces champs de craie dont on parle tant ?
Ces faits , je le répèle , ont une immense portée. Ils signifient qu'il y a des localités en France où la condition de posséder la terre, c'est de la cultiver soi-même , et où le propriétaire non agriculteur est exproprié au profit du cultivateur, sans violence à la vérité, et moyennant une large indemnité. Si quelque grande perturbation politique ne vient pas déranger ce mouvement , je suis convaincu qu'avant une Ironlaine d'années il aura fait de grands