PREFACE. ILI
» vaienl se comparera ceux qu'on versa eu Egypte (l). « Dans une société que gouvernaient de tels actes de violence, les nuances délicates de l'esclavage et du colonat ne durentelles pas s'éclipser bien souvent?
Du reste, la grande masse de la population était esclave dans les campagnes (2k Elle était attachée à la glèbe et elle se transmettait avec le sol qu'elle cultivait. Les titres nombreux de donations aux églises, et les formules de Marculfe, font continuellement mention des esclaves qui peuplent les domaines des grands et du fisc, et que l'on donne avec les terres (3). Le savant Alcuin, enrichi par les libéralités de Charlemagne, avait vingt mille esclaves dans ses propriétés (4).
Ces hommes travaillaient à la terre et payaient au propriétaire une redevance ; quelquefois elle était en argent; le plus souvent c'était la moitié des fruits (5). Ici nous trouvons le berceau des baux à localairie, à culture, à métairie perpétuelle (6), dont les traces se sont conservées jusqu'à la révolution, et ont même survécu à la régénération de la population agricole (7). On commence à apercevoir ici cette vérité qui tout à l'heure deviendra plus claire, savoir, que la féodalité, considérée dans ses rapports avec la classe des cultivateurs, n'a été autre chose qu'un vaste bail à ferme perpétuelle ou à colonage héréditaire (8). Ce point de vue, aperçu à travers quelques nuages par plusieurs de nos anciens légistes (9), a échappé en grande partie à nos historiens. Il doit nous préoccuper vivement, nous qui recherchons ici l'union du droit et de l'histoirn, et qui voulons connaître le contrat de bail, non-seulement dans ses applications actuelles, mais encore dans ses phénomènes historiques et son influence sur la civilisation.
Donc, les colons, métayers ou fermiers perpétuels et nécessaires des riches, étaient répartis sur les domaines de la manière suivante : chacun avait une espèce de terrain à cultiver, et sur ce terrain s'élevait la maison où il demeurait avec sa famille. Ces sous-divisions de la terre seigneuriale,
(1) Liv. VI, p. 367.
(2) M. Sismondi, t. 1, p. 408, et l. II, p. 273, 274, 428, 431.
(3) Terris, domibus, œdificiis, silvis, pratis et mancipia hù nominibus, etc., etc. V. Marcul^, lib. Il, c. 14. 15, 23, etc., el Preuves de l'Hist. de Lorraine, par D. Calmrt, p. 267, 268, etc.
(4) Sismondi, t. H, p. 276.
(.'li Donation de Haganon à l'abbaye de Saint-Martin de Tours, en 819. V. Ducanse, v» Colonus, et M. Guizol, t. IV, p. 260. i6) Infrà, n° 55-56.
(7) En Alsace et dans le Limousin et la Marche {infrà, n» 56).
(8) V. infrà, p. xi.viir.
(9) Dunod, p. 343, 344 , Argou, t. I, p. 146.