‹ De l'échange et du louageChapitre 24 sur 110 · XL PREFACE · texte numérisé non relu

XL PREFACE

veulent les réduire à un servage inférieur (1). Mais danscettf confusion du moyen âge, où tous les contrastes sont juxtaposés, comment espérer de trouver une position nettement définie ? Comment l'espérer surtout au milieu des ténèbres sociales où se traîne cette classe servile, oubliée ou dédaignée des historiens ? Classe composée des éléments les plus divers, où les vaincus se sont donné rendez-vous avec les vainqueurs, les ingénus avec les serfs de naissance, les hommes du Nord avec les Gallo-Romains ? Comment un tel mélange n'auraitil pas présenté des bigarrures infinies de droits, de conditions ? Et de quoi faut il s'étonner, lorsqu'on voit des esclaves^ posséder des esclaves et même les affranchir (2) !!!

Entre les esclaves, il y avait donc des degrés ! mais aux yeux de l'homme pleinement libre et ingénu, toutes les nuances se confondaient. C'est ce qui explique pourquoi les monuments abondent pour montrer qu'en général les colons et les esclaves étaient considérés comme d'un état égal. Non seulement ils sont revendiqués en cas de fuite (3), mais ils sont châtiés, flagellés (4) ; on les met sans cesse en] opposition avec la classe plébéienne (5) ; on les appelle même esclaves dans des lettres d'affranchissement (6) et dans les chartes (7) ; et de même que la libéralité de leur maître peut les élever, par l'émancipation , à l'état d'hommes libres (8), de même son caprice les arrache au sol natal et les transplante contre toutes les lois hors de ses domaines : « Chilpéric, dit » Grégoire de Tours, étant retourné à Paris, aux calendes » de septembre, ordonna d'enlever plusieurs familles appar- » tenant aux maisons fiscales, et de les mettre en des cha- » riots pour faire partie de la dot de sa fille Ragonthe, qui » allait épouser Rocarède, fils du roi d'Espagne (an 584). » Comme plusieurs pleuraient et ne voulaient pas s'en aller, ?' il les fit jeter en prison pour pouvoir ensuite les envoyer » plus aisément avec sa fille. On assure que plusieurs, crai- » gnant d'être séparés de leurs parents, s'étranglèrent de » désespoir; le fils était ôté à son père, la mère à sa fille ; » ils partaient au milieu des gémissements et des malédic- » tions, et les pleurs qui se répandirent alors dans Paris pon-

(1) La charte précitée de Charles-le-Chauve.

(2) Formules (Baluze, t. II).

(3) Append. ad Marculf. Cap. 1 el 32. Flodoard, ffist. Rem., lib. lï, c. 19.

(4) Paisim dans les Capil (Baluze, t. II, p. 56 au chap. 9.)

(5) Sidonius Appol.,liv. V, ép 19.

(6) Saint-Kemy dans son test, affranchit certains colons, cl veut que les autres restent en servitude (Flod. Hisl Rem., 1. 1, c 18).

(7) Donation à l'église deSalzbourg, dans Ducange.

(8) Sidon. Appolliu,, lib. V, ép. 29.

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