‹ De l'échange et du louageChapitre 28 sur 110 · PREFACE. KLIX · texte numérisé non relu

PREFACE. KLIX

plus tard, et sous Philippe-le-Bel, elles faillirent ruiner les locataires de maisons et taire une révolution dans Paris. Ce prince avaitordonné que trois de ses deniers ne seraient reçus que pour un denier de bonne monnaie : « L'exaspération l'ut » portée au comble, à l'époque où la grande majorité des » bourgeois de Paris devaient payer les baux de leurs niai- » sons, et où les propriétaires, d'un commun accord, leur » demandèrent le triple du loyer convenu. La populace se » précipita vers le palais du Temple, où logeait alors Plii- » lippe, et, n'ayant pu être admise auprès de lui pour lui » exposer ses plaintes, elle résolut de le soumettre par la » famine, et elle empêcha qu'on ne portât aucune provision » au palais. Cependant le bruit s'était répandu qu'un riche » bourgeois, Etienne Bardel, avait suggéré cette ordonnance, » dont il comptait tirer de grands profits, comme propriétaire » de maisons. La foule, sur ce soupçon, quitte le voisinage » du Temple pour se porter en la maison de Bardel, près de » Saint-Martin-des-Champs, et la livrer au pillage. Philippe » profita de ce moment de liberté pour mettre ses archers en » mouvement ; les mécontents, qui étaient sans armes, furent » arrêtés par centaines : les potences manquant pour leur » supplice, on en fit pendre à tous les arbres de toutes les » avenues de Paris (1). »

J'en ai dit assez pour montrer l'état de la population agricole avant la naissance de la féodalité et depuis l'établissement de cette forme de gouvernement. On l'a vue tomber dans un esclavage à peu prés général; puis se relever enfin à la voix des seigneurs et du clergé, et obtenir les premiers bienfaits de l'émancipation. Les historiens ont coutume de fixer au douzième siècle l'affranchissement des serfs. Cette date est arbitraire. Sans doute à celte époque le mouvement d'affranchissement prit une marche plus large et plus générale ; mais il n'en est pas moins vrai que déjà au dixième siècle, dans l'obscurité de la vie féodale, dans la silencieuse enceinte des fiefs ruraux, il s'était réalisé sans tumulte et sans ostentation, par des effets puissants et salutaires. La classe libre des agriculteurs avait fait son apparition ; elle était propriétaire, car les censives, les champarts, etc., étaient devenus des tenures en toute propriété. Sans doute elle était encore soumise à de graves restrictions dans le droit de disposer ; elle éprouvait plus d'une gêne et d'une entrave ; mais il n'en est pas moins vrai qu'elle avait été mise en possession des premiers biens de la vie civile, la liberté et la propriété.

(1) M. Sismoudi, t. IX, p. 180, d'après le cont. de Nangis, p. 59, el Math. Wettm, p. 436.

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