‹ De l'échange et du louage (volume 2)Chapitre 78 sur 125 · PREFACE. CVII · texte numérisé non relu

PREFACE. CVII

manquent, gardez-vous d'une tâche au-dessus de vos forces. Ceiui dont les première années se sont écoulées dans la vie de collège et sous l'empire d'un système d'éducation qui sacrifie les forces physiques au développement des forces intellectuelles, celuilà ne sera jamais qu'un mauvais cultivateur, et la charrue qui enrichit le fermier sera fatale à sa forlune. Je me défie de ces aaialeurs qui n'ont pas quitté le drap fin de la ville pour ia blouse gauloise, et qui font de l'agriculture en gants glacés beurre frais; ils croyent, les imprudents, /aire valoir leur bien; ils le perdent en essais maladroits, en dépenses mal entendues , en gaspillages sots et ruineux. J'aime sans doute qu'un propriétaire soit assez instruit des procédés agronomiques pour exciter le zèle de son fermier, pour l'éclairer de ses conseils, pour surveiller et prévenir ses écarts. J'applaudis aussi au zèle des savants qui appliquent aux expériences agricoles leurs connaissances en chimie^ en physique, en géologie, en histoire naturelle, etc. L'agriculture gagne à leurs essais; ils cherchent d^abord et tâtonnent, au risque de s'égarer dans des routes inconnues; bientôt ils retrouvent le droit chemin, et d'heureuses découvertes finissent par récompenser et leur patience et leur dévoûment! Mais je ne voudrais pas, je l'avoue, de ces savants pour mes fermiers; ces essais sont des hasards où s'engloutissent beaucoup de capitaux; le fermier, lui, doit marcher à coup sûr; il n'est pas assez riche pour se livrera des chances aventureuses; il

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est trop peu maître de la terre pour compromettre les revenus que le maître en attend.

Or, ce que ne ferait pas un fermier, ne doit pas être fait par celui qui veut être son fermier à lui' même. Il faut surtout qu'il puisse faire tout ce que son fermier fait par ses propres mains; s'il n'a pas son tempérament, sa vigueur, son activité, ses habitudes de vivre de peu, il échouera misérablement. Ce sera un naufrage de plus à ajouter aux naufrages des cultivateurs en chapeau noir; ce sera une conquête de plus pour les vrais et bons cultivateurs qui empiètent déjà tant sur la propriété oisive.

Ce qui me paraît devoir plus particulièrement attirer les placements, que le haut prix de la propriété rendra de plus en plus difficile en fonds de terre, c'est le grand livre de la dette publique. Le grand livre sera l'asile le plus sûr et le plus profitable. Ce sera aussi le plus patriotique. L'état deviendra le dépositaire de la fortune d'un nombre immense de citoyens, et la société se trouvera organisée sur la base d'une mutualité, dont la puissance balancera cet esprit d'individualisme qui fait aujourd'hui la plus grande partie de nos maux.

Mais, pour arriver à ce résultat qui commence déjà à se faire jour, il faudrait dès à présent accoutumer les capitaux à se diriger vers cette voie; et toutefois une imprévoyance inconcevable laisse tour à tour la dette publique sous la menace de projets de conversion, qui fraternisent avec la banqueroute, ou sous le coup d'un agiotage qui sem-

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ble organisé louL exprès pour effrayer les capitaux qui ne demandent qu'à se caser.

Une antre question devrait préoccuper les esprits politiques. Je me bornerai à la leur soumettre. Si la grande masse des biens fonds ruraux continue à se concentrer comme elle le fait dans la classe des cultivateurs, n'est-il pas à craindre que toute 1 influence politique ne passe avec elle du côté de ceux que leur éducation , leurs lumières et leur intelligence ne mettent pas en mesure de donner Timpulsion? ne serait-ce pas un grave danger que de laisser la prépondérance du nombre, et par conséquent de l'autorité, à des hommes plus préoccupés des intérêts locaux que des intérêts généraux? Ne faudrait-il pas dès lors préparer l'accès des droits politiques aux autres natures de propriétés qui se formeront à défiant de la propriété foncière, et particulièrement aux inscriptions sur le grand livre, devenues le refuge de la partie de la population la plus familière avec les travaux de l'esprit, les arts libéraux, la pratique des affaires publiques?

Mais en attendant que ces questions soient parvenues à leur parfaite maturité, il restera en France assez de fermiers pour que le titre du louage que nous allons commenter, soit d'une application journalière à l'exploitation des terres. Alors même que notre société aura atteint cet état si désirable où la grande masse des cultivateurs est propriétaire , nous ne pensons pas que le bail à ferme soit exclu kout à î<\h des relations civiles. Notre société

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française ne se laisse pas panjiicr en castes immobiles; elle secoue le jong fies positions toutes d'une pièce; elle admet les diversités, les contrastes, et abandonne à l'esprit oriental ces divisions méthodiques et inflexibles de la population, en classes qui n'ont Çntre elles aucun lien.

Pour nous, nous n'avons entendu signaler aucun résultat absolu. Après avoir montré l'influence de la propriété sur le bail, après avoir suivi les différentes crises qui ont abaissé ou relevé la condition des fermiers, nous avons été frappés de la tendance actuelle des fonds de terre à se répartir dans les familles agricoles, et à opérer une fusion entre la propriété et l'agriculture. Ce résultat nous paraît heureux en politique, en économie, en civilisation ; il est bon que le travail recueille son fruit; il est bon que le producteur acquière une position qui soit à l'abri de l'incertitude et des revers; il est bon surtout dans une société qu'emporte le mouvement démocratique, de voir se créer des points d'appui, des intérêts résistants. Or, la classe agricole propriétaire a tout l'esprit de con* servation de l'aristocratie terrienne, sans en avoir le luxe ruineux et la prodigalité; elle en a toute la ténacité, sans en avoir les prétentions ambitieuses. Nulle autre n'a plus à perdre dans le jeu sanglant des révolutions, et l'état est toujours sûr de trouver en elle des éléments d'ordre, des inclinations laborieuses et pacifiques. Tous les petits états de l'antique Italie du^nt leurs époques de bonheur et de

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