‹ De l'échange et du louageChapitre 2 sur 110 · IV PREFACE · texte numérisé non relu

IV PREFACE

richesses agricoles et manufacturières pour rapporter d'un autre hémisphère les productions que la nature nous a refusées. Il revient alimenter nos ports, notre industrie, et satisfaire le goût bizarre des Européens pour les choses de 1 Inde et de l'Amérique (1). Je ne dirai pas que si les échanges commerciaux n'avaient pas exporté le Ihe de la Chine et du Japon, la révolution américaine serait encore à faire; je n'aime pas ces rapprochements forcés, el par cela même puérils, et je crois que d'autres causes se seraient ollértes pour que la patrie de Washington et de Franklin setoiiàt le joug de son avare métropole (2). Toutef'>is, j'ai cru devoir rappeler un fait célèbre dans l'histoire pour montrer l'influence des échanges sur les besoins el les habitudes des peuples.

Mais je le répète, le rôle de l'échange se rapetisse singulièrement lorsqu'on passe des rapports conmiercianx aux rapports réglés par le droit civil interne. En jetant un coup d'œil sur notre droit fiançais, à partir du xvi» siècle, l'échange n'apparaît guère d'une manière saillante, que comme moyen d'assouplir dans une certaine mesure la rigueur inerte du régime dotal, ce dernier débris des systèmes anciens qui placent la prospérité de la famille dans l'immobilité de la propriété; tandis qu'elle réside plus véritablement dans la combinaison qui associant les époux dans une colloboralion commune, corrobore raffeclion conjugale par lidenlité de» intérêts, stimule de part et d'autre le dévouement, l'économie, l'amour du travail ; vertus fécondes dont les fruits profitent 3 la femme aussi bien qu'au mari; mobiles plus sûrs et plus moraux que tontes les frayeurs du régime dotal, pour faire progresser les familles, pour les faire monter de la gène jusqu'à l'aisance et de l'aisance jusqu'à la richesse.

Je trouve aussi l'échange employé pour échapper aux droits seigneuriaux sur les mutations, ainsi qu'aux eniraves (|ue l'esprit féodal apportait au mouvement de la propriété foncière. Voici ce que je lis dans le Commentateur de la coutume de Troyes (5j : « M. de Montliolon , garde des sceaux, » dit à celui qui lui offrait de vendre une maison, (|u'il ne y> voulait point acheter de lui, d'aulant que quelques ligua' D gers la pourraient retirer, mais qu'il avait des rentes con- » slituées, lesquelles il lui baillerait par échange et s'obli- » gérait que lot après elles seraient rachetées. Peu de temps

(1) Le itié, le tabac, le café, etc.

(2) On sait que les Anglo-Américains s'insurgèrent à cause d'une taxe 8ur le ihé.

(3) Legrand, sur Troyes, p. 487, n» 6.

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